Cette année, l’Université de Paris compte dans ses rangs 5 chercheur.e.s lauréat.e.s d’une ERC Starting Grant. Cette bourse européenne leur permettra de développer leur projet pendant 5 ans. Les ERC Starting Grant sont des subventions adressées aux jeunes chercheurs débutants ayant acquis 2 à 7 ans d’expérience depuis l’obtention de leur doctorat.

Au total, 408 bourses ont été attribuées en Europe par le Conseil Européen de la Recherche (ERC) pour un budget global de 621 millions d’euros. Découvrez les lauréat.e.s de l’Université de Paris.

Projet SMIC- Heather Burnett du Laboratoire de linguistique formelle

L’influence des expressions familières dans la construction de l’identité 

L’idée que la société influence la représentation de soi et la construction identitaire d’un individu est l’une des idées les plus influentes de ces 25 dernières années. Dans ce processus, le langage joue un rôle important. Bien que cette construction au travers du langage soit une notion fondamentale dans les sciences humaines et sociales, les connaissances liées aux mécanismes cognitifs sont encore limitées.

Heather Burnett base son projet de recherche sur l’idée que le cerveau utilise, pour la construction identitaire, le même processus que pour n’importe quelle autre communication linguistique. Son projet SMIC (Formal Models of Social Meaning and Identity Construction Through Language) propose de formaliser les théories sociolinguistiques actuelles en utilisant la théorie du jeu. L’idée est de concevoir un modèle qui analyse les subtilités linguistiques fournies par l’interlocuteur lors de son utilisation d’expressions familières afin de déterminer leurs rôles dans la construction identitaire.

Les résultats de son projet pourraient unifier les recherches existantes provenant de différents domaines scientifiques et ainsi, améliorer la compréhension de la relation entre la signification sociale et la construction identitaire.

Heather Burnett a achevé son doctorat à l’Université de Californie, à Los Angeles – USA. Depuis elle a occupé différents postes de post-doctorants au Canada, en France ainsi qu’aux États-Unis. En 2016, elle a rejoint le « laboratoire de linguistique formelle » au CNRS où elle travaille en tant que chercheure. 

En savoir plus sur le projet : https://erc.europa.eu/news-events/magazine/erc-starting-grant-2019-examples

En savoir plus sur le Laboratoire de Linguistique Formelle :  http://www.llf.cnrs.fr/

 

Projet DyNAmecs – Maxim Greenberg de l’Institut Jacques Monod

Découvrir les conséquences tout au long de la vie des changements épigénétiques qui surviennent très précocement dans l’embryon.

Au sein du noyau d’une cellule, l’ADN n’est pas libre mais enroulé et condensé autour de protéines architectes appelées histones. L’ADN et les histones peuvent subir des modifications biochimiques naturelles, aussi appelées marques épigénétiques, qui modulent l’expression des gènes associés sans changer leur séquence ADN. Comprendre comment ces marques interagissent entre elles pour définir le programme d’une cellule est un enjeu majeur en développement.

Parmi ces marques épigénétiques, la plus connue et la plus répandue est certainement l’addition d’un groupement méthyl sur l’ADN, qui a en général un effet de mise sous silence des gènes. Les profils de méthylation de l’ADN sont mis en place très tôt au cours du développement de l’embryon, puis maintenus de façon stable dans tous les tissus. Nous avons déjà démontré que la méthylation de l’ADN d’un gène unique dans l’embryogenèse précoce peut avoir un impact sur la croissance post-natale de la souris sans affecter l’embryon en soi.

Le projet DyNAmecs utilisera à la fois un système cellulaire qui récapitule ces événements embryonnaires précoces et un modèle murin in vivo pour étudier l’étendue et les mécanismes des fonctions de méthylation de l’ADN. Il utilisera également une approche combinatoire de la génomique, de la génétique et de la protéomique afin d’obtenir de nouvelles connaissances sur la régulation fondée sur la méthylation de l’ADN.

Ces approches visent à comprendre les conséquences épigénétiques profondes de la méthylation de l’ADN sur cette fenêtre de développement, qui se produit dans la première semaine de l’embryogenèse de la souris et dans la deuxième semaine de l’embryogenèse humaine, mais dont les répercussions peuvent se faire sentir toute la vie.

Maxim Greenberg a fait son doctorat à UCLA dans le laboratoire de Steve Jacobsen, où il a étudié les mécanismes de méthylation de l’ADN chez la plante Arabidopsis thaliana. En 2012, il arrive à Paris pour faire un post-doctorat à l’Institut Curie. En 2019, il monte sa propre équipe à l’Institut Jacques Monod, où il poursuit ses recherches en épigénétique des mammifères.

En savoir plus sur l’Institut Jacques Monod : https://www.ijm.fr/

 

PROJET ExocyTher – Amanda Silva Brun du Laboratoire Matières et Systèmes Complexes

Vers la recherche translationnelle sur les vésicules extracellulaires

Le projet ExocyTher se situe à l’interface de la biologie et de la physique avec un but translationnel.

