Le 15 novembre 2025, à l’École normale supérieure à Paris, le collectif « Désir de Sciences » a tenu son premier événement, marquant l’ouverture d’un espace de conversation véritablement interdisciplinaire. Ce collectif réunit des chercheuses et des chercheurs émanant de disciplines et d’institutions variées, incluant la médecine, les mathématiques, la physique, l’économie, le droit, l’anthropologie, la linguistique, la philosophie et la littérature, et se distingue par son engagement à rassembler les sciences de la nature, les sciences de l’ingénieur et les sciences humaines.

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L’Urgence de l’Interdisciplinarité et de l’Ouverture

L’interdisciplinarité, souvent un « vœu pieux » selon les organisateurs, est rarement mise en œuvre transversalement entre les humanités et les sciences de la nature et de l’ingénieur. L’objectif du collectif est double : recréer les conditions d’un dialogue authentique et partager ces échanges avec un public aussi large que possible.

Les questions scientifiques regardent la société tout entière, et certaines de leurs applications soulèvent des enjeux éthiques et politiques qui ne peuvent être arbitrés par les seuls chercheurs. Il est du devoir des scientifiques de partager leurs découvertes, mais aussi de s’ouvrir sur leurs pratiques et leurs méthodes, car le travail scientifique et ses procédures de validation sont encore trop méconnus du public. Les malentendus observés lors de la récente crise sanitaire ont d’ailleurs rappelé cette insuffisance. Les découvertes scientifiques impliquent des procédures d’élaboration et de vérification partagées par toute une communauté, elles ne sont « ni magiques, ni instantanées ».

Défis Contemporains et Enjeu Démocratique

La science contemporaine est confrontée à des défis majeurs, voire « colossaux ». Parmi les plus pressants, on compte :

  • La crise climatique résultant de l’anthropocène, caractérisé par l’avènement des humains comme principale force de changement géologique.
  • La défiance vis-à-vis du savoir scientifique, particulièrement observée lorsque des États ignorent ou récusent les vérités scientifiques et certaines recommandations qui en découlent.

Les menaces pesant sur la recherche scientifique et le savoir s’accélèrent, notamment dans les régimes autoritaires ou illibéraux, avec des conséquences désastreuses sur les populations les plus fragiles (arrêt des financements de la recherche, etc.).

Face à cela, le travail scientifique est porteur d’un enjeu démocratique incontestable : « il ne peut y avoir de démocratie sans science indépendante ni de science indépendante sans véritable démocratie » a déclaré Isabelle Alfandary lors de l’ouverture de la journée.

Le « Désir de Science » contre tout catastrophisme ou fatalisme

Face à l’urgence du changement climatique et du développement de l’intelligence artificielle (IA) — qui affecte nos modes de vie et de travail — et aux prédictions pessimistes, le collectif refuse de céder au « catastrophisme ambiant ». Au contraire, il souhaite placer les échanges sous le signe du « désir de sciences » (libido sciendi), une appétence individuelle et une « urgence démocratique ».

Dans son allocution d’ouverture, M. Daniel Mouchard, Président de l’Université Sorbonne Nouvelle, a salué une journée « remarquable, courageuse sur plan intellectuel et indispensable sur le plan démocratique » , soulignant que si les institutions ne parviennent pas à susciter ce désir, le danger démocratique est majeur et vital.

La journée s’articule autour de trois questions principales :

  1. Quel désir de sciences ont les scientifiques ? ( Pour en savoir plus, veuillez cliquer sur la vidéo.)

2. Comment se parle-t-on entre scientifiques ? ( Pour en savoir plus, veuillez cliquer sur la vidéo.)

3. Quels horizons pour la science ? ( Pour en savoir plus, veuillez cliquer sur la vidéo. )

Un grand merci aux organisatrices et organisateurs de cette première édition, dont l’engagement et la diversité des disciplines ont permis de faire émerger un espace de dialogue scientifique riche et stimulant :

  • Alfandary, Isabelle – Professeure des universités en littérature américaine, philosophe Université Sorbonne Nouvelle
  • Alombert, Anne – Maîtresse de conférences en philosophie, Université Paris 8
  • Goupil, Christophe – Professeur des universités en physique, Université Paris Cité
  • Milet, Jean-Philippe – Agrégé et docteur en philosophie, professeur au lycée Henri-IV
  • Robert, Vincent – Professeur des universités en chimie, Université de Strasbourg
  • Ullmo, Emmanuel – Mathématicien, directeur de l’Institut des hautes études scientifiques
  • Vasanelli, Angela – Professeure des universités en physique, Université Paris Cité
  • Weber, Jean-Christophe – Professeur des universités – praticien hospitalier, Université de Strasbourg

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