Cycle de séminaires
Chaque année universitaire, le Centre des Politiques de la Terre questionne les effets de ses termes – « centre », « politiques » et « terre » – et de leurs chaînes d’interdépendance en organisant mensuellement des séminaires interdisciplinaires – invitant des scientifiques extérieur.e.s au Centre et issu.e.s des sciences naturelles et expérimentales & des sciences humaines et sociales – sur une problématique particulière. Chacune des séries de séminaires du Centre se conclut avec un colloque convoquant des jeunes chercheur.se.s extérieur.e.s au Centre à présenter leur propre recherche sur la problématique travaillée pendant l’année.
© Oh Mu
Prochain Cycle
Le prochain cycle de séminaire du Centre des Politiques de la Terre « co-évolutions des technologies et des systèmes socio-écologiques: pour une approche relationnelle de l’habitabilité terrestre », démarrera en septembre 2026 !
Vous trouverez ci-dessous un avant-gout du prochain cycle présenté par Nathalie Blanc, Maud Devès, Céline Cruciani-Guglielmacci, Isabelle Dajoz et Yann Sivry :
Cycle 2025 / 2026 | Habitabilités : Microbiotes / Infrastructures
Pour fêter son renouvellement, le Centre des Politiques de la Terre change la formule de son événement phare, tout en continuant de permettre des dialogues interdisciplinaires forts autour des sujets qui structurent ses activités : l’habitabilité terrestre, l’anthropocène et la transformation socio-écologique.
C’est dans cette optique que nous vous proposons cette année un cycle de séminaires articulé autour de deux thématiques :
- au cours du premier semestre, nous explorerons « Microbiote, Santé et Biodiversité », dans une perspective holistique analysant les interactions entre écosystèmes et humains ou non-humains ;
- pendant le second, nous investirons la question de la transformation de nos « Infrastructures face aux enjeux écologiques » : de leurs impacts, de nos pratiques et des leviers de changement.
Pour vous inscrire : INSCRIPTION!
Les séminaires auront lieu le 3e jeudi du mois de 10h à 12h30 à distance :
- Séance 1 : 25 septembre
- Séance 2 : 23 octobre
- Séance 3 : 20 novembre
- Séance 4 : 18 décembre
- Séance 5 : 22 janvier
- Séance 6 : 19 février
- Séance 7 : 19 mars
- Séance 8 : 23 avril
Séances en replay
Session 1
Microbiote racinaire et gestion des sols : prendre le problème à la racine !
25 septembre de 10h à 12h30 sur zoom
Les microorganismes sont présents partout : nous connaissons bien tous ceux qui vivent dans notre organisme, sous l’appellation ‘microbiote’. Mais ces microorganismes sont également présents dans le sol, au contact ou à l’intérieur des racines des plantes, où leur abondance et leur diversité jouent un rôle fondamental dans le maintien et la pérennité de la fertilité des sols et des rendements agricoles. Les deux conférenciers de ce séminaire travaillent présenteront comment les pratiques agricoles traditionnelles et intensives impactent le microbiote des racines des plantes et du sol, et comment les contraintes économiques et les rapports sociaux influent sur la prévalence de ces deux modèles agricoles (notamment dans un pays particulièrement touché par le développement de l’agriculture intensive : le Brésil). Ils exposeront deux approches distinctes et complémentaires : (i) la microbiologie, qui analyse les relations plante-microbiote (avec comme retombée appliquée le développement d’alternatives à l’utilisation d’engrais de synthèse) et (ii) la socio-économie, qui analyse les valeurs économiques attribuées aux plantes et leur impact sur l’agrobiodiversité et la santé du sol.
Pour ce faire, Isabelle Dajoz accueillera deux chercheur.euses :
– Isabelle HILLENKAMP : directrice de recherche à l’IRD-CESSMA — socio-économiste, spécialiste des liens entre l’économie solidaire et l’agroécologie dans les pays d’Amérique latine.
– Benoît ALUNNI : directeur de recherche à l’INRAe, Institut Jean-Pierre Bourgin (Versailles) — microbiologiste spécialiste des interactions plantes-microorganismes, avec un focus sur l’utilisation agronomique de microorganismes bénéfiques pour les plantes en alternative aux intrants chimiques.
