Entretien avec Aline Peltier, responsable opérationnelle du REVOSIMA et directrice de l’OVPF (Observatoire volcanologique du Piton de la Fournaise) et Jean-Christophe Komorowski, responsable scientifique des observatoires volcanologiques et sismologiques à l’IPGP, suite aux premiers résultats des campagnes Mayobs 13-1 (6 au 20 mai 2020) et Mayobs 13-2 (4 au 11 mai 2020).
Qu’apportent ces nouveaux résultats à la compréhension de la crise sismo-volcanique au large de l’île de Mayotte ?
Ces résultats sont très importants pour la surveillance et le cœur opérationnel du REVOSIMA (Réseau de surveillance volcanologique et sismologique de Mayotte). Les réseaux à terre nous permettent de suivre l’activité sismique et les sources de déformation en profondeur, qui nous indiquent que des circulations de fluides sont toujours en cours dans la lithosphère, mais ils ne nous permettent pas d’affirmer que l’éruption se poursuit. Grâce à ces nouveaux éléments, nous savons désormais que l’éruption s’est poursuivie depuis la campagne d’août 2019.
Il va être intéressant maintenant de comparer les volumes de lave émis entre les deux dernières campagnes (août 2019 et mai 2020) et les volumes des sources de déformation, afin de valider la corrélation qui est faite entre le suivi spatio-temporel des variations du volume des sources de déformation et le suivi spatio-temporel du volume de lave émis, et ainsi mieux contraindre un lien de causalité entre ces processus.
Ces nouvelles données scientifiques permettront-elles de décrypter le fonctionnement de l’éruption en cours ?
Nous allons effectivement pouvoir affiner les différents modèles conceptuels d’alimentation de l’éruption et essayer de départager les hypothèses, à savoir : ces nouvelles coulées de lave et structures éruptives représentent-elles…
- la propagation d’un filon de magma (dyke) de manière superficielle, à partir du conduit principal qui a alimenté le nouveau volcan de près de 5,1 km3 découvert en mai 2019 ?
- la propagation d’un nouveau dyke, directement à partir du réservoir magmatique, situé à environ 20 km de profondeur dans la lithosphère et qui a alimenté le volcan principal, mais sans passer par lui ?
- la migration vers l’ouest, de quelques kilomètres, de l’activité éruptive et la vidange de nouvelles zones de stockage de magma plus ou moins profondes, qui n’avaient pas été sollicitées dans cette éruption jusqu’à maintenant ?
Connaitre le mode d’alimentation de l’éruption est-il une étape clé dans la compréhension de ce phénomène sismo-volcanique ?
C’est en effet une priorité pour obtenir des données mieux contraintes sur le fonctionnement du volcan et ainsi détecter plus efficacement tout changement de comportement de cette ligne de base. Cela nous permet notamment de déterminer l’ampleur et la rapidité de ces changements dans les mesures enregistrées à terre. Il est ainsi possible de confronter l’évolution de l’activité éruptive aux scénarios qui ont été élaborés par les scientifiques et qui sont associés à des aléas plus ou moins impactants pour Mayotte. Outre le saut de connaissances qui en résulte, ces nouvelles données sont donc fondamentales dans la capacité des chercheurs à détecter des changements de comportement de l’activité sismo-volcanique et de les communiquer, dans le cadre de l’appui aux politiques publiques, aux autorités en charge de la réponse de sécurité civile.
En savoir plus :
- Rapport scientifique de la mission Mayobs 13
- Site web du REVOSIMA (Réseau de surveillance volcanologique et sismologique de Mayotte)
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