Quand

Vendredi 16  octobre de 19h à 21h15

Où

Le Grand Action (5 rue des Ecoles, 75005 Paris) 

HOME MOVIE

Olga Kobryn & Emmanuel Lefrant

Projection de films expérimentaux en 35mm et 16mm.

 

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Main-tenir pour dés-ordonner

 

La matérialité du médium révèle aussi bien les imaginaires que les politiques qu’elle incarne. Préserver les techniques du cinéma argentique, c’est aussi préserver les œuvres et les conditions matérielles de leur visibilité. C’est engager une réflexion sur la nécessité d’un tournant écologique de ces pratiques, mais aussi sur la politique même du médium : comment continuer à lutter pour une démarche inclusive, pour la visibilité des femmes, pour le décentrement des perspectives et pour des approches anticoloniales, non anthropocentrées, et d’autre structures non-hiérarchisées  ?

On ne peut pas penser le cinéma indépendamment de ses conditions matérielles de production, de création, de conservation, de circulation et de visibilité. Lutter pour continuer à montrer des films réalisés en pellicule, malgré l’envahissement du numérique dans nos vies, c’est aussi se battre pour préserver un cinéma engagé, fait à la main, que l’on va partager collectivement, dans un espace et un temps consacrés pleinement à une expérience de sens et de pensée. C’est aussi préserver le sensible contre le cadre, la norme, l’ordre dominant. C’est maintenir ouvertes d’autres manières de faire circuler les images, de les rendre sensibles. C’est en somme main-tenir pour dés-ordonner.

 

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Cette séance du séminaire & cycle de projections « Cinéma au féminin engagé : pratiques, discours, théories » a pour titre Home Movie – fil d’Ariane, lieu de révolte, d’introspection, d’imagination et de gestes intimes.

« Des petits événements sont des événements », rappelle Duras, pour composer l’Histoire à partir « du vide, du rien-dit, du rien-dire », des « traces tombées hors du temps et figées maintenant dans leur mutisme ». Dans une perspective féministe, Duras appelait à une archéologie de la maison — un silence féminin éloquent — où les objets brisés du quotidien se mettent à parler dans un espace où l’écriture, épistolière, puis filmique, a longtemps été considérée comme un domaine masculin.

Histoire de femmes s’incarne aussi une tonne de matière composée de déchets. La maison, espace historiquement féminin, est remplie à ras bord du féminin périssable : gestes, matières, jouets, vaisselle, nourriture. Qu’y a-t-il de durable au sein de cet univers historique silencieux, non-rédigé, dans ce désordre comme désobéissance à toute forme de hiérarchie qui s’oppose à la mémoire patriarcale structurée. Qu’y a -t-il d’éternel dans le fortuit, l’éphémère, l’organique, le dégradable ?

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Les films de ce programme couvrent cinq décennies, depuis les années 80 jusqu’à aujourd’hui, menant ensemble une réflexion autour de la maison vue comme imaginaire décentré (Gunvor), en passant par l’idée du recyclage de ses propres déchets par voie de conséquence de la décharge comme lieu d’écriture (Jennifer), du tout premier logis et des toutes premières parois (Louise), du détournement des pratiques patriarcales, aussi bien domestiques que filmiques (Cécile et Eva), de la maison écologique (Rose) et anticoloniale, territoire et sol (Azucena), du laboratoire comme maison (Marie-Odile), et enfin de l’idée du fil d’Ariane (Barbara).

 

Programme

LIGHT YEARS EXPANDING de Gunvor NELSON
1987 / 16mm / couleur / sonore / 25′ 00
Il s’agit d’un film-collage ainsi que d’un voyage à travers les paysages suédois, qui nous fait parcourir les champs stellaires à la vitesse de 5 878 trillions de miles.

 

LANDFILL 16 de Jennifer REEVES
2010-2011 / 16mm / coul.-n&b / sonore / 9′ 00
Un film 16mm exhumé de ma propre « décharge » dans l’Indiana constitue la toile de fond de Landfill 16. À la suite de ma double projection When It Was Blue, j’étais terrifiée par la quantité de chutes qui devaient normalement finir à la décharge. J’ai donc enterré temporairement la pellicule, pour laisser les enzymes du sol commencer à dégrader l’image, puis j’ai repeint le film à la main pour lui donner une nouvelle vie.

 

JOURS EN FLEURS de Louise BOURQUE
2003 / 35mm / couleur / sonore / 4′ 59
Jours en fleurs est une mise en valeur du « flower power » (pouvoir de la fleur) : des images d’arbres en floraison au printemps sont soumises aux ravages florifères d’un liquide menstruel en décomposition.

 

HOME MOVIE de Cécile FONTAINE
1986 / 16mm / couleur / silencieux / 5′ 00
Récupération d’un film de famille des années 50 acheté dans une boutique d’objets de seconde main. Après avoir été refilmé en noir et blanc, l’original a été décomposé puis recomposé par collage sur le nouveau support noir et blanc.

 

THE DEMANDS OF ORDINARY DEVOTION de Eva GIOLO
2022 / tourné en 16mm, DCP / couleur / sonore / 12′ 06
The Demands of Ordinary Devotion se construit à partir d’un jeu de hasard et d’une collection de rencontres dans des ateliers et des maisons de la ville de Rome. Le film est une exploration sensuelle des plaisirs simples, invitant à une réflexion sur le processus de fabrication, la perspective de la maternité et les incertitudes de la création, de l’équilibre et de la composition.

