Journée d’études
–
19 février 2027 Université d’Artois, Arras
Télécharger l’AAC au format PDF
Org. : Anne Gensane, Université Paris Cité, CERILAC
Cette journée d’études a pour objet central la dimension diatopique du langage, envisagée sous de multiples aspects. Comment désigne-t-on un territoire ? Quels mots emploie-t-on pour le dire, le représenter ou se l’approprier ? Comment les territoires façonnent-ils les usages linguistiques, et comment les mots contribuent-ils, en retour, à construire les territoires ?
Il pourra s’agir d’analyser les toponymes, mais aussi l’histoire plus intime des mots employés pour dire « sa » ville, « son » quartier, « son » pays ; plus largement, les formes d’appropriation langagière de l’espace urbain et de l’espace rural. Les créations lexicales, néologismes ou argotismes participent pleinement de cette mise en mots du territoire. Ils témoignent d’usages situés qui redessinent les espaces autant qu’ils les nomment (Courbon et al, 2026 ; Turpin, 2012, Bulot, 2004 ; Podhorná-Polická, 2012).
On pourra par exemple interroger la mise en mots artistique ou poétique du territoire et ses visées identitaires. Les productions contemporaines, notamment dans le rap, constituent à cet égard un terrain privilégié, où la question de la street credibility engage des formes spécifiques d’ancrage spatial et symbolique (Gensane et al, 2026). Les emprunts vernaculaires urbains offrent des pistes pour réfléchir aux liens entre création linguistique et territoire. L’attention pourra également se porter sur les paysages linguistiques et les différentes formes de présence du langage dans l’espace, des enseignes aux graffitis, en passant par la signalétique ou le street art (Bulot et Dubois, 2005, Goudaillier, 1991).
Qu’il s’agisse de nommer un territoire, d’y inscrire des pratiques langagières, de le traverser ou de le quitter, les mots constituent des marqueurs privilégiés des rapports qu’entretiennent les individus et les groupes avec les espaces qu’ils habitent et/ou se représentent.
Si les mots participent à la construction des territoires, ils se meuvent également d’un espace à l’autre, se déplacent avec leurs locuteurs. Les mots ne sont donc évidemment pas immobiles : ils franchissent les frontières et se transforment au gré des contacts avec d’autres langues et d’autres cultures. C’est pourquoi l’étude des emprunts linguistiques, anciens comme récents, invite à suivre le voyage des mots : leurs trajectoires et leurs réappropriations (Humbley, 2010). À ce voyage des mots répondent les mots des voyageurs. Les discours sur ou par les nommés « gens du voyage » (Bergeon et Salin, 2010), les récits de nomadisme, ou les récits de voyage, les témoignages de l’exil ou de la migration permettent d’interroger les expériences du déplacement (Canut et Ramos, 2014). Les néologismes du tourisme (Tallarico, 2026) ou les mots qui émergent des nouvelles pratiques de mobilité constituent à cet égard un corpus d’étude également riche. Les politiques linguistiques (Calvet, 2010 ; Boyer, 2010) pourront être abordées, notamment à travers l’analyse des dispositifs d’« intégration » par la langue et de leurs effets sur les pratiques comme sur les représentations. Enfin, l’existence des langues régionales constitue un champ d’étude qui nous intéressera également ; que l’on parle de dialectes ou de variétés régionales, les pratiques comme les représentations offrent un terrain propice à l’analyse des tensions entre légitimation, marginalisation, patrimonialisation et valorisation (Blanchet, 2017 ; Éloy, 2003).
Cette journée d’études entend ainsi explorer les interactions entre langage et territoire en portant l’attention sur les mots du territoire autant que sur le territoire des mots. Dans une perspective sociolinguistique ouverte aux approches lexicales, discursives, historiques et culturelles, elle envisagera les mots non seulement comme des outils de désignation, mais aussi comme des instruments de construction symbolique et sociale des espaces, mettant ainsi en évidence les rapports de pouvoir. Toutes les périodes, toutes les approches scientifiques et tous les corpus seront les bienvenus. Enfin, la tenue de cette journée le 19 février, à la veille de la Journée internationale de la langue maternelle (21 février), nous incite à prolonger la réflexion sur les liens qui unissent les langues à leurs territoires, et peut-être plus précisément aux mémoires qu’elles portent et aux identités qu’elles contribuent à fabriquer.
Axes-clefs
# Toponymie et désignation des territoires urbains et ruraux ; # Territoire, identité et représentations ;
# Néologie, créations lexicales, argotismes, emprunts ;
# Représentations sociolinguistiques, idéologies linguistiques et territoires ; # Variation diatopique et contacts de langues ;
# Les mots des voyageurs : récits de voyage, tourisme, migration et exil ; # Sédentarité et nomadisme ;
# Mise en mots artistique, littéraire ou médiatique du territoire ; # Paysages linguistiques, graffitis, street art ;
# Langues régionales, dialectes, patois et pratiques vernaculaires ; # Politiques linguistiques, territorialisation et rapports de pouvoir ; # Mémoire, patrimoine, transmission linguistique, plurilinguisme.
Modalités pratiques
- Présence physique uniquement
- Pas de frais d’inscription
- Langue française
- 20 minutes de présentation, 10 minutes de discussion
- La publication d’articles est envisagée
- Calendrier :
– Date limite d’envoi des propositions : 19 octobre
– Notification d’acceptation ou de rejet : 19 novembre
– La journée : 19 février
Comité scientifique
Blanchet Philippe
- Université de Rennes CELTIC-BLM – Rennes
Canut Cécile
- Université de Paris CERLIS – Paris
Éloy Jean-Michel
- Université de Picardie LESCLaP – Amiens
Gensane Anne
- Université Paris Cité, CERILAC – Paris ; Textes et Cultures – Arras
Napieralski Andrzej
- Université de Łódź
- Institut d’Études Romanes – Łódź
Szabó Dávid
- Université de Eötvös Loránd CIEF – Budapest
- Trédez-Lopez Mélanie Université d’Artois Textes et Cultures – Arras
À lire aussi
Séminaire « Lignes de faille » 26-27
Quand A partir du 22 octobre, le jeudi, une fois par mois Où Université Paris Cité, Campus des Grands Moulins, 783C CONTACT :Cécile Narjoux, cecilenarjoux.univpariscite@gmail.com (ou cecile.narjoux@u-pariscite.fr)Emily Lombardero, emily.lombardero@u-pariscite.frLe...
AAC Les Démons de la théorie « Masterclass »
Les Démons de la théorie est un groupe de travail sur la théorie littéraire rattaché à l'ED 131 (https://ed131.u-paris.fr/formation-doctorale/ : onglet "Groupes de recherche"), il est composé de doctorant-es du CERILAC et d'ECHELLES. Pour la deuxième année...
Dialogue avec les peintres
Georges Perec s’est d’abord rêvé peintre. Il a entretenu toute sa vie un rapport très étroit avec les arts plastiques, il a préfacé ou accompagné expositions et livres d’art de ses amis. Écrire sur leurs œuvres, comme sur Paul Klee, était pour lui une...
Ecrire l’histoire n°26 – Paroles (d’)historiennes au XIXe siècle
Écrire l’histoire est une revue annuelle publiée avec le concours de CERILAC par CNRS Éditions et en ligne sur OpenEdition : https://journals.openedition.org/elh/ © Couverture : Johannes Vermeer, Femme écrivant une lettre avec sa servante,...