Session 2
Microbiote intestinal et perturbations environnementales
23 octobre de 10h à 12h30 sur zoom
Le microbiote intestinal, longtemps ignoré, est désormais au cœur d’un bouleversement de notre compréhension du vivant : il incarne une écologie intime, façonnée par notre alimentation, nos modes de vie… mais aussi par les perturbations de notre environnement. Dans cette session, nous explorerons comment les contaminations chimiques, les régimes alimentaires industrialisés ou encore les modifications du milieu de vie (la présence par exemple de microplastiques dans nos aliments) affectent cet écosystème microbien, avec des conséquences profondes sur notre santé métabolique.
Xavier Coumoul et Céline Cruciani-Guglielmacci aurons le plaisir d’accueillir deux chercheur.euses de l’INRAe engagés dans cette exploration :
– Muriel Mercier-Bonin : directrice de recherche au sein de l’Unité Toxalim à Toulouse, équipe « neuro-gastroentérologie et nutrition » — microbiologiste spécialiste des interfaces entre bactéries et muqueuses, qui interroge les impacts de contaminants alimentaires sur la barrière intestinale et la symbiose hôte-microbiote.
– Philippe Gérard : chef de l’équipe Amipem (Alimentation, microbiote intestinal, maladies cérébrales et métaboliques) au sein de l’institut Micalis à Jouy en Josas — expert des interactions entre microbiote, nutrition et pathologies métaboliques, qui travaille notamment sur les effets de régimes occidentalisés et de polluants environnementaux sur l’équilibre microbien.
Session 3
Microbiote des graines et perturbations environnementales
20 novembre 2025 de 10h à 12h sur zoom
Lorsque l’on évoque les effets de perturbations environnementales sur le vivant, le regard collectif se tourne naturellement vers les animaux et les parties visibles des végétaux, dont l’échelle d’organisation nous est proche. Ce réflexe laisse cependant un angle mort sur toute une partie du vivant, plus discrète, invisibilisé par sa taille, les graines et les microbiotes. Composé de bactéries, de microchampignons et de protistes, le microbiote ne se réduit pas à nos intestins, il est présent dans et sur de nombreux organismes dont les graines. Ce séminaire propose de questionner la place des graines et de leur microbiote dans les questions environnementales actuelles. Catherine Flohic et Gontran Arnault participeront à cette discussion par une approche interdisciplinaire et multiscalaire : du contexte agronomique aux fonctionnement du microbiote des graines. Cette session sera animée par Clément Gros.
– Catherine Flohic : journaliste, éditrice et fondatrice de la maison d’édition « Les Ateliers d’Argol ». Elle mène depuis les années 1980 des enquêtes documentaires sur l’alimentation, le goût et les semences. Dans son ouvrage « Les semences en questions : de la terre à l’assiette », elle explore les enjeux politiques, économiques et écologiques de la filière semencière à travers de nombreux témoignages.
– Gontran Arnault : maître de conférences à l’université d’Angers et membre de l’UMR IRHS où il porte des travaux de recherche sur le microbiote des graines et sur ses possibles applications agronomiques.
Session 4
Microbiotes, environnements et santé : approches croisées biomédicales et socio-historiques ?
18 décembre 2025 de 10h à 12h sur zoom
Ce dernier volet du semestre sur le Microbiote du cycle de séminaires du Centre des Politiques de la Terre est consacré aux relations entre microbiote, santé et environnements. Après avoir exploré au fil des séances précédentes les dynamiques microbiennes dans les plantes, les sols, les racines, ainsi que l’impact des contaminants et des transformations environnementales sur ces écosystèmes invisibles mais essentiels, nous abordons aujourd’hui une dimension plus directement liée aux sociétés humaines : l’articulation entre microbiotes humains, milieux de vie et santé. Nous interrogerons donc les liens entre transformations globales, transitions nutritionnelles, pressions anthropiques et vulnérabilités sanitaires, dans une perspective à la fois biologique, médicale, historique et politique. Le dialogue entre ces deux perspectives, biomédicale et clinique d’une part, historique et anthropologique de l’autre, permettra d’aborder la question du microbiote comme objet à la fois biologique, social et politique, et de questionner nos modes de vie (et nos habitabilités!) contemporains.
