Expériences du corps

Le THEMA s’appelle désormais « Expérience du corps ». Nous avons souhaité nous recentrer sur la notion d’expérience en ce qu’elle se dialectise avec celle de corps et qu’elle renvoie aux expériences au sens phénoménologique notamment en référence aux travaux d’E. Husserl et de P. Ricœur, à la primauté de l’expérience du moi sur l’expérience d’autrui, à l’expérience du sens analytique, qu’elle soit expérience de satisfaction comme paradigme de la vie psychique pour Freud ou expérience de la cure, à l’expérience dans la constitution de l’identité et dans le processus de subjectivité qui mêle traversées d’expériences singulières, et/ou répétitives, à l’expérience d’être pour Winnicott (féminin pur), à la zone intermédiaire d’expérience (espace transitionnel), et enfin à l’expérience transformationnelle en référence à l’objet transformationnel de C. Bollas qui articule environnement et pré-pensées.

Les quatre axes de travail du THEMA à sa création étaient les suivants :

Axe 1 : Cliniques de la périnatalité et de l’enfance

Axe 2 : La maladie somatique et le handicap comme exigence de travail psychique

Axe 3 : Le corps, ses expériences et ses transformations : des sensations corporelles à la subjectivation ;

Axe 4 : Mémoire corporelle, identité et identification

Ces axes premiers ont évolué comme nos travaux et nos objets de recherche ce qui témoigne des engagements les plus récents des membres du THEMA tant au niveau de la clinique que de la recherche.

Axe 1 : Psychopathologie des expériences du corps. Cet axe reprend le point de départ de la création de ce THEMA et l’intérêt commun de tous ses membres. Il articule également recherche et enseignements dans des leçons cliniques des deux années du Master « Psychologie Clinique, Psychopathologie et Psychanalyse ».

Axe 2 : Premières expériences du corps, l’archaïque et ses après-coups. Construction de l’unité somato-psychique, ses traces et ses achoppements. Cet axe se penche sur la traduction de l’archaïque et de l’originaire dans l’après-coup et ses effets à tous les âges de la vie.

Axe 3 : Atteintes du corps (maladies somatiques, handicaps et traitements médico-chirurgicaux) et exigence de travail psychique. Cette exigence de travail psychique prend des formes diverses à travers les âges de la vie (périnatalité, adolescence, vieillissement), à travers des expériences du corps (puberté, grossesse, maladies somatiques, handicaps…). Elle nous semble être un paradigme pertinent pour mettre en débat les grandes questions sociales, anthropologiques, philosophiques, juridiques abordées avec une démarche transdisciplinaire et une approche psychanalytique.

Axe 4 : Inscription du/au féminin/masculin et bisexualité psychique. Cet axe est une véritable nouveauté de nos regards et intérêts, il devient une ligne de force et d’attraction de nos travaux. Il met en tension une conflictualité intrapsychique et somato-psychique qui témoigne de cliniques et problématiques sociétales contemporaines et n’en reste pas moins inscrite dans la métapsychologie freudienne. Il articule de surcroît les théories du genre et la psychanalyse.

Réflexions pour le projet 2019 – 2023

Préliminaires

Tout au long de l’année 2017, la confluence de l’ensemble de nos échanges scientifiques assortis des communications proposées au « séminaire en dialogue » de février 2017 nous conduit vers les questions du lien entre expériences du corps et les problématiques associées au regard : voir/être vu et perdre de vue, visible/invisible, et image/représentation. Ce sont ces questions, de nature bien différente, auxquelles nous nous proposons réfléchir et de mettre au travail tout au long du prochain exercice quinquennal du PCPP et au sein de notre THEMA. La méthodologie de travail proposée déclinera cette nouvelle thématique « le regard et les expériences du corps » autour des trois derniers axes du THEMA.

Notre réflexion sera assurément métapsychologique (ancrée dans la conflictualité propre à l’humain et au sexuel qui l’imprègne dans son actualisation transférentielle) et inscrite dans une perspective de psychopathologie analytique (lien avec le THEMA 1 : Métapsychologie). L’ouvrage posthume de M. Merleau-Ponty (Le visible et l’invisible, 1964, Paris Gallimard) vient étayer notre projet; les questions du visible et de l’invisible seront mises au travail articulées aux expériences du corps ; et comme un pas de côté, on interrogera également la plus-value apportée par les questions propres au « non visible » et toutes leurs déclinaisons.

