Psychopathologie fondamentale et métapsychologie

Travailler à dégager, à partir de la diversité des cliniques et des méthodes de chacun des membres, l’articulation entre la métapsychologie (comme théorie du fonctionnement psychique) et la psychopathologie, de ses figures « classiques » jusqu’aux plus contemporaines (avec une interrogation sur la notion de « modernité » du point de vue psychanalytique).

Cette articulation est au fondement de la spécificité de l’épistémologie psychanalytique, construite dans la fécondité d’un écart théorico-pratique.

Psychopathologie fondamentale, et non pas générale: elle s’inscrit dans la continuité entre normal et pathologique, et s’enrichit des échanges avec la médecine, les autres sciences humaines et sociales, et les œuvres littéraires et artistiques, dans une ouverture interdisciplinaire qui s’inscrit pleinement dans les objectifs du PCPP.

Objectifs du THEMA

1) Spécificités des atteintes psychopathologiques selon le sexe et l’âge.

L’attention spécifique portée aux différents âges de la vie marquent là encore les travaux du Laboratoire depuis sa création, et de nombreuses recherches s’articulent à cet axe.

– Psychopathologie de la périnatalité et de l’enfant

S. Missonnier poursuit le programme de recherches qu’il a engagé depuis 2012 à la Maternité de l’Hôpital Necker sur le processus de parentalité endeuillée (Soigner, soulager, revisiter le deuil prénatal et accompagner la famille lors de la grossesse suivante. Quelles traces du prénatal dans le lien à l’enfant puîné ?), en partenariat avec le service de psychiatrie infantile du Pr. B. Golse (Hôpital Necker). Ce programme de recherches financé a donné lieu sous sa direction à deux thèses financées en psychologie (D. de Wailly, 2015 et J. Shulz, 2016) et une thèse de médecine (M.E. Meriot, 2016).

Au carrefour de la psychanalyse et de la médecine, K. Guéniche continue à développer des recherches sur la clinique de l’inter sexuation, dans le cadre du Centre des maladies endocriniennes et gynécologiques rares (Hôpital Necker) : elle pilote ou collabore ainsi à de nombreux projets de recherches interdisciplinaires, tous financés, sur les processus d’élaboration de l’identité sexuelle chez des enfants nés avec un trouble du développement du sexe, ou sur le devenir des bébés au caryotype XY opérés et élevés en fille.

 Les liens entre la psychosexualité et la symptomatologie de l’enfant fait l’objet des recherches de M. Guinard, à partir d’une clinique du transfert, de la médiation du dessin et des épreuves projectives. Elle porte une attention particulière aux cliniques contemporaines de l’enfant, et notamment aux pathologies de l’agir, sur le versant de l’hyperactivité ou de l’inhibition massive, ou encore de la destructivité, en collaboration avec A. Cohen de Lara (Paris 13), co-rédactrice d’une monographie sur La destructivité chez l’enfant (Presses universitaires de France, 2015).

A partir de la psychopathologie infantile, K. Guéniche réinterroge l’écart, et les rapports, entre névrose de l’enfant et névrose infantile. H. Suarez-Labat développe des travaux sur les autismes et leurs évolutions, de l’enfant à l’adulte.

– Psychopathologie de l’adolescent et du jeune adulte

Troubles graves. Plusieurs chercheurs de ce THEMA poursuivent et approfondissent leurs recherches sur les troubles sévères chez l’adolescent et du jeune adulte, là encore un des axes forts du Laboratoire depuis sa création. Ils centrent ces recherches sur 1) les conduites compulsives – troubles des conduites alimentaires (C. Chabert, S. Vibert), attaques du corps, dépersonnalisation, conduites de retrait (M. de Luca), 2) les troubles de l’humeur et notamment les mouvements mélancoliques et les troubles d’allure maniaque (C. Chabert et E. Louët) 3) l’entrée dans la psychose (C. Azoulay, F. Neau). La perspective transnosographique permet de privilégier l’approche psychodynamique des processus psychiques, au-delà de la symptomatologie. Des méthodologies croisées (clinique du transfert, entretiens de recherche et méthodes projectives) permettent l’analyse approfondie du fonctionnement tel que C. Chabert l’évoque dans La jeune fille et le psychanalyste (Dunod, 2015).

