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Sep
22
jeu
Séminaires « Habitabilités » – Session 1 : Habitabilité et limites planétaires @ Amphithéâtre Turing
Sep 22 @ 10 h 00 min – 0 h 30 min
Séminaires "Habitabilités" - Session 1 : Habitabilité et limites planétaires @ Amphithéâtre Turing

Habitabilité et limites planétaires

 

avec David Kanter (New York University) et Bruno Dorin (CIRAD, CIRED), discutés par Cédric Gaucherel (INRAE)

 

© Thomas Cuelho

Cette séance sera consacrée à l’exploration des définitions de l’habitabilité selon les diverses disciplines qui ont pu mobiliser cette notion hybride. Le terme a ainsi été utilisé par les physiciens, les géologues ou les astro-biologistes afin de décrire la capacité d’une planète ou d’une exoplanète à être habitable par des formes de vie. En outre, la notion d’habitabilité de la Terre a été mobilisée par les sciences humaines et sociales, notamment les géographes et les anthropologues francophones. Pour ces derniers, il s’agit essentiellement de caractériser les pratiques sociales et spatiales des habitants – mobilité, logement, etc. – et de définir ces dernières en référence aux milieux de vie de ces personnes, caractérisés par des dimensions environnementales et sociales. Les approches anglo-saxonnes du concept de liveability s’intéressent quant à elle à la dimension normative de cette habitabilité, dans une démarche sans doute plus proche des sciences expérimentales. Dans ces conditions, il s’agira d’envisager comment l’habitabilité peut permettre de reconnecter diverses disciplines autour de la question environnementale.

 

Cette question sera mise en tension avec les concepts de limites planétaires et de tipping points, à la suite de la perspective développée par le papier de positionnement du CPT. Il s’agira notamment à travers le concept d’habitabilité de “situer” ces limites planétaires sur des territoires, des paysages, et de tenter de tracer les liens possibles entre ces approches et l’analyse des systèmes Terre. Il s’agit notamment de construire des articulations entre des sciences fixant des limites normatives à l’habitabilité des milieux, et d’autres mettant en lumières les formes de diversités et d’adaptations des acteurs et des milieux. Au fond, il s’agit à travers le concept d’habitabilité de mettre de la créativité dans les recherches sur les limites “dures”, et de s’interroger par ce biais à la fois sur la normativité dans les différentes disciplines des sciences expérimentales et des sciences sociales, et sur les possibilités de collaboration sur des terrains communs.

Sep
29
jeu
Campus Anthropocène 29-30 septembre 2022 @ Bassin de l'Yzeron
Sep 29 – Sep 30 Jour entier
Campus Anthropocène 29-30 septembre 2022 @ Bassin de l'Yzeron

L’idée du campus Anthropocène Ile de France du Centre des Politiques de la Terre est de consacrer deux jours sur le terrain (« campus »), en réunissant différents acteurs afin de réfléchir plus précisément à la notion d’habitabilité au niveau d’un territoire de l’Anthropocène.

 

© Hubert Raguet

Le Campus Anthropocène 2022 du Centre des Politiques de la Terre vise à mener une réflexion collective de 2 jours sur les enjeux environnementaux au niveau d’un territoire de l’Anthropocène.

 

Ces journées permettront de poser, à l’appui du terrain, le bassin versant de l’Yzeron dans la métropole lyonnaise, un cadre interdisciplinaire pour penser les dimensions de la notion d’habitabilité, mêlant les sciences naturelles et expérimentales aux sciences humaines et sociales. À cette fin, nous réunissons des acteurs scientifiques et de terrain (parmi lesquels des chercheurs de l’Observatoire de Terrain en Hydrologie Urbaine de l’Yzeron et de l’Institut Michel Serres et des acteurs de terrain du GRAIE et de l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée et Corse) pour réfléchir en commun, en croisant différentes perspectives, à la problématique de l’habitabilité d’un bassin versant.

 

Ainsi, comment le bassin versant de l’Yzeron met-il en exergue la problématique de l’habitabilité ? Quelles représentations de l’habitabilité, à l’aune de nouvelles représentations plastiques et visuelles, sonores et écrites, permettent de donner au bassin versant de l’Yzeron toute sa place dans les débats publics et les imaginaires collectifs ? Au-delà de discours, pourquoi ces représentations sont-elles nécessaires ? Quelle(s) représentation(s) des risques ce bassin versant et sa dynamique mettent-ils en avant ? Quels jeux d’échelle se jouent autour de la création et de la mise en collectif des bassins versants (typiquement pour la gestion des eaux) ? Par ailleurs, à la lumière des apports du Campus Anthropocène 2021, quelles significations des données environnementales peut-on transposer d’un territoire rural à un territoire urbain ? Enfin, quels conflits et quels consensus sont nécessaires pour ancrer la gouvernance de ce territoire, en relation avec la métropole Lyonnaise ?

