Patrick Berche, Professeur émérite de microbiologie d’Université de Paris, ancien doyen de la faculté de médecine Paris Descartes, ancien directeur de l’institut Pasteur de Lille, spécialiste des maladies infectieuses, a répondu à nos questions sur l’épidémie de Covid-19 et la crise sanitaire actuelle.

 

Les gestes barrières, rempart contre l’épidémie

> se laver les mains toutes les heures, au savon
> éternuer et tousser dans son coude,
> utiliser des mouchoirs à usage unique et le jeter
> éviter les poignées de main car « l’essentiel des contaminations se fait par les mains »
> porter un masque quand on est malade (sur prescription médicale)
> éviter les embrassades
> garder une distance de 1 m (réunions, file d’attente…)
> privilégier le télétravail
> éviter tout déplacement, sauf urgence

L’origine du Covid-19 a-t-elle été identifiée ?

Oui ! L’analyse génétique du virus nous permet d’affirmer avec certitude qu’il s’agit d’un virus animal présent à l’origine chez la chauve-souris puis transmis à un hôte intermédiaire qui serait le pangolin. On peut penser que la contamination humaine est survenue lors de la manipulation de ces mammifères dont on utilise les écailles dans la pharmacopée traditionnelle chinoise et dont on consomme la chair. C’est la raison pour laquelle la pandémie a démarré en Chine.

 

Est-ce un virus qui avait déjà été répertorié par les scientifiques ?

Il ne l’avait pas été chez l’Homme. Ce qui ne signifie pas que c’est un nouveau virus qui fait partie de la famille des coronavirus. En réalité le Covid-19 existe peut-être depuis des centaines de milliers d’années chez l’animal. Ce qui est nouveau, en revanche, c’est sa capacité à avoir muter pour contaminer l’espèce humaine.

 

D’autres coronavirus ont-ils déjà infecté l’Homme ?

On dénombre sept coronavirus différents dont quatre sont totalement inoffensifs pour l’Homme. Hormis le Covid-19, deux autres coronavirus sont bien connus de la littérature scientifique : le SRAS-CoVMERS  et le MERS-CoV. Ils sont tous deux d’origine animale et sont considérés comme des cousins germains du Covid-19 sur le plan génétique. Tout comme lui, ils se transmettent entre les individus par des gouttelettes de sécrétions respiratoires (postillon, salive, aérosols) et ont la particularité d’être beaucoup plus dangereux pour l’homme mais bien moins contagieux que le Covid-19.

 

À quel point le Covid-19 est-il contagieux ?

Le taux de contagiosité, également appelé taux de reproduction de base, donne le nombre moyen de personnes qui contractent le virus à partir d’un individu infecté. Dans le cas du Covid-19, on estime que ce chiffre se situe entre 2 et 3. Autrement dit, une personne infectée contamine au minimum entre 2 et 3 personnes saines. Ce virus est donc aussi plus contagieux, voir plus, que celui de la grippe saisonnière. Certaines études menées actuellement évoquent  une contagiosité plus élevée.

 

En cas d’infection, sait-on à quel moment devient-on contagieux ?

Pas encore, et c’est bien l’une de nos préoccupations actuelles. Des études semblent indiquer que les personnes infectées pourraient être contagieuses pendant de la période d’incubation (laps de temps séparant leur propre contamination et l’apparition des premiers symptômes). Le problème est que cette période varie fortement dans le cas du Covid-19 : le délai moyen est de trois à cinq jours mais peut varier d’un à douze (voire rarement jusqu’à 22 jours dans quelques cas. C’est pourquoi les personnes ayant été en contact avec des sujets infectées sont mises en quatorzaine. Par ailleurs nous savons avec certitude que on devient extrêmement contagieux une fois les symptômes déclarés en dispersant le virus par l’intermédiaire de la toux notamment, via les postillons. On estime qu’une conversation de quelques minutes en se tenant à moins d’un mètre d’une personne infectée peut être contaminante. De plus, il faut insister sur le fait que le virus peut survivre quelques heures, voire plus, dans l’environnement contaminé de patients ou de porteurs sains. C’est dire l’importance d’un lavage des mains fréquent pour la prévention de la propagation du virus.

 

Qu’en est-il des porteurs sains ?

Nous pensons qu’ils sont très nombreux, en particulier parmi les enfants qui eux ne développent pas la maladie la plupart du temps. C’est tout l’enjeu des mesures de confinement prises en France et dans beaucoup de pays : empêcher la propagation du virus par des personnes qui ignorent être contaminés.

 

Pourquoi le confinement de la population était-il indispensable ?

La virulence du covid-19 (c’est à dire la létalité) est modérée, de l’ordre de 1% en moyenne d’après les épidémiologistes, mais sa propagation est très rapide et souvent silencieuse. De plus, l’application des gestes barrières n’est pas facile à mettre en œuvre lorsque la population circule librement. Par exemple, il n’est pas forcément aisé de se laver les mains en sortant des transports en commun si on ne dispose pas de gel hydro-alcoolique. Or on sait que, de façon réflexe, l’être humain se touche le visage environ 2 fois par minute, notamment la bouche, le nez et les yeux. Il est donc très difficile de casser la chaine de contamination sans obliger la population à se tenir à demeure. Sans mesure de confinement, certains estiment que, sur une population non immune, la contamination pourrait atteindre 40% de la population, voire plus. En France, cela pourrait entraîner des milliers de décès en l’absence de confinement, avec un engorgement intenable des services d’urgence et de réanimation.

 

Peut-on espérer disposer d’un traitement à court ou moyen terme ?

 De nombreuses options thérapeutiques sont actuellement à l’étude. L’hydroxychloroquine en est une parmi d’autres, au même titre que certains antirétroviraux utilisés contre le VIH ou d’autres virus. Ils doivent cependant tous être soumis à des protocoles d’essais stricts, suivant des règles scientifiques précises afin d’évaluer leur efficacité réelle dans le cadre de la lutte contre le Covid-19 et leurs effets secondaires. C’est le sens de l’essai clinique Discovery, mené à l’échelle de l’Europe et coordonné en France par l’Inserm. La prudence est de rigueur afin d’éviter de colporter de faux espoirs auprès de la population. À l’heure actuelle, nos seules armes contre le Covid-19 sont le confinement et l’application strict des gestes barrières.

Patrick Berche

 

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