Les équipes d’Alexandre Puissant et Camille Lobry (IHU Institut de la Leucémie, Université Paris Cité / Inserm / AP-HP), basées à l’Hôpital Saint-Louis, ont découvert un réseau moléculaire responsable de la résistance aux traitements dans la leucémie aiguë myéloïde. Publiée le 8 juillet 2026 dans Science Translational Medicine, cette étude montre qu’en ciblant ce mécanisme d’épissage de l’ARN, on pourrait enfin prévenir les rechutes chez les patientes et patients.

© Image by Michal Jarmoluk from Pixabay

La résistance à la chimiothérapie : un obstacle majeur dans la prise en charge de la LAM

La leucémie aiguë myéloïde (LAM) est un cancer du sang agressif qui touche environ 3 500 nouvelles personnes chaque année en France. Si la chimiothérapie demeure le traitement de référence et permet une réponse initiale chez 70 % des patients et patientes, l’issue à long terme reste compromise par un taux de rechute élevé. En effet, entre 50 % et 70 % subissent une récidive de la maladie.

En cause : la persistance de cellules leucémiques capables de résister aux traitements. Jusqu’à présent, les mécanismes biologiques sous-jacents à cette chimiorésistance demeuraient mal compris, constituant le principal frein vers la guérison.

Les équipes d’Alexandre Puissant et Camille Lobry identifient le réseau d’épissage PAK1-CLK1/4-SRRM1

Face à ce constat, les chercheurs Alexandre Puissant et Camille Lobry, qui dirigent leurs équipes au sein de l’Institut de Recherche Saint-Louis (U1342, Université Paris Cité / Inserm) et qui sont membres de l’Institut Hospitalo-Universitaire (IHU) « Institut de la Leucémie », ont mené une analyse approfondie des cellules persistantes après traitement in vivo. En combinant des approches fonctionnelles et multi-omiques, ils ont mis en lumière une dérégulation majeure de l’épissage de l’ARN messager chez les cellules résistantes, comme l’explique Camille Lobry :

« Les résistances aux chimiothérapies résultent de mécanismes d’adaptation tels que l’épissage, un processus de maturation des ARN messagers permettant de produire les protéines. Les dérégulations de l’épissage peuvent contribuer à la progression de la maladie et à un mauvais pronostic. »

Les chercheurs et leurs équipes ont identifié un réseau de protéines spécifique, baptisé PAK1-CLK1/4-SRRM1, dont l’activité augmente de manière spectaculaire dans les cellules résistantes. Plus encore, ils ont mis en évidence un variant de la protéine PAK1, présent spécifiquement chez certains patients et patientes en rechute, qui favoriserait activement cette résistance.

Une double inhibition moléculaire pour prévenir les rechutes

Cette découverte majeure, publiée dans la prestigieuse revue Science Translational Medicine, ouvre la voie à une nouvelle stratégie thérapeutique. L’étude démontre qu’une inhibition conjointe et ciblée de PAK1 et de CLK1/4 permet de corriger ces anomalies d’épissage et d’éliminer en priorité les cellules leucémiques chimiorésistantes.

Pour Alexandre Puissant, cette approche combinée change la donne :

« En ciblant simultanément plusieurs acteurs clés de ce réseau moléculaire, nous parvenons à restaurer la sensibilité des cellules leucémiques aux traitements, ouvrant ainsi une nouvelle piste thérapeutique pour limiter les rechutes. »

L’objectif à terme est d’associer ces nouveaux inhibiteurs de PAK1 et CLK1/4 aux protocoles de chimiothérapie standards pour bloquer définitivement les capacités d’adaptation du cancer.

Une synergie d’acteurs et de soutiens internationaux

Ce succès scientifique illustre la force de la recherche translationnelle menée à l’Hôpital Saint-Louis (AP-HP) au sein de l’IHU Institut de la Leucémie (fondé en 2023 par l’Université Paris Cité, l’AP-HP, l’Inserm et le Collège de France dans le cadre du plan France 2030, sous l’égide de la Fondation Université Paris Cité).

L’étude a été réalisée grâce à d’étroites collaborations nationales et internationales, incluant :

  • En France : L’Institut Gustave Roussy, l’Institut Curie et l’Institut Cochin (Université Paris Cité, Inserm U1016 – CNRS UMR8104).

  • Aux États-Unis : Le Massachusetts Institute of Technology (MIT), le Centre Dana Farber, l’Université de Duke et l’Université de Californie.

Ce travail a bénéficié de nombreux soutiens financiers indispensables, notamment les programmes européens ERC (Starting et Consolidator), le programme ATIP/AVENIR, l’Association Européenne d’Hématologie (EHA), la Ligue Nationale contre le Cancer, l’association Laurette Fugain, Amgen Innovations, la Fondation ARC, le programme INCA PLBIO, le SiRIC InsiTu, le Virginia and D.K. Ludwig Fund for Cancer Research, le National Institutes of Health (NIH), le Duke Medical Scientist Training Program, la Duke Graduate School et l’Ambassade de France aux États-Unis.

Félicitations et un immense merci à l’ensemble des équipes de recherche, aux institutions partenaires et aux organismes de soutien pour cette découverte scientifique majeure qui ouvre une voie porteuse d’espoir dans la lutte contre la leucémie.

À lire aussi