 

Ce Campus Anthropocène s’organise autour de la discussion d’exposés scientifiques sur les travaux de l’Observatoire de Terrain en Hydrologie Urbaine de l’Yzeron, donnant un aperçu du cumul impressionnant de savoirs dont ce bassin versant à fait l’objet, de groupes de travail sur la question des données (acquisition, représentation, traduction) et des visites de terrain (instruments, exploitation agricole bio). Enfin, le dernier objectif de ce Campus Anthropocène est, dans un souci de réflexivité et d’inclusion, d’engager un échange avec différents acteur·rices de la vie locale ; citoyen·nes, élu·es, agriculteur·rices…

 

L’objectif primordial du Campus Anthropocène 2022 est d’interroger les transformations de l’habitabilité au regard des transformations induites par l’Anthropocène.

 

Programme

 

Jeudi 29 septembre 2022

  • Session 1 : L’Yzeron, un territoire instrumenté dans une perspective durable
  • Visite de terrain 
  • Session 2 : Conflits de mise à l’agenda entre ruissellement et protection contre les risques
  • Séance publique

 

Vendredi 30 septembre 2022

  • Session 3 : L’habitabilité au prisme des vulnérabilités du bassin versant de l’Yzeron
  • Visite de terrain
  • Session 4 : Rencontres autour du bassin de l’Yzeron

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Oct
20
jeu
Séminaires « Habitabilités » – Session 2 : Frottements d’échelles @ Amphithéâtre Turing
Oct 20 @ 10 h 00 min – 10 h 15 min
Séminaires "Habitabilités" - Session 2 : Frottements d'échelles @ Amphithéâtre Turing

Frottements d’échelles

 

© Thomas Cuelho

La problématique des échelles est au cœur de la notion d’habitabilité, en cela qu’elle vise à appréhender la production de milieux de vie par des interactions entre des entités de différentes tailles et natures, elles-mêmes prises dans des processus plus ou moins globaux. En quoi ces interactions transforment des milieux et des territoires plus ou moins vastes ? Quelles lunettes, spatiales et temporelles, utiliser pour l’analyse de quels phénomènes (climatiques, hydrologiques, sociaux…) ? Comment l’action collective transforme-t-elle ces territoires et produit-elle ses propres échelles ? Quels sont les frottements entre les sciences et les processus de décision collective face aux bouleversements des territoires à l’heure de l’Anthropocène ?

 

Cette séance interroge donc à la fois les effets combinés de différentes échelles de phénomènes sur des territoires plus ou moins vastes. Elle interroge aussi les temporalités et les rythmes de ces phénomènes, notamment dans leurs interactions avec l’action publique. Comment penser dans ce contexte la circulation des modèles et des outils d’action publique, transposés parfois sans véritable adaptation à différents endroits du monde ? En quoi nos capacités toujours plus grandes de projection dans le futur informent-elles, obscurcissent-elles, modifient-elles les politiques d’adaptation à la nouvelle donne environnementale ? Elle pose enfin la question de la production des échelles d’observation et de pertinence : en quoi les sciences permettent-elles de donner un forme spatiale et temporelle aux transformations des milieux et des socio-écosystèmes ? Comment ces échelles interagissent-elles avec les formes d’actions collectives déployées par les humains pour produire, maintenir, transformer des territoires ?

 

In fine, il s’agit donc de s’interroger à la fois sur les ampleurs des transformations en cours sur la planète et sur les milieux et de leurs interactions. ll s’agit aussi de questionner l’action humaine sur ces milieux par la production et la modification d’échelles et de “prises” sur ces phénomènes, avec un regard particulier sur la manière dont les sciences influent ou peuvent influer sur ces processus.

