Après avoir effectué sa première visite virtuelle à Oslo, les « pairs experts » du partenariat stratégique InnovEd4TS – Innovative Education for Transferable Skills – ont rencontré l’équipe de l’initiative IngénieuxSud à l’UCLouvain. Un outil collaboratif, « le booklet » a accompagné les participants dans leur réflexion et leurs délibérations.

Étudiants d’Ingénieux Sud, année académique 2018-2019

En raison de la pandémie, la visite de terrain à l’UCLouvain a dû être organisée à distance. Il s’agissait de la deuxième visite virtuelle du partenariat stratégique InnovEd4TS, qui réunit cinq universités membres de l’Alliance Circle U. (Humboldt, UCLouvain, Oslo, Aarhus et Paris) ainsi que l’Université de Lisbonne.

IngénieuxSud est un programme organisé par l’UCLouvain en partenariat avec des ONG. Chaque année, il permet à environ 150 étudiants de Belgique et d’universités du Sud de travailler ensemble sur 25 projets concrets et durables. IngénieuxSud a remporté le Global Education Innovation Award en 2017.

Compétences transférables développées dans le cadre de l’initiative IngénieuxSud

 

 
Le partenariat stratégique InnovEd4TS (Innovative Education for Transferable Skills) est composé de cinq universités membres de l’alliance Circle U. (l’Université d’Humboldt, UCLouvain, l’Université d’Oslo, l’Université d’Aarhus et Université de Paris) ainsi que de l’Université de Lisbonne.

Compréhension interculturelle

Interdisciplinarité

 Pensée critique

Dessins de Benoît Raucent

Un projet éducatif au service d’une collaboration équilibrée et équitable entre les partenaires du Nord et du Sud

IngénieuxSud est une coopération entre l’UCLouvain et l’ONG universitaire Louvain Coopération. Il s’agit d’un programme multidisciplinaire qui offre aux étudiants de l’UCLouvain et de ses institutions partenaires en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud, l’opportunité de travailler ensemble sur 25 projets concrets et durables en collaboration avec des partenaires locaux et des ONG.  Les étudiants reçoivent cinq ECTS par année universitaire et se rencontrent deux heures par semaine. Ils sont encadrés par des professeurs et des experts d’universités et d’ONG du Nord et du Sud.

Au cours d’une année universitaire, les étudiants effectuent des recherches sur une question technique (sur l’eau, l’agro écologie, l’énergie, etc.) dans un pays du Sud, identifiée par des associations, des coopératives ou des ONG qui sont en contact direct avec la population locale. Ils recherchent des solutions appropriées et durables aux défis formulés par les acteurs locaux. Ensuite, ils effectuent un stage d’un mois sur le terrain pendant l’été pour mettre en œuvre, ensemble, les solutions envisagées. IngénieuxSud contribue à renforcer la capacité des étudiants et des enseignants à prendre des décisions en faveur du développement durable, de la soutenabilité économique et d’une société plus juste pour les générations présentes et futures à l’échelle mondiale.

Françoise Lestage, professeur d’anthropologie à Université de Paris et experte invitée témoigne du vif intérêt qu’elle a porté à l’initiative IngénieuxSud: « J’ai été très intéressée par l’expertise de ce programme qui permet à des étudiants de toutes les disciplines de monter un projet dans une équipe binationale et dans un pays des Suds où les questions se posent de façon radicalement différente de ce qu’ils connaissent en Europe. Les échanges autour de ce programme et avec les collègues experts ont permis d’aborder un grand nombre de questions pédagogiques passionnantes ». « J’ai un seul regret » ajoute-t-elle : « que la visite ait été virtuelle, ce qui a orienté et limité la dynamique de groupe ».  

Des compétences transférables et une approche d’« apprentissage par le service »

La compréhension interculturelle est au cœur d’IngénieuxSud, qui accorde une grande importance à la communication et à la coopération entre les étudiants belges et la communauté locale d’étudiants et de partenaires. 

