Mobilisations sociales, environnementalisme ordinaire et politiques urbaines de justice climatique

Social Mobilisations, Everyday Environmentalism and Urban Politics of Climate Justice

Mercredi 28 février

Université Paris Cité, Salle des Thèses (salle 580 E) – 3 esplanade Pierre Vidal-Naquet, 75013 Paris, rentrer dans le hall E, prendre le premier couloir à gauche derrière l’escalier, prendre la quatrième porte à gauche, monter au cinquième étage, prendre à gauche, chercher la salle 580 E

Jeudi 29 février

Institut d’Études Avancées de Paris, Salle des Gardes – 17 quai d’Anjou, 75004 Paris

© Anne-Sophie Milon, 2023

Le principe de ces deux jours d’ateliers est de revendiquer le rôle central des mobilisations sociales, de l’environnementalisme ordinaire et des politiques urbaines dans notre compréhension de la justice climatique – à la fois en tant que cadre théorique et en tant qu’ambition politique.

Au cours des 15 dernières années, la justice climatique a émergé de puissants mouvements de justice environnementale et a revendiqué un rôle crucial dans les politiques climatiques mondiales. En parallèle, elle est devenue un domaine universitaire prolifique avec de nombreuses contributions théoriques importantes nourrissant autant ses fondements que ses implications politiques, ainsi qu’un large éventail d’études de cas empiriques à différentes échelles. Cette littérature académique est souvent basée sur le modèle influent des dimensions de la justice (Scholsberg, 2007 ; 2012) qui comprennent : la justice distributive – Comment les dommages et les risques du changement climatique sont-ils répartis entre les différents groupes sociaux, régions, nations, etc. ? ; la justice procédurale – Qui est autorisé·e à participer de manière significative à la prise de décision et à l’élaboration de la politique sur le changement climatique ? ; Dans quelle mesure les mécanismes institutionnels permettant une telle participation sont-ils inclusifs et équitables ? ; la reconnaissance – Quels sont les groupes sociaux qui ont une voix, acquis du respect et du pouvoir par rapport aux décisions politiques affectant le changement climatique ? Parallèlement à ces dimensions, la littérature aborde également les inégales responsabilités face au changement climatique, en y incluant les héritages historiques et coloniaux de l’extraction et des émissions de CO2 – tels qu’incarnés dans la notion de dommages et de pertes et les appels croissants en faveur de réparations climatiques. D’autres, comme Nussbaum (2011), ont également appliqué le cadre des capabilités (Sen, 2010) afin de s’assurer que les individus, et plus largement les êtres vivants, soient capables de mener une « bonne vie » face au changement climatique. Plus récemment, la notion de justice du système Terre a aussi été proposée comme un moyen d’entremêler les sciences naturelles et sociales afin de répondre aux besoins sociaux de l’ensemble de l’humanité tout en respectant les limites planétaires (Gupta et al., 2023).

Tout en reconnaissant l’importance de ces différentes approches (ainsi que le potentiel de leur intégration dans un référentiel d’ensemble) notre workshop cherche à aborder un élément important, trop souvent absent des comptes rendus théoriques sur la justice climatique, et suggère un recadrage des questions de justice climatique autour de trois axes :

  • De quelles manières les expériences et les émotions des personnes, des communautés et des mouvements sociaux façonnent-elles leurs revendications à propos du changement climatique ? De quelles façons le changement climatique affecte-t-il leur vie, leurs moyens de subsistance et leurs habitats de manière négative, nuisible et blessante ?
  • De quelles manières les modes de vie (ou/et d’habitation dans des lieux spécifiques) contribuent-ils à la compréhension des questions écologiques c’est-à-dire ce dont il faut prendre soin pour participer à la reproduction de la vie ?
  • De quelles manières le manque de reconnaissance des capacités des personnes issues des classes populaires à agir sur les questions écologiques constitue-t-il un défi majeur pour la justice environnementale et climatique ?