Nov
24
jeu
Séminaires « Habitabilités » – Session 3 : Le changement climatique et ses effets sur la santé @ Salle des thèses
Nov 24 @ 10 h 00 min – 12 h 30 min
Séminaires "Habitabilités" - Session 3 : Le changement climatique et ses effets sur la santé @ Salle des thèses

Le changement climatique et ses effets sur la santé – Un enjeu pour l’habitabilité : Le cas de l’Afrique subsaharienne

 

© Thomas Cuelho

Le changement climatique est un nouveau facteur de risque substantiel pour la santé des populations, concernant, par exemple, la répartition spatiale d’un large éventail de maladies infectieuses, ou encore la malnutrition infantile due à l’augmentation des mauvaises récoltes, en particulier dans les pays où la vulnérabilité au climat est la plus élevée : l’Asie du Sud et l’Afrique subsaharienne. L’habitabilité d’une partie du monde dépend des impacts sanitaires résultant du changement climatique. Un des défis pour répondre aux enjeux d’adaptation et préparer des programmes d’interventions adaptés à ces enjeux tient à la capacité des équipes de recherche à croiser leurs données. Les analyses croisées ouvrent de nouvelles perspectives pour l’épidémiologie. Le séquençage génétique permet, entre autres, de nouvelles connaissances dans la compréhension des agents pathogènes dans l’eau, l’air et l’épidémiologie phylogénétique. Cette séance sera l’occasion d’aborder la manière dont les développements récents dans le domaine de l’intelligence artificielle peuvent rendre possible une analyse et des prévisions puissantes à partir de flux de données émanant de champs divers : santé, météorologie, climatologie, agriculture, etc.

Déc
15
jeu
Séminaires « Habitabilités » – Session 4 : Quelles sciences pour l’habitabilité ? @ Salle des thèses
Déc 15 @ 10 h 00 min – 12 h 30 min
Séminaires "Habitabilités" - Session 4 : Quelles sciences pour l'habitabilité ? @ Salle des thèses

Quelles sciences pour l’habitabilité ? Interdisciplinarité, données et modèles

 

© Thomas Cuelho

La capacité d’un concept comme l’habitabilité à ouvrir un champ d’étude interdisciplinaire est pour le moment une hypothèse de travail. Cette séance vise donc à interroger les approches et méthodes, depuis les sciences de la durabilité aux approches du système Terre, permettant aujourd’hui de penser l’habitabilité de manière interdisciplinaire. Il s’agira notamment de confronter et d’articuler des appréhensions, et les actions scientifiques qui en découlent, de la Terre et des biotopes comme milieux habitables, aux manières dont est ou peut être pensée l’habitabilité dans les sociétés humaines et plus qu’humaines.

La question posée par cette séance est donc celle des articulations (ou leur absence), des conflits, des coopérations entre disciplines autour des questions d’habitabilités, mais aussi des conséquences de ces dernières sur nos manières d’envisager les milieux et sur l’organisation des espèces qui les composent. Elle interroge en outre la question des passages des savoirs aux pratiques, de l’observation à la production de milieux habitables.

Elle est aussi fondamentalement celle des données et de leur organisation dans des systèmes de pensées plus ou moins cloisonnés. Comment les données actuellement produites sur les milieux et leur “fonctionnement” sont conditionnées par leur intégration à des modèles ? Comment les infrastructures de recherche produisent, modifient, empêchent des approches interdisciplinaires ? En quoi enfin, nos manières de produire des données interroge les instruments de mesure, le regard de l’observateur et les formes de description qui en découlent, et plus généralement nos capacités à instrumenter le monde.

Cette séance visera in fine à entrer dans la question de l’habitabilité par la petite lucarne, celle des pratiques de recherche et de leurs hybridations, actuelles ou potentielles, en vue d’interroger le potentiel heuristique de la notion d’habitabilité.

Jan
26
jeu
Séminaires « Habitabilités » – Session 5 : Inhabitabilités et remédiation @ Amphithéâtre Turing
Jan 26 @ 10 h 00 min – 12 h 30 min
Séminaires "Habitabilités" - Session 5 : Inhabitabilités et remédiation @ Amphithéâtre Turing

Inhabitabilités et remédiation

 

© Thomas Cuelho

En parallèle des études en biologie sur les milieux durablement abîmés, récifs coralliens, zones irradiées, ou déserts marins, en Sciences du système Terre sur les trajectoires potentielles de la planète passé le point de rupture dans les grands cycles géochimiques, la thématique des “ruines” et de leur habitabilité a récemment fait l’objet de travaux importants en sciences sociales. L’inhabitabilité renvoie ici à deux manières de considérer la catastrophe, en cours ou à venir, que cette séance se propose d’étudier ensemble.