Pour cette séance, Xavier Coumoul et Céline Cruciani-Guglielmacci auront le plaisir d’accueillir :
– Karine Clément : docteur en médecine, professeure des universités – praticienne hospitalière (PUPH) dans le service de Nutrition à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière — spécialiste reconnue de l’obésité, des maladies métaboliques et du rôle du microbiote intestinal, dont les travaux ont profondément marqué la recherche internationale.
– Alexis Zimmer : professeur en histoire environnementale à la faculté d’architecture de l’université de Liège, spécialiste de l’anthropologie des microbes, de l’histoire des relations santé/environnement et de l’analyse des pollutions.
Session 5
Infrastructures de l’eau : des sciences au(x) politique(s)
22 janvier 2026 de 10h à 12h sur zoom
Longtemps appréhendées comme de simples objets techniques, les infrastructures de l’eau constituent aujourd’hui un observatoire privilégié des transformations contemporaines de l’action publique et des inégalités socio-environnementales. Cette séance propose de les interroger comme des dispositifs à la fois matériels, scientifiques mais surtout politiques, en interrogeant le croisement entre savoirs experts, savoirs locaux, politiques publiques de l’eau et expériences de terrain. La discussion mettra au jour les choix, arbitrages et rapports de pouvoir qui façonnent les infrastructures de l’eau : qui gouverne ? Avec quels outils ? Pour quels publics et selon quelles temporalités ? Comment se sont transformés les problèmes publics liés à l’eau, à travers l’histoire de ses infrastructures, la fabrique des politiques qui les organisent et la circulation des savoirs qui les légitiment ? La séance ouvrira un espace de réflexion sur les tensions entre expertises, les vulnérabilités sociales, les conflits d’usage, les temporalités de l’action et les formes d’engagement collectif qui traversent aujourd’hui les mondes de l’eau.
Pour cette séance, animée par Maud Devès, nous aurons le plaisir d’accueillir :
– Manon Gallego, qui s’engage depuis près de vingt ans sur les enjeux du mal-logement et de l’accès aux services urbains essentiels pour les populations les plus précaires. Urbaniste de formation, son parcours s’est construit au croisement de l’action humanitaire et des politiques publiques, à travers une dizaine d’années consacrées à la gestion de programmes en contextes de crises et de catastrophes, du Pakistan à la République démocratique du Congo, en passant par le Liban, Haïti, la Côte d’Ivoire, l’Irak et le Tchad. Depuis mars 2020, elle dirige les programmes France de l’ONG Solidarités International, organisation spécialisée dans l’accès à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement. À travers cette fonction, elle interroge les écarts persistants entre la reconnaissance internationale de ces droits — consacrés comme fondamentaux par l’ONU en 2010 — et leur mise en œuvre effective sur le territoire français. Son action met en lumière les mécanismes sociaux, institutionnels et territoriaux qui conditionnent l’accès réel à l’eau potable et à l’assainissement, et souligne la nécessité d’un accompagnement durable pour garantir l’effectivité de ces droits.
– Franck Poupeau, qui est Sociologue et directeur de recherche CNRS au Centre de recherche et de documentation sur les Amériques (CREDA, CNRS / Université Sorbonne Nouvelle). Il interroge depuis plus de vingt ans les inégalités et les rapports de pouvoir à travers l’étude des politiques environnementales, de l’eau et des ressources naturelles. Des périphéries urbaines de France aux Amériques, de la Bolivie à l’Arizona, ses recherches dévoilent les tensions entre impératifs écologiques et logiques économiques, en éclairant les luttes sociales qui en découlent. Inspiré par Pierre Bourdieu, il défend une sociologie de terrain qui questionne les formes de domination à l’œuvre dans les transformations écologiques. Il construit une recherche ancrée dans le travail empirique, attentive aux effets structurants du champ du pouvoir comme aux politisations et aux formes de vie ordinaires. Cette démarche, couplée à un engagement éditorial fort, fait de lui une voix singulière dans le débat public contemporain, et un artisan de la visibilité des sciences sociales.
– Maud Devès, membre du bureau du Centre des Politiques de la Terre et co-animatrice de l’axe 1 avec Yann Sivry, animera les échanges. Elle s’appuiera pour cela sur son expérience de la recherche clinique en psycho-sociologie sur le terrain des crises de l’eau à Mayotte (Projet RESAM, Emergences UPC).
Session 6
Infrastructures et (in)habitabilité : leviers de la transformation ?