Clinique dite du normal.  Hors du spectre psychopathologique, des recherches avec publications qualifiantes sont menées par et avec des doctorants dans des contextes spécifiques, mobilisant un questionnement interdisciplinaire (sociologie notamment): par exemple sur les élèves des grandes écoles (thèses de C. Peiffer, soutenue le 28/11/2015, dir. F. Neau, et de R. Dejours, soutenue le 10/10/2016, dir. M. Emmanuelli), ou bien sur les enjeux psychiques de l’engagement politique des adolescents et des jeunes adultes (thèse de C. Chiarelli, menée avec un contrat doctoral, soutenance le 23/11/2017, dir. F. Neau).  

– Psychopathologie du vieillissement

Les travaux de B. Verdon continuent d’explorer les processus psychiques liés à l’expérience de maturation et de vieillissement, normal et pathologique (crises de la vie, expériences de passage, réaménagements narcissiques, identificatoires et objectaux, traitement de la perte, deuil, dépression, états démentiels). Il s’intéresse aux destins de la psychosexualité à l’épreuve du temps et selon les genres, et plus largement à l’intrication des causalités biologiques, sociales et psychiques (renversement des générations, retraite, maladies somatiques, ménopause, andropause, modifications du corps et des rôles sociaux, plainte mnésique).

B. Verdon, qui a publié plusieurs ouvrages et articles et dirige plusieurs thèses sur cette thématique, a ainsi contribué à la mise en place d’un séminaire ouvert « Psychanalyse et vieillissement » en collaboration avec les Prs P. Gutton (Paris) et J.M. Talpin (Lyon 2), C. Caleca (Caen), P. Charazac (Lyon) et l’association « Old Up ».

2) Figures psychopathologiques en psychanalyse

Certaines configurations psychopathologiques sévères, à côté de ce découpage selon les âges de la vie, sont explorées sous l’angle des processus engagés ou des conduites de l’adulte : schizophrénie et paranoïa (E. Louët, C. Azoulay), passages à l’acte psychotiques (F. Neau), agirs ou tentations suicidaires (J. André).

La psychopathologie du virtuel quotidien fait l’objet de travaux de S. Missonnier, à partir du concept de « relation d’objet virtuelle » : cette thématique convoque la « diagonale du virtuel », propre à la psychopathologie du devenir parent, du naître humain et des technologies de l’information et de la communication. Sont organisés des séminaires mensuels : « Psychopathologie du virtuel quotidien » (depuis 2010) et « Le robot sur le divan » depuis 2014.

La psychopathologie du travail et ses nouvelles entités cliniques fait l’objet d’un intérêt particulier pour D. Rolo : suicides au travail, pathologies consécutives au harcèlement moral et pathologies de surcharge (burn-out, dopage au travail). Dans une approche toujours en dialogue avec la métapsychologie et la psychopathologie psychanalytique, l’investigation clinique en psychopathologie du travail s’efforce de mettre au jour l’étiologie spécifique de ces nouvelles pathologies. Cette réflexion vise à informer les modalités de prévention et de traitement de la souffrance au travail, en lien avec les acteurs concernés (services de santé au travail, consultations souffrance au travail, CHSCT, etc.).

3) Psychopathologie et psychologie projective

L’interprétation psychanalytique des épreuves projectives (dite « École de Paris »), qui est née et s’est développée au sein de l’Institut de Psychologie depuis 1966, de N. Rausch de Traubenberg, D. Anzieu et V. Shentoub à C. Chabert et M. Emmanuelli, reste aujourd’hui l’un des pôles d’excellence du PCPP, dont plus d’1/3 des doctorants utilisent des épreuves projectives pour des recherches aux thématiques variées. Sur les 26 membres de ce THEMA (toutes catégories confondues), 14 aujourd’hui sont « projectivistes » (dont 10 EC titulaires sur 15, 4 doctorants sur 5)  : autrement dit, les épreuves projectives contribuent aux méthodologies de ces chercheurs, de manière plus ou moins notable –mais, bien évidemment, jamais exclusive.

L’originalité du PCPP en la matière, depuis la création du Laboratoire, est d’allier d’une part une ferme et solide référence à la théorie psychanalytique du fonctionnement psychique et au repérage psychopathologique qu’elle engage, et d’autre part une utilisation rigoureuse de la méthodologie projective. 

L’interprétation psychanalytique des épreuves projectives, sous-tendue par les modèles freudiens et post-freudiens de la vie psychique, a largement permis de promouvoir l’utilisation de ces épreuves comme instruments d’investigation et d’évaluation dans une démarche diagnostique, mais aussi comme outil métapsychologique dans la recherche en psychologie clinique et en psychopathologie. Elle conduit également à revisiter et à approfondir les modèles qui les sous-tendent.

