Deux nouvelles études issues de la cohorte NutriNet-Santé mettent en évidence une association entre une consommation plus élevée d’additifs alimentaires conservateurs et une augmentation du risque de cancer et de diabète de type 2. Ces travaux ont été menés par l’Équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (Cress-Eren), coordonnée par Mathilde Touvier (Inserm), avec la participation de chercheurs de l’Université Paris Cité, et publiés dans The BMJ et Nature Communications.
© Mathilde Touvier / Inserm
Des travaux de recherche d’ampleur, impliquant l’Université Paris Cité
Ces recherches ont été conduites par des scientifiques de l’Inserm, d’INRAE, de l’Université Sorbonne Paris Nord, de l’Université Paris Cité et du Conservatoire national des arts et métiers, au sein de l’Équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (Cress-Eren). Elles ont été dirigées par Mathilde Touvier, directrice de recherche à l’Inserm.
Parmi les contributeurs figurent notamment Emmanuel Cosson (PU-PH AP-HP, Université Paris Cité) et Léopold Fezeu (maître de conférences), membres de DiabetEx, illustrant l’implication forte de l’Université Paris Cité dans ces travaux à fort enjeu de santé publique.
Les analyses s’appuient sur les données de plus de 100 000 adultes suivis dans le cadre de la cohorte NutriNet-Santé entre 2009 et 2023. Les participants ont renseigné de manière répétée et détaillée leurs consommations alimentaires, incluant les marques et produits industriels consommés, permettant une évaluation fine de l’exposition aux additifs alimentaires, en particulier aux conservateurs.
Conservateurs alimentaires : des substances omniprésentes
Les conservateurs appartiennent à la famille des additifs alimentaires et sont largement utilisés par l’industrie agroalimentaire afin de prolonger la durée de conservation des aliments. En 2024, plus de 700 000 produits alimentaires recensés dans la base Open Food Facts contenaient au moins un conservateur.
Dans ces travaux, les chercheurs ont distingué deux grandes catégories :
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les conservateurs non antioxydants, qui inhibent la croissance microbienne ou ralentissent la détérioration des aliments ;
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les additifs antioxydants, qui limitent l’oxydation des aliments.
Au total, 58 conservateurs ont été identifiés dans les consommations alimentaires des participants, dont 17 ont pu être analysés individuellement, car consommés par au moins 10 % de la cohorte. Les analyses ont pris en compte de nombreux facteurs susceptibles d’influencer les résultats, tels que l’âge, le sexe, le niveau socio-économique, le tabagisme, la consommation d’alcool et la qualité globale de l’alimentation.
Des associations observées avec le cancer et le diabète de type 2
La première étude, publiée dans The BMJ, montre qu’une consommation plus élevée de conservateurs non antioxydants est associée à une augmentation du risque de cancer, notamment du cancer du sein. Certaines substances, telles que les sorbates, les sulfites, les nitrites et nitrates, ou encore les acétates, apparaissent plus particulièrement concernées. Retrouvez ici l’article complet.
La seconde étude, publiée dans Nature Communications, met en évidence une association entre une consommation élevée de conservateurs – non antioxydants comme antioxydants – et une augmentation du risque de diabète de type 2. Plusieurs additifs couramment utilisés dans les produits transformés sont impliqués. Retrouvez ici la deuxième publication.
Bien que ces études observationnelles ne permettent pas d’établir un lien de causalité, elles constituent les premiers travaux épidémiologiques de cette ampleur sur le sujet. Elles s’inscrivent dans un ensemble de données expérimentales suggérant que certains conservateurs pourraient avoir des effets délétères sur le métabolisme, l’inflammation ou les mécanismes immunitaires.
Ces résultats renforcent les recommandations de santé publique, notamment celles du Programme national Nutrition Santé, qui encouragent à privilégier une alimentation composée d’aliments frais et peu transformés et à limiter l’exposition aux additifs alimentaires non indispensables. Ils soulignent également l’importance de poursuivre les recherches et d’alimenter la réflexion sur l’évolution des réglementations encadrant l’utilisation des additifs alimentaires, un enjeu majeur de santé publique auquel contribue activement la Faculté de Santé – Université Paris Cité.
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