Nous voulons explorer comment une telle approche peut éclairer la compréhension intuitive des injustices associées au changement climatique, qui soit plus globale et transversale, qui traverse de multiples domaines de la vie quotidienne et de multiples échelles des phénomènes humains, sociaux et environnementaux. Nous souhaitons mieux comprendre comment le fait d’habiter des lieux spécifiques contribue à des revendications pour la justice. Il peut s’agir d’expériences corporelles et physiques de privation, de l’aspiration au confort et à la beauté dans l’environnement immédiat, du sentiment de valeur et de sécurité (ou d’absence de sécurité) des différents quartiers et communautés, de l’évolution de la perception de la justice et de l’équité dans la ville, de la préoccupation directe pour l’interface entre les écosystèmes urbains et naturels, de la compréhension de l’écologie en tant qu’élément fondamental de l’expérience humaine et d’un sentiment de souffrance pour les autres êtres vivants et les espèces dans leur diversité.

Cet éventail d’affects et d’expériences peut être considéré comme une source énergisante des pratiques quotidiennes de l’environnementalisme, des mobilisations sociales et des politiques urbaines, alimentant les formes plus reconnues de la politique climatique aux niveaux national et international. Cela nous amène à l’autre aspect de l’argument qui sera exploré dans notre workshop et qui est directement lié aux politiques environnementales. En effet, la politique de lutte contre le changement climatique doit s’adapter davantage aux expériences et aux perceptions « ordinaires » et prendre en compte les mobilisations sociales afin d’être non seulement plus inclusive, mais aussi plus fructueuse. Elle doit également dialoguer avec les mouvements de résistance qui entravent sa mise en œuvre (comme les manifestations des Gilets Jaunes en France). In fine, cela signifie que nous devons également combattre l’idée selon laquelle les personnes issues des classes populaires ou des quartiers et régions stigmatisés ne se soucieraient pas du changement climatique ou de ses effets sur leur vie (par exemple, ce qu’elles font n’est pas considéré comme « écologique » par les classes dominantes).

En résumé, l’objectif de ce workshop est d’explorer de nouvelles approches qui comprennent la justice climatique non pas (principalement) comme un cadre théorique, ou un mouvement politique formel, mais comme une gamme d’expériences, d’émotions et d’affects incarnés, ancrés localement, façonnés par ou dirigés vers le climat dans son sens le plus large. Celles-ci, à leur tour, donnent lieu à une série de mobilisations sociales et à de nouvelles formes de politiques urbaines et environnementales, qui doivent être reconnues par les décideur·se·s politiques. De cette manière, la justice climatique pourra alors être récupérée en tant que modalité principale pour des pratiques plus écologiques et démocratiques.

Cet événement de recherche est organisé par Nathalie Blanc – Directrice du Centre des Politiques de la Terre, LADYSS, CNRS – et Nathan Marom – Chercheur-résident 2023-2024, IEA Paris.

The premise of this workshop is to reclaim the central role of social mobilisations, everyday environmentalism, and urban politics in our common understanding of climate justice – both as a theoretical framework and as a policy ambition.

In the past 15 years, climate justice emerged out of the strong environmental justice movement and claimed a crucial role in global climate politics. At the same time, it became a prolific academic field with many important contributions to its theoretical underpinnings and policy implications, and through a wide range of empirical case studies at different scales. This academic literature is often based on the influential model of the dimensions of justice (Scholsberg, 2007; 2012), which include: distributive justice (how the harms and hazards of climate change are distributed between different social groups, regions, nations, etc.); procedural justice (who is allowed meaningful participation in decision-making and shaping climate change policy, how inclusive and fair are the institutional mechanisms that allow for such participation); recognition (what social groups have voice, respect, and power in relation to decisions and policy affecting climate change). Alongside these dimensions, the literature also addresses the unequal responsibilities to climate change, including historical and colonial legacies of extraction and carbon emissions (as embodied in the notion of loss and damage and in the growing calls for climate reparations). Others have also applied the capabilities framework (Sen, 2010, Nussbaum, 2011) to ensure that individuals, and more over living beings, are capable of fulfilling a “good life” in the face of climate change. More recently, the notion of earth system justice has also been suggested as a way to integrate the natural and social sciences, respecting planetary boundaries while fulfilling social needs of all humanity (Gupta et al., 2023).

While acknowledging the importance of these different approaches (as well as the potential of their integration into a comprehensive framework), our workshop seeks to address an important component that is mostly missing from climate justice theoretical accounts and suggest a reframing of climate justice issues around three main polarities:

  • How do the experiences and emotions of people, communities, and social movements shape their claims about climate change and how it impacts their lives, livelihoods, and habitats in adverse, harmful, and hurtful ways?
  • How do ways of life and/or inhabiting in specific places contribute to the understanding of ecological issues, of what needs to be taken care of in order to contribute to the reproduction of life?
  • How does the current lack of recognition of the capabilities of people from popular classes to act on ecological issues creates a major challenge for environmental and climate justice?