Ainsi toujours source d’approfondissements et de remaniements en fonction de nouvelles cliniques et de retours critiques sur ses fondements, la psychologie projective donne lieu à de nombreuses recherches et publications de membres permanents du THEMA (C. Azoulay, C. Chabert, M. Emmanuelli, M. Guinard, K. Guéniche, E. Louët, F. Neau, B. Verdon, S. Vibert) et à de nombreux encadrement de thèses.

Outre la publication d’articles, la vitalité de ce domaine de recherche s’inscrit dans les activités suivantes, auxquelles contribuent largement plusieurs membres de ce THEMA :

– l’animation d’une revue annuelle (Psychologie clinique et Projective), revue de référence dans le champ de la psychologie projective dont C. Azoulay fut la rédactrice en chef adjointe de 2008 à 2012 puis rédactrice en chef de 2012 à 2016, revue créée et soutenue par la Société Française du Rorschach et des Méthodes projectives, présidée depuis 2014 par B. Verdon.

– des évènements scientifiques réguliers, en France et à l’étranger, et d’envergure (voir ci-dessous),

– la participation active de tous les projectivistes du THEMA au « Réseau International Interuniversitaire Méthodes Projectives et psychanalyse », co-dirigé par C. Azoulay depuis 2014,

–  la série d’ouvrages thématiques « Psychopathologie et méthodes projectives » dirigée par C. Chabert chez Dunod, depuis 2014. Bon nombre des auteurs de cette collection sont membres du THEMA (Ainsi par exemple E. Louët, F.-D. Camps et C. Chabert Dépressions extrêmes, 2017 ; E. Louët, C. Azoulay, Schizophrénie et paranoïa. Etude psychanalytique en clinique projective, 2016) ; H. Suarez-Labat, Les autismes et leurs évolutions : apports des méthodes projectives, 2015 ; B. Verdon, Clinique et psychopathologie du vieillissement : apport des méthodes projectives, 2015), etc….

4) Les traitements psychothérapeutiques et psychanalytiques, et leur évaluation

– « Évaluation des processus de changements au cours de psychothérapies analytiques d’adolescents et de jeunes adultes suivis au Centre Henri Danon Boileau (Clinique Dupré), à Sceaux. Responsables : C. Chabert et C. Azoulay.

Cette recherche financée, au sein d’un établissement de la Fondation des Etudiants de France, est une étude longitudinale, en deux volets :  elle porte sur les patients et sur les psychothérapeutes. Elle s’inscrit principalement dans le THEMA « Dispositifs thérapeutiques » (voir infra, le bilan de ce THEMA pour sa description plus complète). Cependant, par certains de ses aspects, elle contribue  à enrichir les réflexions menées au sein du THEMA « Métapsychologie et Psychopathologie fondamentale, à un double point de vue, épistémologique et psychopathologique :

– épistémologique, sur la notion d’évaluation du fonctionnement psychique, ses conditions de possibilité, son destin dans le traitement et, plus globalement, son usage dans le champ de la psychanalyse,

– métapsychologique, sur la spécificité des processus transférentiels en institution et leur analyse.  

  Nous avons prévu d’interroger plus largement cette problématique de l’évaluation dans une journée d’étude inter-THEMA fin 2018 (cf infra, 3.1.1.5, Horizon à courts terme). 

Quant à la spécificité des processus transférentiels en institution, elle a fait l’objet de la recherche approfondie menée dans le cadre d’une collaboration de F. Neau avec l’UTRPP de Paris 13 sur « La consultation psychanalytique en institution ».

-« La consultation psychanalytique en institution aujourd’hui » : recherche internationale et interuniversitaire (Paris 13, Paris 5, Université du Québec à Montréal (UQAM) et Université Mac Gill de Montréal), s’est attachée à étudier les modalités spécifiques et les enjeux transférentiels et institutionnels des traitements psychanalytiques gratuits pratiqués par des psychanalystes dans 5 centres publics de soins « historiques » (Centres Victor Smirnoff, Jean Favreau, E. et J. Kestemberg, BAPU à Paris, Clinique Psychanalytique à Montréal).

Cette recherche a fait le choix de mobiliser et de confronter les représentations que les psychanalystes travaillant dans ces Centres ont de leur pratique, dans le cadre d’entretiens avec les responsables et les équipes de chaque Centre, préalables à un séminaire fermé à Paris, et deux  colloques, à Montréal en novembre 2016 et à Paris en mars 2017.

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