 

BOUQUETS 21-24 de Rose LOWDER,
2001 / 16mm / couleur / silencieux / 4′ 00

Les Bouquets 21-24 font partie de la série de Bouquets écologiques, films d’une minute, composés dans la caméra en tissant différents éléments de divers environnements avec les activités présentes au cours du tournage. Le filmage repose sur la possibilité d’utiliser la bande filmique comme une toile, d’enregistrer, en allant en avant et en arrière, les images dans n’importe quel ordre sur la pellicule. Ainsi chaque bouquet de fleurs devient aussi un bouquet singulier d’images.

 

PANTANO de Azucena LOSANA
2019 / DCP / coul.-n&b / sonore / 6′ 07
À la saison des pluies, il y a toujours un moment où le calme revient après plusieurs jours de déluge et de rafales incessantes. Les animaux quittent leurs terriers, se sèchent, et le ramassage des champignons commence. Certains sont coupés pour être mangés, d’autres restent attachés à leurs supports.

 

I(N)TER de Marie-Odile Sambourg
2011 / 35 mm / couleurs / silencieux / 1’20

Ce film, peint à la main sur de la pellicule vierge 35 mm et d’une durée de 1 minute 20 secondes, se présente sous la forme d’un poème visuel et muet. La composition du film s’organise dans un mouvement dialectique entre les différents espaces colorés et la lumière directe du projecteur.

ARIADNE de Barbara METER
2004 / 35 mm / couleur / sonore / 12′ 00

Ariadne est un hommage au cinéma, une réflexion sur le temps et l’image, un poème sur l’impatience et le désir.

En partenariat avec Light Cone et CERILAC (Université Paris Cité) et l’Axe « Arts et création au présent ».

Cinéma et écriture au féminin engagé : pratiques, discours, théories / Feminism, Commitment, Women’s Cinema & Writing: practices, discourses, theories

Cycle de conférences-projections / Research Seminar and Screening Series
 
Organisé par Olga Kobryn et Marie Mossé (CERILAC, Université Paris Cité) 2025-2026
 
Avec le soutien financier de la Cité du Genre, projet IdEx d’Université Paris Cité, ANR-18-IDEX-0001 / With the financial support of la Cité du Genre, IdEx project of Université Paris Cité, ANR-18-IDEX-0001
 
Suite du cycle

NО̄, Sharon Lockhart, 2003

Présentation

Dépliant téléchargeable

Qu’est-ce que le geste féminin engagé aujourd’hui ? Quelles œuvres produit-il ? Comment le faire dialoguer avec le féminisme des années 1960-70-80, dont l’empreinte est manifeste tant au niveau des expérimentations formelles que des engagements politiques ?
À travers un cycle de projections-dialogues, nous souhaitons instaurer des conversations entre des artistes femmes issues des courants féministes historiques et contemporains. De quelles manières le geste esthétique, filmique et littéraire s’élève-t-il dans le contexte des combats gagnés et à mener ? Comment ces luttes informent-elles ces manifestations esthétiques ?
La parole féministe, qui dépasse désormais la seule notion de genre, s’impose aujourd’hui pour déconstruire les hiérarchies, penser un principe d’égalité et une forme de communauté fondée sur la réalité partagée — une réalité fragile qu’il faut protéger, comme le rappelle Erika Balsom[1].

Introduction (EN) 

What does the engaged feminine gesture look like today? What committed works does it produce? How can it enter into dialogue with the feminism of the 1960s, 70s, and 80s, whose influence is still evident both in formal experimentation and political engagement?
Through a series of screenings and discussions, we aim to foster conversations between women artists from both historical and contemporary feminist currents. In what ways does the aesthetic, cinematic, and literary gesture assert itself in the context of battles won and those still to be fought? How do these struggles potentially inform these artistic expressions?
 
Feminist discourse, which now goes beyond the notion of gender alone, asserts itself today to deconstruct hierarchies, envision principles of equality, and foster a form of community based on shared reality—a fragile reality that must be protected, as Erika Balsom reminds us.
 
[1] Erika Balsom, « La communauté fondée sur la réalité », dans Erika Balsom et Marcella Lista, Eric Baudelaire. Faire avec, Paris, Paraguay, 2022, p. 7-30.
 

Programme

Programme téléchargeable

Séance 1 : Ruralités. Écologie. Écritures 

Samedi 11 octobre, 19h-21h30
Le Grand Action, 5 rue des Écoles, 75005 Paris
  • Mills of Time (2025, 45 min), de Pauline Rigal – en présence de la réalisatrice
  • L’Archéologie de la lumière (2024, 71 min), de Sylvain L’Espérance

Séance 1A : Ruralités. Gestes. Écritures du temps. 

Mardi 14 octobre, 18h-20h
Auditorium du Centre de l’Université de Chicago, 41 rue des Grands Moulins, 75013 Paris
Rencontre avec la cinéaste Pauline Rigal, la productrice Gaëlle Jones (Perspective Films), en dialogue avec le cinéaste Noah Teichner.
  • Projection de NŌ (2003) de Sharon Lokhart

Informations pratiques

Centre de l’Université de Chicago à Paris, 41 rue des Grands Moulins, Paris 13e.

Inscription souhaitée auprès d’Olga Kobryn (nombre de places limité) : olga.kobryn@u-paris.fr

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