Nadine Forest, une Universitaire pionnière de l’Université Paris Cité

Nadine Forest, née David (1937-2025), a ouvert des voies nouvelles pour la recherche en odontologie universitaire à une époque où les femmes dirigeantes étaient rares. Scientifique exigeante, bâtisseuse d’institutions et défenseuse d’une odontologie pleinement universitaire, elle a profondément marqué l’UFR et contribué à structurer la recherche et la formation dans la discipline.

Une trajectoire scientifique atypique

Doublement bachelière en sciences et en lettres à 16 ans, Nadine Forest s’oriente d’abord vers la biologie. Assistante en biochimie à la faculté de médecine de Saint-Antoine, elle mène de front son activité scientifique et l’éducation de ses deux filles. Une fois son mari, anatomo-pathologiste, diplômé, elle revient à sa vocation première : la santé. Elle choisit alors l’odontologie et entreprend, à la trentaine, son cursus dentaire à Paris Diderot-Garancière, devenant ainsi une « passerellienne » avant l’heure.

Bâtisseuse de la recherche en odontologie

Sa double formation scientifique et odontologique la conduit rapidement à rejoindre l’UFR. Elle y devient vice-doyenne à la recherche et fonde en 1979 le laboratoire « Biologie Odontologie ». Cette structure constitue le socle de l’unité INSERM créée en 2001 puis de l’actuelle unité INSERM Santé Orale. Dans ces années fondatrices pour la recherche universitaire, elle défend une approche ouverte et exigeante, privilégiant la qualité scientifique des travaux au-delà du seul périmètre disciplinaire de l’odontologie.

Une dirigeante universitaire visionnaire

Doyenne de l’UFR, Nadine Forest engage une dynamique durable en instaurant une alternance femme-homme à la direction qui perdurera pendant près de trente ans. Elle promeut avec détermination la recherche et la formation par la recherche dans une odontologie universitaire encore largement dominée par la clinique. Sa carrière dépasse rapidement le cadre de la discipline : elle est élue présidente de l’Université Paris-Diderot et devient chargée de mission auprès du ministre de l’Éducation nationale Lionel Jospin, où elle contribue à promouvoir des orientations innovantes pour l’université et la formation en odontologie.

Une figure du progrès scientifique et universitaire

Nadine Forest a introduit plusieurs évolutions majeures dans la structuration de l’odontologie universitaire : promotion du parcours DEA-PhD-HDR, création du DEA « Biologie et biomatériaux du milieu buccal et osseux » — véritable incubateur national de carrières hospitalo-universitaires —, émergence du département de santé publique et obtention de postes scientifiques mono-appartenants pour soutenir la recherche des UFR. Elle fut également engagée dans les débats structurants de la discipline, notamment autour du temps plein hospitalier, du recrutement fondé sur l’évaluation scientifique et de l’alignement du statut des odontologistes sur celui des hospitalo-universitaires.

Dans les années 1980, avec le doyen Robert Weill de l’UFR d’odontologie de Paris Descartes, elle imagine déjà la création d’un laboratoire commun aux deux UFR sur le site des Saints-Pères. Si ce projet ne se concrétise pas alors, il témoigne d’une vision ouverte, fédératrice et avant-gardiste de l’université.

En cette période marquée par la Journée internationale des droits des femmes, l’UFR d’odontologie peut rappeler avec fierté l’héritage de cette militante du progrès scientifique, universitaire et sociétal.