L’observatoire volcanologique et sismologique de Martinique de l’IPGP a envoyé, jeudi 3 décembre, une note explicative au Préfet de la Martinique pour préconiser un passage au niveau d’alerte jaune volcanique (2ème niveau d’alerte sur une échelle qui en compte 4) de la Montagne Pelée. Cette préconisation de l’OVSM-IPGP intervient suite à la détection de l’évolution de signaux sismiques mesurés dans le cadre de la surveillance du volcan par l’observatoire et la consultation d’un groupe d’experts ayant étudié ces phénomènes.

La Montagne Pelée, en Martinique, est surveillée par l’OVSM-IPGP

Située au nord de l’île de la Martinique, la Montagne Pelée, stratovolcan lié à la zone de subduction des Petites Antilles, a connu au moins 4 éruptions au cours des 250 dernières années : des éruptions phréatiques sans apport de magma en 1792 et en 1851, et deux éruptions magmatiques, dont la tristement célèbre éruption de 1902 à 1905 ainsi que la dernière, de 1929 à 1932.

 

  • Depuis l’existence de réseaux d’observations modernisés à partir de 1980, la sismicité d’origine volcanique sous la Montagne Pelée est typiquement très faible, quelques dizaines de séismes par an en moyenne sont enregistrés. Des essaims de séismes ont déjà été clairement enregistrés en 1980, en 1985-1986, en 2007 et en 2014. Cependant les essaims de 2007 et 2014 ont pu être reliés directement à des séismes de fortes magnitudes dans l’arc antillais. L’augmentation de la sismicité d’origine volcanique superficielle (jusqu’à 4-5 km sous le sommet) observée depuis avril 2019, se situe donc clairement au-dessus du niveau de base caractéristique pour la Montagne Pelée. Bien que cette sismicité puisse être liée à l’augmentation graduelle de la sismicité à l’échelle régionale (des travaux de recherche sont en cours) qui perturberait le champ de contraintes du volcan, elle n’est clairement pas associée à des séismes tectoniques majeurs tels qu’en 2007 et 2014. Cette augmentation pourrait donc aussi résulter des modifications de l’activité du système hydrothermal sous la Montagne Pelée.
  • De plus, en avril 2019, une sismicité volcanique est apparue en profondeur autour et sous la Montagne Pelée (à plus de 10 km sous le niveau de la mer). Elle pourrait correspondre à l’arrivée en profondeur de fluides magmatiques.
  • Enfin, de nouveaux signaux enregistrés de type trémor ont été observés les 8 et 9 novembre 2020 : ils pourraient correspondre à une réactivation du système hydrothermal. Des recherches sont en cours pour mieux déterminer les processus à l’origine de ces signaux et notamment une influence éventuelle des fortes précipitations lors de cette période.

Même si, en l’état actuel des mesures il n’y a pas de déformation du volcan à l’échelle du réseau d’observation, l’apparition, en quelques mois, de ces trois différents types de signaux sismiques d’origine volcanique montre un changement clair du comportement du système volcanique, dont l’activité est en augmentation par rapport au niveau de base observé sur plusieurs décennies.

En conséquence, l’OVSM-IPGP, après discussion avec un groupe d’une vingtaine d’experts de l’institut, renforce sa vigilance et recommande le passage au niveau d’alerte jaune.

Ce passage en niveau d’alerte volcanique jaune, correspond à un renforcement des moyens d’observation déployés par l’OSVM et une mobilisation de moyens supplémentaires (moyens humains et instrumentaux) à l’IPGP afin de mieux suivre et analyser en temps réel le fonctionnement et l’évolution du système volcanique.

La préfecture de Martinique a suivi cette préconisation et la zone de la Montagne Pelée est passée au niveau jaune d’alerte volcanique le 4 décembre 2020.

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