La première renvoie à une approche événementielle de cette dernière, centrée sur l’étude des crises, points de bascule, tipping points. Il s’agit d’interroger les seuils de l’habitabilité des milieux en discutant à la fois des phénomènes catastrophiques et de leurs rapports aux sociétés (séismes, inondations, accident industriel…), et des formes de préparation, d’incertitudes, et de recomposition des milieux avant, pendant, après la catastrophe.

La deuxième interroge plus spécifiquement les phénomènes de “slow disaster”, soit la transformation durable et plus ou moins lente d’un milieu sous l’effet de phénomènes “naturels”, de contamination, de radiations. Elle interroge aussi les tournants plus discrets des écosystèmes dépeuplés de leurs êtres vivants par l’activité humaine, ou dont le fonctionnement écosystémique a été largement altéré.

Dans les deux cas, il s’agira de penser à la fois les interactions complexes qui font basculer des milieux dans l’inhabitabilité – pour qui, et comment ? – la trajectoire des systèmes ainsi considérés, et les recompositions de la vie dans des conditions d’instabilité grandissante. L’enjeu est aussi de s’interroger sur des possibilités de remédiations ou de réparation. Comment faire avec des milieux rendus durablement inhabitables ? Quels sont les enjeux des approches relatives à la restauration des milieux voire à leur recréation ? Comment, enfin, faire avec ce qui reste, polluants, toxiques, changements irréversibles, et vivre avec ?

Fév
23
jeu
Séminaires « Habitabilités » – Session 6 : Habitabilité et Anthropocène @ Amphithéâtre Turing
Fév 23 @ 10 h 00 min – 12 h 30 min
Séminaires "Habitabilités" - Session 6 : Habitabilité et Anthropocène @ Amphithéâtre Turing

Habitabilité et Anthropocène

 

© Thomas Cuelho

Mar
23
jeu
Séminaires « Habitabilités » – Session 7 : Habitabilité et gouvernance des milieux @ Amphithéâtre Turing
Mar 23 @ 10 h 00 min – 12 h 30 min
Séminaires "Habitabilités" - Session 7 : Habitabilité et gouvernance des milieux @ Amphithéâtre Turing

Habitabilité et gouvernance des milieux

 

© Thomas Cuelho

Cette séance vise à interroger les modèles économiques relatifs au gouvernement de l’habitabilité. Non assimilée aux sciences expérimentales, l’économie orthodoxe a pourtant fourni des efforts considérables pour se démarquer des autres sciences humaines et sociales. Relativement isolée dans le champ scientifique donc, l’économie est pourtant une dimension fondamentale de l’habitabilité des milieux, actuels mais aussi à venir avec des questions quant aux passages à l’échelle possibles des formes de transition “locales” vers des formes plus “globales”. A ce titre, le dernier rapport du CRESS sur la question montre que les contributions de l’Économie coopérative et de l’Économie Sociale et Solidaire à la transition écologique sont majeures sur le territoire français. Comment ces modèles économiques interrogent-ils le modèle de croissance dominant ? Comment les sciences sociales et expérimentales participent-t-elles de ces réflexions ?

En outre, la question de la gestion et de la répartition de la “ressource” reste une question fondamentale pour le règne humain, posant à la fois des questions d’équité et de justice, mais s’avérant aussi source de conflits importants dans certaines régions du monde, et d’efforts de régulations locaux et internationaux de plus en plus poussés. Comment le concept de l’habitabilité questionne à nouveaux frais ces formes de régulation ? Comment s’articule-t-il, peut-être renouvelle-t-il à la fois les approches mainstream de la gestion de l’environnement, mais aussi les approches plus critiques autour des communs ? Comment enfin, des ressources majeures comme l’eau peuvent-elles constituer des outils de résolution des conflits plus qu’en être la source ?

Un dernier champ de questionnement concerne l’adaptation, déjà en cours, des acteurs économiques dominants à la nouvelle donne environnementale. Comment la marchandisation de la nature et des services écosystémiques alimente-t-elle le paradigme de la croissance verte ? Comment ce paradigme interroge-t-il les formes d’habitabilité et les limites planétaires à différentes échelles ? Quels effets de l’action des assurances, de la généralisation des disaster bonds sur les trajectoires des milieux écologiques ? Sur les acteurs de leur production, de leur reproduction ou de leur destruction ?

