Sociétés, violence, Travail

Les travaux du THEMA se déploient essentiellement à partir des enjeux subjectifs liés à la clinique contemporaine, en vue de préciser les rapports entre le fonctionnement psychique et le monde social. Les deux axes complémentaires mentionnés dans le projet du Laboratoire restent des références pour l’orientation des travaux en cours : identifier les processus psychiques en cause dans la genèse de la violence et ses conséquences sur le sujet d’une part, rendre compte des processus psychiques mobilisés dans la conjuration de la violence qui rendent possible la constitution du « vivre-ensemble » et du lien social, d’autre part. A ce titre, un nombre important de travaux du THEMA se déploient en référence à la problématique de la « sublimation ».

Cadre et méthode de travail

Le travail du THEMA s’organise principalement à partir de réunions communes (2 à 3 par semestre). Le noyau du THEMA est constitué d’enseignants chercheurs titulaires, de doctorants et de membres associés, qui participent activement au travail à partir de contributions à la présentation et à la discussion des questions scientifiques.

Le principe de travail consiste à sélectionner des textes scientifiques, à dominance théorique, en fonction de deux critères :

– les terrains de recherche des participants et l’interprétation des données empiriques, lorsqu’ils soulèvent des questions théoriques spécifiques, guident le choix de textes qui sont alors inscrits au programme

– le développement de la discussion collective qui exige l’approfondissement de certaines questions et appelle la lecture ou la relecture de certains textes fondamentaux de la discipline.

Chaque texte est présenté et introduit par l’un des membres qui se doit de rendre explicite les fondements de la démarche critique qu’il choisit de mettre en œuvre pour commenter ledit texte.

Les 2 premières années ont été consacrées à la discussion de textes écrits par les membres du THEMA, en vue de circonscrire leurs objets de recherche et la manière dont chacun(e) problématise la question des rapports entre société, violence, travail. Dans le cadre de cette démarche, nous avons choisi d’intercaler des textes théoriques fondamentaux entre les séances consacrées aux problématiques de recherche. Il ne s’agit pas en première intention, d’unifier les points de vue entre les chercheurs du THEMA, mais plutôt d’extraire des questions, d’approfondir la définition et la justification des notions mobilisées par chacun dans ses recherches, en vue de constituer progressivement une culture scientifique commune à des chercheurs arrivés au THEMA par des chemins parfois assez contrastés (comme la violence, la culture, la pensée, la société…).

PROJET 2019-2023

Responsabilité du THEMA

A la suite du départ à la retraite du Pr C. Dejours fin 2018, la responsabilité du THEMA sera assurée conjointement par Isabelle Gernet et Duarte Rolo.

Objectifs du THEMA

La centration sur la problématique de la violence qui a été au principe de la mise au travail collectif laisse progressivement la place à des réflexions qui s’organisent autour de la problématique de l’assignation par le social, tant du point de vue de sa genèse que de ses vicissitudes. L’assignation, comme processus intersubjectif, se déploie en effet aux différents âges de la vie, depuis sa genèse au sein de la situation anthropologique fondamentale, jusques et y compris au sein des rapports sociaux. S’attacher à en identifier les modalités singulières au sein de la psychopathologie contemporaine représente ainsi un des axes forts du THEMA dans le cadre des années à venir.

Cadre et méthode de travail

La dynamique en cours reste le cadre de travail privilégié à travers l’organisation de réunions rassemblant les membres du THEMA autour de supports communs. Ceci, en vue d’entretenir la culture commune qui alimente le travail scientifique des différents membres.

Axes de recherche 2019/2023

Les réflexions portant sur les incidences de la société sur le fonctionnement individuel et collectif bénéficient des apports cliniques et conceptuels de la clinique du travail. Les évolutions de la société et leurs déclinaisons à travers les formes contemporaines d’organisation du travail, sont traversées en profondeur par des constructions scientifiques, dont la référence à l’évaluation représente un axe majeur. Les recherches en clinique du travail ont contribué à distinguer l’évaluation comme principe et l’évaluation comme méthode, en dégageant un point de vue critique sur les méthodes gestionnaires d’évaluation objectives et quantitatives, majoritaires dans le monde du travail. L’organisation d’une journée scientifique sur la thématique de la « Valeur de l’évaluation », en commun avec les THEMA Métapsychologie et Dispositifs Thérapeutiques en 2018, a pour objectif de traiter le paradoxe entre évaluation (nécessaire, du point de vue de l’utilité du travail) et mesure. Si l’essentiel du travail clinique, thérapeutique, mais aussi scientifique, ne se déploie pas dans le monde visible, sur quels principes fonder une évaluation qui contribue à révéler la valeur du travail accompli ? 

L’intérêt pour les enjeux éthiques et politiques soulevés par les questions de société trouvera également à se formaliser dans le cadre de la structuration du nouvel axe de discussion portant sur le genre. Si, du point de vue de la psychanalyse, le genre peut être compris comme un ensemble de références construites socialement sur ce qui caractérise l’homme et la femme, les travaux en sociologie et en philosophie proposent une conception du genre étendue à la prise en compte de l’inégalité entre hommes et femmes et par conséquent à la question des rapports sociaux de domination. Si le genre résulte d’abord d’une construction sociale, quel poids accorder aux prescriptions normatives issues de la société sur la dynamique psychique ? Au regard du processus d’assignation, comment peut-on caractériser le rôle de la société et des constructions mytho-symboliques, en tant qu’« aide » ou « obstacle » au travail d’élaboration psychique ? Les recherches menées par les membres du THEMA pourront d’ailleurs être mises en perspective dynamique avec celles menées par le THEMA « Expériences du corps » sur la problématique de la bisexualité.

Enfin, la thématique relative aux rapports entre théorie critique et psychanalyse sera approfondie à travers le projet de publication des contributions des journées d’avril 2017, avec en perspective la mise en place de séminaire(s) rassemblant des cliniciens et des philosophes.

Conclusion du projet

Le travail entre les membres du THEMA s’attache notamment à mettre en évidence les manières dont la société et les messages qu’elle véhicule constituent une exigence de travail psychique pour le sujet dès son enfance et tout au long de sa vie. Etre aux prises avec les questions sociales suppose de se situer dans le débat scientifique sur les évolutions de la société, débat qui cherche à caractériser ces évolutions à travers le prisme de la modernité et des mutations qu’elle impose aux sujets. La modernité se fait connaître, pour les cliniciens et les acteurs engagés sur le terrain, à travers des problématiques psychopathologiques inédites, tant du point de vue de la psychopathologie du travail, de l’approche psychanalytique groupale, ou de la psychopathologie du traumatisme et de la violence.

A quelles conditions la psychanalyse peut-elle continuer à constituer un instrument critique de la société ? C’est la question qui rassemble les membres du THEMA dans leurs recherches actuelles et futures.

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