We want to explore how such an approach could highlight an intuitive notion of the injustices associated with climate change, one that is more comprehensive and transversal, and that cuts across multiple domains of everyday life and multiple scales of human, social, and environmental phenomena. We want to better understand how inhabiting specific places contributes to claims of justice. This may include bodily and physical experiences of deprivation, the longing for comfort and beauty in one’s immediate surroundings, the sense of value and safety (or lack thereof) of different neighbourhoods and communities, the changing perceptions of fairness and equity in one’s city, the concern for the interface between urban and natural eco-systems, the understanding of ecology as a fundamental element in the human experience, and a sense of suffering for other living beings and species.

This range of affects and experiences can be seen as an energising force of everyday practices of environmentalism, social mobilisations, and urban politics, feeding into more acknowledged forms of climate politics at national and international levels. This builds into another side of the argument to be explored in our workshop, related directly to environmental policy and politics. Namely, climate change policy must become much more attuned to “ordinary” experiences and perceptions and must take into account social mobilisations in order not only to be more inclusive but also more successful. It must also build constructive dialogues with resisting movements that would impede its implementation (such as the Gilets Jaunes protests in France). This also means that we should counter the idea that people from popular classes or stigmatised neighbourhoods and locales do not care about climate change or its effects on their lives (e.g., that what they do in their daily lives is not classified as ‘ecological’ by dominant classes).

In a nutshell, then, the purpose of the workshop is to explore new approaches that understand climate justice not (primarily) as a theoretical framework or formal political movement – but rather as a range of embodied and locally embedded experiences, emotions, and affects, shaped by or directed towards the climate in its broadest sense. These, in turn, give rise to a range of social mobilisations and to new forms of urban and environmental politics, that must be recognised by policymakers. In this way, climate justice can be reclaimed as a leading modality for more ecological and democratic practices.

This research event is organised by Nathalie Blanc – Directrice du Centre des Politiques de la Terre, LADYSS, CNRS – and Nathan Marom – Paris IAS Fellow 2023-2024.

 

AGYEMAN Julian, SCHLOSBERG David, CRAVEN Luke, MATTHEWS Caitlin, 2016, “Trends and Directions in Environmental Justice: From Inequity to Everyday Life, Community, and Just Sustainabilities”, Annual Review of Environment and Resources, 41:1, pp. 321-40.

GUPTA Joyeeta, LIVERMAN Diana, PRODANI Klaudia et al., 2023, “Earth system justice needed to identify and live within Earth system boundaries”, Nature Sustainability, 6, pp. 630–638.

NUSSBAUM Martha, 2011, Creating Capabilities. The Human Development Approach, Harvard University Press, Cambridge, 256 pages.

SCHLOSBERG David, 2007, Defining Environmental Justice. Theories, Movements, and Nature, Oxford University Press, 238 pages.

SCHLOSBERG David, 2012, “Climate Justice and Capabilities: A Framework for Adaptation Policy”, Ethics and International Affairs, 4:26, pp. 445-461.

SCHLOSBERG David, COLES Romand T., 2016, “The new environmentalism of everyday life: Sustainability, material flows and movements”, Contemporary Political Theory, 15, pp. 160-181.

SEN Amartya, 2010, The Idea of Justice, Penguin Books, 496 pages.

Programme

Mercredi 28 février

Université Paris Cité, Halles aux Farines, Salle des thèses (salle 580 E) – 3 esplanade Pierre Vidal-Naquet, 75013 Paris, rentrer dans le hall E, prendre le premier couloir à gauche derrière l’escalier, prendre la quatrième porte à gauche, monter au cinquième étage, prendre à gauche, chercher la salle 580 E
 
09h – Accueil
09h30-10h30

Conférence par Isabelle Anguelovski – Directrice du BCNUEJ, Professeure de recherche ICREA, PI et responsable du comité pour le genre, la diversité et le bien-être à l’ICTA-UAB

“Green Gentrification: Where, How, and Against”

10h30-11h00 – Pause thé et café
 
11h00-13h00

Session 1 : Cadrer la notion de Justice Climatique

Nathalie Blanc et Nathan Marom

“Reframing and Reclaiming Climate Justice”