 

Pour introduire

Selon Merleau-Ponty, le visible doit être décrit comme invisible, c’est-à-dire comme ce qui se dérobe (le sexuel freudien ? l’autre scène du rêve ? l’inactuel de Moscovici ?  l’invisible des origines, et la scène primitive déjà toujours invisible ?) au sein même de la présence. Du visible à l’invisible, il n’y a donc pas contradiction mais passage à la limite. Aussi le rapport à l’autre ne peut-il jamais être un rapport de simple co-présence. En réalité, pour le philosophe, ‘moi ‘ et ‘autrui’ sont deux ouvertures, deux scènes où « il va se passer quelque chose ». Les subjectivités sont tramées par ces deux motifs réversibles de la scène et de l’ouverture, du visible et de l’invisible. Elles peuvent ainsi basculer d’un pôle à l’autre, devenir plus visibles ou, au contraire, s’effacer. Pour Merleau-Ponty, le visible et l’invisible seraient des ‘existentiaux du corps propre’, des ‘dimensions de la chair’ grâce auxquels se déploient le monde et ses événements. Le visible n’est jamais totalement donné car il est suspendu à l’invisible, qui en assure la possibilité. Le visible est donc cousu à l’invisible. L’invisible vaut comme l’ouverture à la scène du visible (cf. le rêve) ; il surgit de ce fait comme une scène primitive toujours d’abord cachée, au bord de laquelle est suspendu le visible en son apparaître, le visible comme ouverture.

Pour Le Blanc (2009)[1], un visible est une qualité prégnante d’une texture, la surface d’une profondeur, une coupe sur un être massif. Il vaut comme la stabilisation d’un fond invisible et indifférencié vers lequel il risque de retourner sous certaines conditions, comme celles de la chair pour Merleau-Ponty, comme entrelacs du corps et du monde.

Projets autour de « la question du regard dans les expériences du corps »

Premières expériences du corps, l’archaïque et ses après-coup

Nous proposons de déplier certains axes de réflexion en lien avec les premiers temps de la vie, avec les pathologies psychiques précoces et graves de l’enfant, et avec l’instauration du de l’intériorité, notamment :

  • Les conditions d’advenue de l’image chez le bébé et ses écueils : perception/hallucination et image/représentation en lien avec le développement du petit d’homme, et les cliniques de l’autisme et des psychoses précoces
  • L’instauration du regard et son origine dans la relation primaire, et le regard sur soi chez le nourrisson
  • Les prémisses de la bisexualité psychique à travers le jeu winnicottien du « dehors/dedans », « montré/caché »
  • Le regard du dedans et la constitution de l’intériorité psychique et somatique avec les problématiques inhérentes à l’imagerie médicale (échographie, scanner, radiographie, IRM, etc.) et au virtuel. Le regard médical -jusqu’à sa perversion- et ses effets sur tous les protagonistes engagés dans le soin aux patients (patient, famille, soignants et médecins).
  • Le monstrueux, la honte voire le tabou et les atteintes du corps / l’inquiétante étrangeté (l’étrangeté de soi et de l’autre) ; les représentations sociales imprègneront là nos réflexions
  • L’effroi de la béance du sexe de la femme (Méduse) et de la castration : articulation effroi/plaisir

Atteintes du corps (maladies somatiques, handicaps et traitement médico-chirurgicaux) et exigence de travail psychique

Inscription du/au féminin/masculin, et bisexualité psychique

  • Les enjeux de la position passive et du masochisme (mélancolie ?) : voir, se voir, être vu, perdre de vue et pénétrer, être pénétré
  • Les conditions de constitution du dedans au féminin : se mettre hors vu/vue et se soustraire au regard
  • Le féminin /La féminité/ le masculin : intérieur/extérieur
  • Les pulsions partielles (scopique, emprise et cruauté) et la bisexualité psychique

Organisation du quinquennal 2018 – 2023

  • Maintien du rythme de 4 réunions par an : mercredi soir
  • Renforcement de la méthode propre au THEMA de « travailler ensemble » en binômes voire trinômes créatifs pour toujours mettre en question et au travail les thématiques ouvertes à nos collaborations scientifiques ; cette méthode apparait comme une spécificité des modalités de travail du THEMA
  • Proposition d’une publication en 2018 d’un ouvrage collectif (ERES, collection Le Carnet Psy., La bisexualité psychique)
  • Proposition d’un « séminaire en résidence » (les 7 et 8 juillet 2018) propre au groupe du THEMA sur l’ouverture à la thématique du regard dans les expériences du corps : « visible et invisible et leurs déclinaisons » telles que présentées ci-dessus. Une discussion d’un projet de recherche commune aux membres du THEMA sur la nouvelle thématique de recherche, par exemple, pourrait constituer l’objet même du séminaire en résidence.
  • Organisation d’un colloque à et avec Montpellier en avril 2020
  • Organisation d’un nouveau « séminaire en dialogue » en février 2021, fruit de nos échanges scientifiques de l’activité quinquennale en cours.

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