Stéphanie Merle, membre de l’ONG universitaire Louvain Coopération et co-fondatrice de l’initiative IngénieuxSud, explique que « au-delà de la salle de classe traditionnelle, une approche d’’apprentissage par le service’ est mise en œuvre, un concept hérité des États-Unis, qui s’appuie sur la collaboration des apprenants avec les acteurs locaux

La réflexion critique des étudiants se développe à travers des conférences, des débats, des exercices pratiques, des ateliers et des interactions sur le terrain. Ils deviennent capables de prendre conscience de l’interdépendance des questions techniques et non techniques, telles que les défis économiques et socioculturels, lorsqu’ils tentent de résoudre les problèmes qui leur sont posés.

Jean-Pierre Raskin, professeur à l’école polytechnique de Louvain et co-fondateur de l’initiative IngénieuxSud, souligne la nécessité, au début du projet, de présenter aux étudiants non pas directement les problèmes à résoudre mais les thèmes globaux à explorer : « Les thèmes que nous et nos partenaires locaux proposons à nos étudiants doivent être généraux. Sur cette base, nous les mettons en contact avec des coopératives et des ONG locales afin qu’ils définissent ensemble les objectifs. Si dès le début nous présentons aux étudiants des problèmes très techniques, ils sautent sur les solutions techniques et il est alors difficile de leur faire voir les problèmes sous un autre angle ».

IngénieuxSud encourage également le développement de compétences interdisciplinaires. Les équipes d’étudiants sont interdisciplinaires et présentent leur solution technique devant un panel transdisciplinaire de professeurs de l’UCLouvain et des universités partenaires.

Yvan Larondelle, professeur à la Faculté de Bioingénierie de l’UCLouvain, souligne cet aspect du projet : « quand nous avons ouvert IngénieuxSud à nos étudiants de la Faculté, cela a suscité un grand intérêt », explique-t-il. « L’un des principaux avantages du projet IngénieuxSud est que nous pouvons mettre en contact des étudiants en ingénierie avec des biologistes et même des étudiants en sciences humaines. Cela permet de constituer une équipe interdisciplinaire ».

Les experts des six universités membres d’InnovEd4TS se sont montrés très enthousiastes à l’égard de cette initiative qui, selon eux, permet également aux étudiants de développer d’autres compétences transférables telles que le travail en équipe mais aussi la résolution de problèmes, grâce à une approche systémique des problèmes et à la construction de prototypes. Grégoire Le Brun, enseignant assistant de l’initiative IngénieuxSud, a décrit en détail le soutien méthodologique que les étudiants reçoivent pour les aider à structurer le projet et à rédiger leur rapport final écrit (ateliers sur la mise en œuvre du concept, sur la gestion du projet, …).

Les experts ont également suggéré que la citoyenneté mondiale (« global citizenship »), c’est-à-dire la capacité à penser en tant que citoyens du monde, à considérer les problèmes mondiaux sur la base d’une compréhension profonde de diverses valeurs et à promouvoir le bien-être non seulement de soi-même mais aussi à contribuer au bien-être des autres, est également une compétence développée par les étudiants d’IngénieuxSud.

Des défis contribuant à l’apprentissage des étudiants

Dans la plupart des projets, malgré une préparation minutieuse et un travail en amont, les étudiants s’accordent pour relever que les véritables défis surgissent une fois sur place.

Benoît Herman, professeur à l’Institut de mécanique, des matériaux et du génie civil de l’UCLouvain, décrit les défis auxquels les étudiants sont confrontés : « Souvent, c’est la première fois que les étudiants sont confrontés à un problème du monde réel. Et il n’y a pas une seule solution, peut-être pas comme le problème mathématique auquel ils sont habitués. Cela les fait sortir de leur zone de confort. En Belgique, leur créativité est la limite – dans le Sud, les possibilités techniques offrent de nouvelles limites et ils doivent s’adapter ».

Margo, une étudiante qui a participé à IngénieuxSud il y a deux ans avec un projet au Bénin, a vécu une belle expérience et se montre encore très fière du résultat. Elle témoigne : « Les étudiants locaux ont été très engagés dès le début. L’équipe était composée de nous six, pas seulement des quatre étudiants belges. Dans la résolution de notre défi, cela ne s’est pas toujours passé parfaitement, il faut parfois résoudre des problèmes auxquels on ne s’attend pas, nous avons beaucoup appris de cette expérience ». « Une autre expérience importante d’apprentissage a été la communication orale », dit-elle.  