Elisabetta Bucolo – MCF CNAM/Lise-CNRS

« Construire les savoirs écologiques avec tous et toutes, au croisement de la justice environnementale et épistémique »

Caroline Gallez – DR Université Gustave Eiffel, Laboratoire Ville Mobilité Transport

« Droit à la mobilité et justice environnementale, Réclamer un droit d’habiter »

Hugo Rochard – Docteur en géographie

“Ecocentric justice and more-than-human urban commoning: from theories to civic practices »

Isabelle Hillenkamp – DR IRD

« L’engagement des agricultrices brésiliennes pour l’agroécologie : une perspective socioéconomique et féministe »

13h00-14h30 – Pause déjeuner
 
14h30-17h30

Session 2 : La Justice Climatique – Perspectives Globales

Perspectives depuis l’Inde :

Manisha Anantharaman – enseignante au Centre de Sociologie de Organisations, CNRS-Sciences Po

“From performative to transformative environmentalism: Seeking cross-class coalitions for climate justice”

Lalitha Kamath – urbaniste à School of Habitat Studies, Tata Institute of Social Sciences (Mumbai)

“Fisher Struggles to Reshape Mumbai’s Coast”

Suchismita Chatterjee et Ratoola Kundu

“Exploring Everyday Environmentalism in Darjeeling, India: The Role of the Gaon Samaj

16h00-16h30 – Pause thé et café

 

Perspectives depuis le Moyen-Orient :

Muna Shaheen – educator and activist for environmental and climate justice and animal rights (One Climate/Manah Wahad activist group)

“Climate Justice Activism in Israel/Palestine: The Perspective of One Climate/Manah Wahad »

Irus Braverman – Professeur de droit, Professeur adjoint de géographie et Professeur de recherche en environnement et développement durable, Université de l’État de New York, Buffalo

“Climate Colonialism in the Occupied Golan-Jawlan Heights”

Alix Chaplain – Docteure en études urbaines du CERI, Sciences Po Paris, ATER à l’École d’urbanisme de Paris (EUP), Université Gustave Eiffel (UGE), Membre du LATTS

 

Jeudi 29 février

Institut d’études avancées de Paris, Salle des Gardes – 17 quai d’Anjou, 75004 Paris
 
9h – Accueil
9h30-10h30

Conférence par Vanesa Castan Broto Professeur d’urbanisme climatique, Département de géographie et Institut urbain, Université de Sheffield

“The promises of mundane innovation for urban climate action in an unjust world”

10h30-11h – Pause thé et café
 
11h-13h

Session 3 : L’environnementalisme ordinaire et les classes populaires en France

Lydie Laigle – Directrice de recherche au CSTB-Université Paris-Est

« Mobilisations sociales, environnementalisme ordinaire et politiques urbaines de justice climatique »

Renda Belmallem – doctorante PHiLéPOL/ETTIS

« Penser une écologie « juste » depuis les mobilisations écologistes des quartiers populaires de France hexagonale »

Cyria Emelianoff – PR Université de Rennes 2

« Retour du quotidien : marcher avec ceux qui écologisent l’espace »

Nathalie Blanc – DR CNRS LADYSS

« La co-élaboration d’un carnet du GREC sur les classes populaires : enjeux et limites »

13h-14h – Pause déjeuner
 
14h-16h

Session 4 : Mobilisations, politiques publiques et collectives

Brendan Coolsaet – FNRS Research Professor at UCLouvain

“Exploring environmental justice in France”

Joost de Moor – Assistant Professor of Political Science at the Center for European Studies and Comparative Politics at Sciences Po

“The Missing Movement on Urban Climate Adaptation?”

Igor Martinache – MCF Université Paris-Nanterre

« Quelle place pour les habitant.es face aux inondations ? Le cas de la ville de Belém »

Pauline Gourlet – Medialab de Sciences Po – & Maud Barret Bertelloni – Doctorante au Costech

« Défendre des modes et des lieux de vie face aux Jeux Olympiques »

François Croquette – directeur de la DTEC, Ville de Paris

« Justice sociale et environnementale dans l’action publique parisienne »

16h-16h30 – Pause thé et café
 
16h30-17h30

Session 5 : Table ronde de conclusion – La voie à suivre

Discuter d’un numéro thématique édité en commun ou d’une autre publication ?

17h30-19h – Cocktail

 

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