19 février 2026 de 10h à 12h sur zoom
Les grandes infrastructures (barrages, gravières, mines, forages, routes, entrepôts, usines…) constituent la base matérielle incontournable de multiples étapes des processus économiques (extraction de ressources, transformation, circulation, production d’énergie, transport, etc.). Ces infrastructures sont aussi en étroite relation avec les normes de l’Etat et avec le droit. Ainsi, les grandes infrastructures façonnent les systèmes socio-écologiques dans les territoires autant que les rapports sociaux, politiques et économiques à différentes échelles. Longtemps présentées comme vecteurs d’aménagement et moteurs du développement des territoires, les grandes infrastructures sont aujourd’hui de plus en plus questionnées comme étant une cause de leur inhabitabilité : elles seraient le support d’économies extractives voire prédatrices, provoquant l’artificialisation des sols et des perturbations majeures des cycles biogéochimiques (raréfaction des ressources, pollutions, destructions des sols et des habitats, érosion de la biodiversité) en même temps que des inégalités (distribution des gains et des expositions), des violences (accaparement des terres et des ressources, violences de genre et contre les populations, répression) et des injustices socio-environnementales croissantes (expositions aux polluants, accès aux communs).
Ce constat place les grandes infrastructures au cœur de nouveaux questionnements : qui tire profit de quelles infrastructures, à l’échelle des territoires et au-delà ? Qui est au contraire exploité ou exposé à leurs dégâts ? Quelles données produisent les recherches scientifiques, quels aspects et quelles expériences (par ex. travailleurs versus femmes et enfants) sont mis en lumière et quels autres sont laissés dans l’ombre ? Dans quels rapports politiques et dans quel type de métabolisme territorial (Sud / Nord global, centre / périphérie, ville / campagne) les grandes infrastructures s’inscrivent-elles et comment ces rapports se matérialisent-ils ? Comment, par quels processus et à quelles conditions, différentes catégories d’acteurs et d’actrices (habitant-es, pouvoirs publics, économiques, ainsi que les scientifiques eux-mêmes) peuvent-iels contribuer à refaçonner des territoires dont l’habitabilité est menacée ?
Pour répondre à ces questions, Isabelle Hillenkamp animera un dialogue entre deux scientifiques engagées dans des recherches transformatrices, se situant à l’interface science/société, et combinant co-construction de données au sein d’équipes interdisciplinaires et dispositifs de transformation socio-écologique (tels que jeux sérieux et exposition arts-sciences) :
– Laurence Maurice est hydrogéochimiste et directrice de recherche à l’IRD, membre du laboratoire GET (Géosciences Environnement Toulouse). Spécialiste des contaminants métalliques, des impacts environnementaux et expositions humaines liés aux activités extractives, elle travaille en inter- et transdisciplinarité sur l’analyse des vulnérabilités environnementales et sociales dans des territoires impactés, principalement en Amérique du Sud (et notamment, sur la mine d’or de la Rinconada au Pérou). Très engagée dans les sciences de la durabilité, elle participe à la co-construction de nouveaux éléments de réponse et de voies de changement avec les populations locales et avec les acteurs publics en charge de la gestion et de la prévention des risques liés à l’extractivisme.
– Hélène Guétat-Bernard est professeure de sociologie au Ministère de l’agriculture et de l’alimentation en France, à l’ENSFEA (école nationale supérieure de formation de l’enseignement agricole) et membre du LISST, équipe Dynamiques rurales à Toulouse. Ses recherches portent sur le genre et l’agriculture familiale, le développement rural, les mobilités, les identités, le care et environnement, le rapport au vivant, la gestion des ressources et l’alimentation en France, en Inde, en Afrique de l’ouest et au Brésil. Elle participe à plusieurs projets de recherche interdisciplinaire et participatif, parmi lesquels le projet NAPALAIR, à propos de l’impact sur la nappe phréatique de l’activité de gravières en Ariège (notamment l’extraction de granulats à grande échelle).
