Une étude menée par la CNAM et le GIS EPI-PHARE ANSM-CNAM en collaboration avec l’hôpital Lariboisière AP-HP, Université de Paris et l’Université Paris-Saclay, coordonnée par le Pr Sébastien Froelich, le Pr Joël Coste et le Dr Alain Weill, a évalué le risque de méningiome associé à l’utilisation de fortes doses d’acétate de cyprotérone, un progestatif indiqué dans l’hyperandrogénie clinique.

 

L’acétate de cyprotérone, commercialisé en France depuis 1980, est un progestatif de synthèse qui possède une puissante action anti-androgène et anti-gonadotrope. Plusieurs séries de cas de méningiomes ont été rapportées dans la littérature scientifique depuis 2007 survenant lors d’expositions prolongées de cinq à trente ans à de fortes doses d’acétate de cyprotérone (25 à 100 mg par jour).

Cette étude observationnelle de cohorte s’appuie sur le Système National des Données de Santé (SNDS), entrepôt de données anonymisées rassemblant les données de l’assurance maladie et les données du PMSI, entre 2007 et 2015.

Elle inclut 253 777 filles et femmes âgées de 7 à 70 ans vivant en France ayant débuté l’acétate de cyprotérone (cp à 50 mg) entre 2007 et 2014. Les participantes ont eu au moins un remboursement d’acétate de cyprotérone à forte dose et ne présentaient aucun antécédent de méningiome ou de tumeur cérébrale bénigne, ni de statut d’affection de longue durée (ALD).

Les participantes ont été considérées comme étant :

  • Exposées lorsqu’elles ont reçu une dose cumulée d’au moins 3g au cours des six premiers mois (139 222 participantes) ;
  • Très légèrement exposées (groupe témoin) lorsqu’elles avaient reçu une dose cumulée de moins de 3g (114 555 participants).

10 876 personnes transgenres ont été incluses dans une analyse supplémentaire.

Au total, 69 méningiomes dans le groupe exposé (pour 289 544 personnes-années de suivi) et 20 méningiomes dans le groupe témoin (pour 439 949 personnes-années de suivi) ont été traités par chirurgie ou radiothérapie.

L’incidence des méningiomes dans les deux groupes était respectivement de 23,8 et 4,5 pour 100 000 personnes-années, (risque relatif brut 5,2 [IC 95% 3,2 à 8,6] ; hazard ratio ajusté 6,6 [IC 95% 4,0 à 11,1]. Le hazard ratio ajusté pour une dose cumulée d’acétate de cyprotérone de plus de 60g était de 21,7 (IC 95% 10,8 à 43,5).

Après un an d’arrêt de l’acétate de cyprotérone, le risque de méningiome dans le groupe exposé était 1,8 fois plus élevé (IC 95% 1,0 à 3,2) que dans le groupe témoin.

Une analyse complémentaire a observé 463 femmes atteintes de méningiome parmi 123 997 utilisatrices d’acétate de cyprotérone déjà exposées en 2006 (risque de 383 pour 100 000 personnes- années dans le groupe avec l’exposition la plus élevée en termes de dose cumulée).

Les méningiomes situés à l’étage antérieur et à l’étage moyen de la base du crâne, en particulier le tiers interne de l’étage moyen de la base du crâne intéressant l’angle sphéno-orbitaire, semblaient être spécifiques de l’acétate de cyprotérone.

Une analyse complémentaire des participants transgenres a montré un risque élevé de méningiome (trois personnes pour 14 460 personnes soit 20,7 pour 100 000 personnes-années).  

Les résultats de cette étude permettent d’observer une forte relation dose-effet entre l’utilisation d’acétate de cyprotérone et le risque de méningiome intracrânien. Une réduction notable du risque a été constatée après l’arrêt du traitement.

Chez les patients présentant un méningiome documenté, l’acétate de cyprotérone doit être impérativement arrêté car le méningiome régresse le plus souvent en réponse à l’arrêt du traitement et un traitement invasif neurochirurgical peut ainsi souvent être évité.

 

Référence : Use of high dose cyproterone acetate and risk of intracranial meningioma in women: cohort study.

DOI : http://dx.doi.org/10.1136/bmj.n37

 

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