Suite à la journée du 8 mars, l’Université renomme ses amphis
À l’occasion d’une initiative visant à valoriser les contributions des femmes dans les domaines scientifiques, médicaux et des sciences humaines, un vote est ouvert depuis le 10 mars pour attribuer le nom de grandes figures féminines à trois amphithéâtres de l’Université Paris Cité.
Cette démarche s’inscrit dans la volonté de l’université de mettre en lumière des personnalités qui ont marqué l’histoire du savoir et de la recherche, tout en renforçant la visibilité des femmes dans le monde académique.
Faculté de Sciences
Yvette Amice (1936-1993) | Arithméticienne
© Femmes et mathématiques
Mathématicienne française, Yvette Amice est une figure importante de la théorie des nombres et l’une des fondatrices de l’école française d’analyse p-adique. Ces recherches trouvent aujourd’hui des applications non seulement en mathématiques, mais aussi en informatique, notamment pour le codage et le chiffrement des messages.
Ancienne élève de l’École normale supérieure de jeunes filles, elle enseigne dans plusieurs universités françaises, dont Paris-Diderot, aujourd’hui l’Université Paris Cité, où elle est également vice-présidente entre 1978 et 1981.
Claudine Hermann (1945-2021) | Physicienne
© Claudine Hermann, lors d’un colloque à l’Institut Henri-Poincaré, à Paris, le 13 novembre 2012.
Physicienne française et agrégée de sciences physiques, Claudine Hermann devient en 1992 la première femme professeure à l’École polytechnique. Ses recherches portent sur l’optique des solides, le pompage optique et les propriétés de spin dans les semi-conducteurs.
Elle contribue également à la vie scientifique en étant éditrice du Journal de Physique et membre du Comité national de la recherche scientifique. À partir de 1995, elle s’engage activement pour la promotion des femmes dans les sciences, cofondant en 2000 l’association Femmes & Sciences et participant à plusieurs initiatives européennes pour l’égalité dans la recherche.
Rose Dieng‑Kuntz (1945-2021) | Informaticienne
© Inria / Photo J. Wallace.
Rose Dieng‑Kuntz est une figure majeure de l’intelligence artificielle et du web sémantique. Après avoir été la première femme africaine diplômée de l’École polytechnique, elle poursuit un doctorat en informatique et rejoint l’INRIA, Institut National de Recherche en Informatique et en Automatique.
En parallèle de ses recherches, elle participe activement à la formation et à l’encadrement de jeunes chercheuses et chercheurs, promouvant l’inclusion et la diversité dans les sciences et l’informatique. Elle reçoit plusieurs distinctions pour son œuvre scientifique, dont le Prix Irène Joliot‑Curie et la Légion d’honneur.
Faculté de Santé
Madeleine Brès (1842‑1921) | Médecin
©Auteur inconnu
Madeleine Brès est la première femme française diplômée en médecine, obtenant son doctorat en 1875, même si elle n’a pas le droit de se présenter aux concours, réservés aux hommes. Elle se spécialise en soin des femmes et des enfants, seule voie autorisée à l’époque, et fonde plusieurs écoles de puériculture. Elle publie de nombreux travaux sur la nutrition infantile, l’hygiène et la prévention des maladies infantiles.
Engagée pour l’accès des femmes aux études supérieures et aux professions médicales, elle devient un symbole de l’émancipation féminine dans le domaine médical.
Suzanne Noël (1878‑1954) | Chirurgienne
©Auteur inconnu
Suzanne Noël est une chirurgienne française pionnière de la chirurgie esthétique et réparatrice. Formée à Paris, elle participe à des opérations médicales de guerre et développe des techniques innovantes pour réparer les blessures et reconstruire les visages.
Parallèlement à sa pratique chirurgicale, Suzanne Noël milite pour l’accès des femmes à la médecine et à l’enseignement médical. Elle crée, notamment, en 1924, la section française du club service Soroptimist International, mouvement interprofessionnel féminin créé aux États-Unis en 1921.
Marianne Grunberg-Manago (1921‑2013) | Biochimiste
© ULB – Faculté des Sciences
Marianne Grunberg-Manago est une biochimiste française célèbre pour sa découverte de l’enzyme polyribonucléotide phosphorylase, une avancée majeure qui a permis de mieux comprendre la synthèse de l’ARN et le fonctionnement du code génétique.
Elle mène ses recherches à l’Institut de Biologie physicochimique à Paris, devient directrice de recherche au CNRS et cheffe du laboratoire Aubel. Reconnue à l’international, elle représente la science française et, en 1995, devient la première femme à présider l’Académie des sciences.
Faculté Sociétés et Humanités
Paulette Nardal (1896‑1985) | Journaliste et écrivaine
©Radio France – auteur inconnu
Paulette Nardal est journaliste et femme de lettres, reconnue comme l’une des premières femmes noires à étudier à la Sorbonne. Avec sa sœur Jeanne, elle devient une des inspiratrices du courant littéraire de la négritude, contribuant à diffuser la pensée et la culture de la diaspora noire.
De retour en Martinique après la Seconde Guerre mondiale, elle s’engage pour l’émancipation des femmes. Militante au sein du Rassemblement féminin, elle encourage les femmes martiniquaises à exercer leur droit de vote et anime la revue La Femme dans la cité, qu’elle a fondée pour promouvoir la participation politique et l’éducation des femmes.
Michelle Perrot (née en 1928) | Historienne
©Philippe Matsas/Leextra via opale.photo
Michelle Perrot est une historienne française reconnue, professeure émérite d’histoire contemporaine à l’université Paris‑Diderot, nouvellement l’Université Paris Cité, pionnière de l’histoire des femmes et des études de genre en France.
Elle a publié de nombreux ouvrages sur les ouvrières et les ouvriers, les prisons, la vie privée et la condition des femmes. Son livre Histoire de chambres a, notamment, reçu le prix Essai Femina. Elle a également codirigé, avec Georges Duby, L’Histoire des femmes en Occident, de l’Antiquité à nos jours, une première grande synthèse qui a contribué à faire reconnaître l’histoire des femmes comme discipline à part entière en France.
Viviane Isambert‑Jamati (1924‑2019) |Sociologue
©AcademiaHypothèses
Viviane Isambert‑Jamati est une sociologue française pionnière de la sociologie de l’éducation. Recrutée au CNRS dès 1947, elle s’intéresse d’abord au travail, notamment au travail féminin, en l’occurrence celui d’ouvrières à domicile.
De 1960 à 1990, elle a contribué à l’affirmation de la sociologie comme discipline autonome, tout en étudiant les évolutions de l’école et de la société. Ses recherches sur les crises de l’enseignement, la formation des enseignants ont profondément marqué le champ académique. Enseignante chercheuse au sein de l’université Paris-Descartes, l’Université Paris Cité aujourd’hui, elle a également transmis sa rigueur intellectuelle à de nombreuses générations de doctorants venus de France et de l’étranger.