Session 7
Les infrastructures et pratiques de recherches face aux enjeux écologiques
19 mars 2026 de 10h à 12h sur zoom
Cette session interrogera les transformations contemporaines de l’activité scientifique face aux enjeux écologiques. Elle abordera à la fois les évolutions des pratiques de recherche, les infrastructures scientifiques, ainsi que les formes de régulation et de transformation institutionnelle susceptibles d’accompagner la transition écologique de la recherche. Nous examinerons comment les enjeux écologiques reconfigurent aujourd’hui les trajectoires professionnelles, les objets de recherche et les formes d’engagement des chercheur·euses. La discussion portera également sur le rôle des infrastructures scientifiques – en particulier numériques et computationnelles – dans l’empreinte environnementale de la recherche, ainsi que sur les premières tentatives de mesure de cette empreinte à partir de bilans carbone institutionnels. La session abordera enfin les leviers concrets de transformation des pratiques scientifiques, les tensions possibles avec les systèmes actuels d’évaluation académique, et les formes de régulation ou de politiques institutionnelles susceptibles d’accompagner l’écologisation de la recherche, dans un contexte où les contraintes climatiques pourraient elles-mêmes transformer les conditions matérielles de production scientifique.
Pour cette séance, animée par Yann Sivry, nous aurons le plaisir d’accueillir :
– Antoine Hardy, qui mène des enquêtes sur l’écologisation et en particulier sur les relations entre sciences, savoirs et environnement. Il effectue actuellement une recherche postdoctorale au Centre européen de sociologie et de science politique (CESSP) portant sur l’engrillagement de la « nature ». Il a auparavant mené une enquête au Centre de sociologie de l’innovation pour comprendre comment les conséquences environnementales des sciences informatiques reconfigurent ce domaine de recherche. Il prolongeait ainsi sa thèse, soutenue en 2024, dans laquelle il a enquêté sur des mobilisations scientifiques en France qui s’appuient sur la quantification des émissions de gaz à effet de serre des laboratoires pour essayer de changer les manières de faire de la recherche. Il a régulièrement coordonné des numéros de revues, fait des recensions d’ouvrages (Genèses, Sociologie du travail, Zilsel, Politix, Revue française de sociologie) et enseigné dans différents établissements d’enseignement supérieur (Sciences Po Paris, Université d’Évry – Université Paris-Saclay, Université de Nantes, École Polytechnique)
– Frédéric Fluteau, est professeur à l’Institut de physique du globe de Paris et son activité de recherche se concentre sur l’étude des changements climatiques, explorant leurs dynamiques à différentes échelles de temps dans l’histoire de la Terre. Il s’intéresse particulièrement à la réponse du système climatique et aux mécanismes de rétroaction face à divers types de forçages, en s’appuyant sur des modèles numériques avancés, notamment les modèles de système Terre. Ces travaux lui permettent également d’analyser l’impact des changements climatiques sur les paléoenvironnements, offrant ainsi des clés pour mieux comprendre les évolutions passées et présentes de notre planète. Engagé dans une démarche responsable, il pilote le calcul de l’empreinte carbone de son établissement (l’IPGP) en tant que référent développement durable, et contribue à l’élaboration d’un plan de transition.
Session 8
L’expérience sensible des transformations socio-écologiques : mise à l’épreuve des infrastructures
23 avril de 10h à 12h30 sur zoom
Les transformations socio-écologiques contemporaines, marquées par des crises environnementales, sociales et politiques entremêlées, mettent en évidence les limites des infrastructures conçues pour organiser, contrôler et stabiliser l’environnement. Face aux phénomènes de plus en plus fréquents et visibles tels que les inondations, les sécheresses ou les pollutions, ces dispositifs apparaissent débordés, révélant une inadéquation croissante entre les cadres construits et la réalité du vivant. Cette situation s’accompagne d’une remise en question des catégories traditionnelles opposant nature et culture, ordre et désordre, sans pour autant permettre une pleine compréhension des dynamiques à l’œuvre, notamment en raison de la complexité des échelles temporelles et spatiales. Dans ce contexte, l’expérience sensible devient un lieu central pour appréhender ces transformations, tandis que l’art peut jouer un rôle clé en proposant de nouveaux modes de perception et de représentation. Enfin, cette remise en cause ouvre la voie à une réflexion sur des formes d’aménagement plus ouvertes, capables de composer avec l’imprévisibilité du vivant plutôt que de chercher à le contraindre.