Les fistules digestives liées à la maladie de Crohn (maladie inflammatoire chronique de l’intestin) sont difficiles à prendre en charge, avec une faible réponse aux traitements. Proposer des nouvelles approches thérapeutiques pour cette maladie est une nécessité tant économique que de santé publique. 

Le projet ExocyTher propose une approche innovante par thérapie locale mini-invasive utilisant les propriétés régénératives des vésicules extracellulaires issues de cellules souches stromales. La production des vésicules extracellulaires est un défi en soi, avec la nécessité de développer des méthodes efficaces, exploitables et reproductibles à grande échelle, et basées sur des critères de qualité standardisés et pertinents en accord avec les bonnes pratiques de fabrication (BPF).

Il existe aussi un fort besoin de développer des stratégies d’administrations des vésicules extracellulaires alternatives à l’injection intraveineuse qui induit une distribution des vésicules extracellulaires dans des organes non ciblés. Le projet ExocyTher propose de combiner les vésicules extracellulaires à un biomatériau thermosensible injectable dans le trajet fistuleux pour induire un effet thérapeutique in situ. Cette stratégie pourrait permettre de contrôler la délivrance des vésicules extracellulaires et les concentrer sur le site d’intérêt à l’intérieur de la fistule. Les retombés du projet pourraient également s’élargir à la thérapie d’autres maladies.

ExocyTher sera mené par Amanda Silva, pharmacienne et chargée de recherches au CNRS au sein du laboratoire Matière et Systèmes Complexes, en étroite collaboration avec le Pr. Gabriel Rahmi, gastroentérologue à l’hôpital européen Georges-Pompidou.

En savoir plus sur le Laboratoire Matières et Systèmes Complexes :  http://www.msc.univ-paris-diderot.fr/

 

Projet WAVES – Laura Dugué de l’Integrative Neuroscience and Cognition Center 

Propagation d’ondes cérébrales : définir les mécanismes permettant à l’attention d’agir dans l’espace et dans le temps

Les oscillations cérébrales ont fait l’objet de multiples débats dans la recherche en sciences cognitives. Si elles ont fasciné de nombreux scientifiques, des champs entiers de recherche les ont longtemps ignorées, les considérant comme des épiphénomènes. Ces dernières décennies, plusieurs théories ont été proposées quant à un lien fonctionnel entre oscillations et fonctions cérébrales, dont l’attention. Toutefois, ces théories considèrent rarement à la fois l’aspect temporel et spatial des oscillations.

Dans le projet WAVES, Laura Dugué propose d’utiliser une approche multimodale de neuroimagerie basée sur un modèle computationnel pour étudier l’impact de l’organisation spatio-temporelle des oscillations cérébrales sur l’attention humaine. Ce projet, à l’interface de la psychologie cognitive et des neurosciences, permettrait de combler l’espace entre dynamiques spatiale et temporelle qui sous-tendent notre expérience multi-sensorielle du monde qui nous entoure.

Laura Dugué a obtenu son doctorat en Neuroscience Cognitive à Toulouse (France) en 2013. Elle a ensuite effectué un post-doctorat à New-York University (USA). En Septembre 2016, elle obtient un poste d’enseignant-chercheur à Paris Descartes et rejoint le laboratoire Integrative Neuroscience and Cognition Center (INCC, UMR 8002). En 2019, elle est nommée membre junior de l’Institut Universitaire de France (IUF).

En savoir plus sur Laura Dugué : https://duguelaura.wixsite.com/mysite

En savoir plus sur l’Integrative Neuroscience and Cognition Center : https://incc-paris.fr/

 

Projet HSD – Sohban Seyfaddini de l’Institut de Mathématiques de Jussieu – Paris Rive Gauche

Les homéomorphismes en topologie et dynamique symplectique

Sobhan Seyfaddini travaille sur la géométrie symplectique, étude de structures géométriques nées de la volonté  d’une formulation mathématique  de la mécanique céleste. Il s’agit d’un domaine qui essaye de comprendre les phénomènes de rigidité globale qui apparaissent en géométrie symplectique. Un exemple de tel phénomène est le célèbre théorème du chameau symplectique du mathématicien Gromov où la rigidité empêche de faire passer une boule de grand rayon par un petit trou par une transformation symplectique. 

Son projet HSD « Homeomorphisms in symplectic topology and dynamics » concerne notamment la topologie symplectique continue qui définit et étudie des analogues très irréguliers des objets symplectiques lisses, tels que les homéomorphismes symplectiques.

L’objectif est d’explorer et de développer la topologie symplectique continue à partir de deux points de vue différents.  Le premier est un point de vue qui s’appuie sur la vision « soft-hard » de Gromov qui voit la topologie symplectique comme un mélange subtil de rigidité et de flexibilité.  L’autre point de vue est motivé par les interactions récentes entre la topologie symplectique continue et le domaine des systèmes dynamiques.

Après avoir fini sa thèse à Berkeley en 2012, sous la direction d’Alan Weinstein, Sohban Seyfaddini a fait un postdoc pendant quatre ans : deux à ENS-Paris et deux ans au MIT. Depuis 2016, il est chargé de recherche à l’IMJPRG.

En savoir plus sur l’Institut de Mathématiques de Jussieu – Paris Rive Gauche : https://www.imj-prg.fr/

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