Avr
20
jeu
Séminaires « Habitabilités » – Session 8 : Habitabilité, inégalités, justice @ Amphithéâtre Turing
Avr 20 @ 10 h 00 min – 12 h 30 min
Séminaires "Habitabilités" - Session 8 : Habitabilité, inégalités, justice @ Amphithéâtre Turing

Habitabilité, inégalités, justice

 

© Thomas Cuelho

La problématique de l’habitabilité pose la question des inégalités socio-environnementales, des mobilisations qu’elles sont susceptibles de susciter et des représentations de la justice qui peuvent être mobilisées. Loin de n’être qu’une problématique de sciences humaines, les mouvements réclamant la justice environnementale s’appuient le plus souvent sur des données et des analyses produites par des médecins, agronomes, des toxicologues, ou des chimistes. En outre, la réapparition récente dans les sociétés occidentales de mouvements défendant la cause animale, de même que les cosmogonies interrogeant le(s) rapport(s) des mondes humains aux mondes vivants en général, posent la question des extensions possibles de la notion de justice au-delà du règne humain.

Plus spécifiquement, il sera question dans cette séance des articulations possibles entre sciences et mobilisations environnementales : ou, comment, avec qui produire des données pour plus de justice ? Outre la question méthodologique, il s’agira aussi d’interroger les sciences de l’éthique et normatives en vue de penser la dimension redistributive des politiques environnementales, leur justice, et finalement leurs articulations, actuelles et possibles avec des régimes de gouvernance. Par ce biais, ce sont bien des formes de démocraties (délibératives, participatives, représentatives…) et plus généralement des régimes de discussion, d’action et de gouvernement collectifs qu’il s’agira de discuter, dans leur lien avec les expositions différentiels des “habitants” de la Terre aux risques environnementaux.

Mai
25
jeu
Séminaires « Habitabilités » – Session 9 : Décoloniser l’Anthropocène @ Amphithéâtre Turing
Mai 25 @ 10 h 00 min – 12 h 30 min
Séminaires "Habitabilités" - Session 9 : Décoloniser l'Anthropocène @ Amphithéâtre Turing

Décoloniser l’Anthropocène

 

© Thomas Cuelho

L’une des critiques majeures adressée au concept d’Anthropocène réside dans la propension de ce dernier à homogénéiser et naturaliser une situation qui est à la fois le produit de l’expansion historiquement située de modes de production et d’exploitation des humains, des territoires et d’une grande partie du vivant, mais qui conduit aussi à des expositions différenciés et inégalitaires de ces humains, territoires et espèces aux conséquences de cette exploitation. Investiguer l’histoire ou plutôt les histoires de la production de ces modes d’exploitation et de ces expositions différentielles, à l’intersection entre différents rapports de pouvoir, semble aujourd’hui essentiel pour penser une écologie véritablement transformatrice. Parce qu’elle pose la question d’un rapport juste au monde et aux être qui le peuplent, l’habitabilité questionne ces histoires toujours en cours d’écriture. Comment penser les formes d’habiter ayant conduit à, et participant à produire et à reproduire, la situation actuelle ? Comment s’inscrivent, de manière différentielle, les conséquences du changement climatique, de l’intoxication du monde et de l’anthropisation de l’environnement, dans des corps, des groupes sociaux et des milieux situés mais liés entre eux par des rapports de force, des processus biogéochimiques, des chaines d’approvisionnement, plus ou moins marqués par le violence et l’exploitation ?

Ces différentes questions, très larges, s’inscrivent dans des histoires politiques et économiques mais aussi, et c’est ce sur quoi nous voudrions insister dans cette séance, dans des histoires scientifiques de production et de non production de connaissances sur le monde. Loin d’être neutres, les sciences sociales, les sciences de la nature, les humanités et les sciences exactes et expérimentales ont participé et continuent de participer de la production de ces rapports de pouvoir. En attestent les études encore trop peu nombreuses sur les undone sciences et leurs liens avec les systèmes de domination, celles sur les formes de régulation de la production, des circulations et de l’exposition aux contaminants, celles sur les infrastructures de recherche et leur contribution à la (non)production de représentations du monde, ou encore le champ florissant des épistémologies du Sud. En interrogeant la manière dont les sciences participent de systèmes de pouvoir, il s’agit aussi d’interroger les hybridations et les possibilités d’alliances critiques entre sciences, scientifiques et habitants du monde, permettant de produire des points de vue situés et émancipateurs, et finalement d’habiter un monde habitable.