Pour aborder ces questions, Nathalie Blanc animera un dialogue entre :
– Emeline Bailly, Docteure en urbanisme et chercheure au Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) et enseignante à l’École Supérieure de l’Architecture des Jardins (ESAJ). Ses recherches portent sur la qualité urbaine des espaces habités à l’épreuve des transformations socio-écologiques. Elle interroge plus particulièrement les interfaces entre les évolutions urbaines, écologiques et l’expérience sensible des lieux et territoires en mutation ainsi que la manière dont ces évolutions questionnent les politiques urbaines et de transition écologique. Elle est l’auteure de nombreux ouvrages, chapitres, articles scientifiques parmi lesquels : Transition écologique des territoires, apport des initiatives citoyennes rurales, coécrit avec Antoine Bres et Béatrice Mariolle (2026), Réinventer la ville avec l’écologie, frottements interdisciplinaires, coécrit avec le Groupe d’Urbanisme Ecologique (2022), Biodiversité urbaine, pour une ville vivante, coécrit avec Dorothée Marchand et Alain Maugard A. (2019), Penser la qualité, vers une ville sensible et résilience, codirigé avec Dorothée Marchand (2019), Oser la ville sensible (2018).
– Alexandre Campeau-Vallée, photographe-chercheur montréalais. Détenteur d’une maîtrise en Environnement et développement durable, option aménagement de l’Université de Montréal, il est chargé de cours en histoire de l’art et auxiliaire en architecture de paysage. Il poursuit un doctorat en recherche-création photographique au département d’histoire de l’art où il explore la relation entre les dispositifs photographiques et l’environnement, en prenant l’exemple de Niagara Falls. Ses projets de recherche-création sur les hôtels abandonnés de Polynésie française, la ville cubaine de Ciudad Nuclear, le Biodôme de Montréal ou encore le wilderness étatsunien ont été présentés lors d’expositions et de conférences au Canada, en Europe et en Afrique.
Session 9
Co-évolutions des technologies et des systèmes socio-écologiques: pour une approche relationnelle de l’habitabilité terrestre
21 mai de 10h à 12h30 sur zoom
Pour cette dernière séance du cycle de séminaires 2025-2026, le bureau du centre des politiques de la Terre vous propose une séance d’ouverture et de présentation de notre prochain cycle. Celle-ci prendra la forme d’une table ronde entre les pilotes des 4 axes de recherche du CPT qui aura pour objectif de poser les bases des réflexions qui animent actuellement notre communauté de recherche, et qui seront poursuivies lors de notre conférence internationale à Lausanne : « Towards a just and habitable world: exploring the role of technology », puis tout au long du cycle de séminaires 2026-2027.
Vous trouverez ici un texte présentant cette séance, ces réflexions et le prochain cycle :
Dans le prolongement du colloque organisé à Lausanne par le Centre des politiques de la Terre, Future Earth et l’Université de Lausanne, la présente table ronde s’inscrit dans une dynamique de structuration d’un cycle de séminaires consacré aux co-évolutions des technologies et des systèmes socio-écologiques. Ce programme de recherche vise à interroger, dans une perspective interdisciplinaire, les conditions contemporaines de l’habitabilité terrestre, telles que conceptualisées dans les textes de positionnement du Centre des politiques de la Terre.
L’hypothèse directrice de ce cycle repose sur l’idée selon laquelle les technologies ne sauraient être appréhendées comme des entités autonomes ou neutres. Elles doivent au contraire être envisagées comme des configurations socio-techniques indissociablement liées aux dynamiques sociales, politiques et territoriales. Toute innovation technologique engage des transformations profondes des modes d’organisation sociale, des pratiques collectives et des rapports à l’environnement. Corrélativement, les systèmes techniques ne peuvent être compris indépendamment des contextes sociaux et institutionnels qui les produisent, les régulent et leur confèrent leur signification.
Toutefois, une telle analyse ne saurait faire l’économie d’une réflexion critique sur l’autonomisation des systèmes techniques. Les travaux de Jacques Ellul ont ainsi montré comment la technique tend à se constituer en système autonome. Dans La technique ou l’enjeu du siècle (1954), il écrit que « la technique est devenue autonome », soulignant qu’elle obéit désormais à une logique propre, fondée sur l’efficacité, susceptible de s’imposer aux choix sociaux et politiques.
Dans ce cadre, il apparaît nécessaire de réaffirmer la centralité de cette articulation afin de situer plus précisément les transformations technologiques contemporaines au regard des enjeux écologiques et des conditions d’habitabilité de la Terre : géo ingénierie, bio ingénierie, IA, etc. Une attention particulière sera également accordée aux formes de technologies dites « situées » ou « à bas seuil », telles que les approches low-tech, les pratiques issues de l’agroécologie, la restauration des milieux, le réensauvagement urbain ou encore les dynamiques du do-it-yourself. Loin d’être marginales, ces technologies de l’habitabilité participent à la redéfinition des rapports entre sociétés, techniques et milieux.
Une clarification conceptuelle s’impose dès lors. Par technologie, nous entendons un système technique complexe, c’est-à-dire un ensemble structuré de techniques articulées entre elles et indissociables d’une organisation sociale donnée. À ce titre, toute technologie contribue à instituer un mode d’être au monde, une forme spécifique d’habitabilité et un certain rapport à la nature. La technique, quant à elle, peut être définie, dans une acception plus générale, comme une dimension constitutive de l’activité humaine : elle renvoie à l’ensemble des gestes, des savoir-faire et des dispositifs par lesquels les sociétés poursuivent des fins déterminées. Elle est inséparable d’une pensée de l’action et des finalités qui l’orientent.
À l’inverse, le techno solutionnisme désigne une posture analytique et politique consistant à réduire les enjeux écologiques à des réponses strictement technologiques. Cette approche se manifeste notamment dans le recours privilégié à des dispositifs tels que la géo-ingénierie, la bio-ingénierie ou certaines applications de l’intelligence artificielle, envisagées comme des solutions en elles-mêmes. Une telle perspective tend à occulter les conditions sociales, politiques et énergétiques de leur déploiement, ainsi que les effets systémiques qu’elles engendrent à différentes échelles.
Le techno solutionnisme peut ainsi être interprété comme une forme de fuite en avant, caractérisée par l’accumulation de dispositifs techniques en passant sous silence les transformations sociales qu’ils impliquent ou requièrent. Il dissocie les solutions techniques d’une réflexion normative sur leurs finalités, notamment en matière d’émancipation, de justice sociale et de soutenabilité.
Dans ce contexte, l’objectif du cycle de séminaires est de proposer une approche résolument relationnelle, articulant les dimensions sociale, politique, technologique et écologique. Il s’agira d’examiner, de manière systématique, en quoi les dynamiques d’innovation sont intrinsèquement liées — tant dans leurs conditions de production que dans leurs effets — à des transformations sociales et territoriales. C’est vrai de la géoingénierie tout autant que de l’agroécologie. Une attention particulière sera portée aux lignes de fracture, aux asymétries et aux formes d’exclusion qui structurent ces processus, afin de mieux appréhender les conditions d’une transition écologique à la fois soutenable et inclusive.
Pour illustrer et aborder concrètement ces thématiques :
- Maud Devès parlera du point de vue des recherches qu’elle mène en psycho-sociologie des crises et des catastrophes et de la place particulière qu’occupent les sciences et les technologies face à ces problématiques.
- Nathalie Blanc présentera la manière dont l’intégration de technologies telle les Solutions Fondées sur la Nature dans l’aménagement urbain face aux polycrises écologique, sociale, politique n’intègre pas l’idée de transformations socio-politiques et implique à la marge la participation citoyenne. Or, l’adaptation aux bouleversements en cours nécessite un engagement large des citadins et citoyens face à l’ampleur du défi, ainsi qu’une modification substantielle des modes d’habiter.
- Céline Cruciani et Isabelle Dajoz parleront des défis de la biologie moderne et de l’intelligence artificielle : les avancées scientifiques, éthiques et en termes d’accessibilité d’une part, mais également la face cachée de l’IA avec le coût écologique et humain, et les conséquences pour la société, d’autre part. Céline Cruciani (Professeure de Physiologie Animale à UP Cité) évoquera notamment les avancées médicales et les changements actuels pour la recherche préclinique (sur des modèles animaux) et clinique, et la nécessaire adaptation/acceptation de ces nouvelles pratiques par la population. Isabelle Dajoz (Professeure d’écologie à UP Cité) parlera de l’impact environnemental de ces technologies, une situation paradoxale par rapport à l’utilisation croissante de ces technologies pour l’étude de la biodiversité et des écosystèmes.
- Yann Sivry parlera des technologies de captage du CO₂ et de géo-ingénierie, en interrogeant leurs effets environnementaux potentiellement délétères, les incertitudes associées à leur déploiement et les enjeux socio-écologiques qu’elles soulèvent.
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