Alex, étudiant en ingénierie, IngénieuxSud témoigne également : « j’ai appris à me demander ‘pourquoi ?’ en plus de la question habituelle du ‘comment ?’ ». Il a rapidement appris à développer une certaine débrouillardise sur le terrain. Planifier un projet à partir de zéro a été selon lui l’un des principaux apprentissages qu’il a tiré de cette expérience.

Haddy Mbuyi, professeur associé à l’Université de Kinshasa, a souligné que la langue commune (le français) était d’une grande utilité pour faciliter la communication et les échanges entre les étudiants.

Prochaines étapes

La visite a donné lieu à de riches échanges avec le panel d’experts. Les compétences transférables supplémentaires qu’il a proposées ont permis au groupe de débattre et de réfléchir. Sur la base du travail fourni par les professeurs et les étudiants, les experts ont également suggéré que l’initiative pourrait valoir plus de cinq ECTS.

La visite a permis de présenter un programme inspirant qui exige un fort engagement de la part des étudiants, mais qui répond également à leurs besoins d’apprentissage et leur offre une expérience stimulante et enrichissante.

Françoise Lestage, experte invitée d’Université de Paris, entrevoit déjà des pistes de travail à l’issue de cette visite : « Ce serait une excellente chose qu’Université de Paris collabore avec IngénieuxSud, par exemple en l’aidant à amplifier les réseaux dans les pays des Suds grâce à ses chercheurs. Ce serait aussi une bonne chose que, dans un premier temps, des étudiants d’Université de Paris y aient accès afin que dans un avenir proche, Université de Paris développe une formation similaire à IngénieuxSud qui pourrait lui être reliée, une sorte de ramification du programme ».

 

Qu'est-ce qu'une "visite sur le terrain" ?

Les six universités membres du partenariat stratégique InnovEd4TS analysent dix initiatives impliquant des compétences transférables identifiées par le Comité d’experts d’InnovEd4TS (voir « Compétences transférables, un enjeu d’avenir »). Afin d’explorer ces initiatives, des visites de terrain impliquant un panel d’experts des différentes universités sont en cours.

Les visites de terrain sont des exercices d’apprentissage par les pairs où les professeurs qui dirigent l’initiative, les « pairs experts » qui examinent l’initiative et les étudiants qui y participent ont la possibilité de se rencontrer et d’échanger au cours d’une visite virtuelle complète de deux jours. L’objectif est double : pour l’hôte, de partager son expérience et d’obtenir des idées intéressantes et des commentaires constructifs sur la manière de développer l’initiative ; pour les pairs experts du panel, de découvrir une initiative pédagogique innovante et de s’en inspirer pour mettre en œuvre des initiatives similaires ou pour l’adapter à leur propre contexte et domaines d’intérêt.

Les hôtes de l'initiative IngénieuxSud à l'UCLouvain

Jean-Pierre Raskin est professeur à l’Ecole Polytechnique de Louvain et membre de l’Institute of Information and Communication Technologies, Electronics and Applied Mathematics (ICTEAM) de l’UCLouvain. Il est co-fondateur de l’initiative IngénieuxSud.

 

 

 

Stéphanie Merle est responsable de l’éducation à la citoyenneté mondiale et à la solidarité au sein de l’ONG universitaire Louvain Coopération. Elle est impliquée dans le programme IngénieuxSud depuis 8 ans.

 

 

 

 

Benoît Herman est logisticien de recherche principal à l’Institute of Mechanics, Materials and Civil Engineering (IMMC) et responsable de la plateforme CREDEM, une plateforme technologique qui assure la conception et la fabrication de dispositifs électromécaniques. La plateforme est également utilisée pour de nombreuses activités pratiques pour les étudiants en ingénierie.

 

 

Yvan Larondelle est professeur à la Faculté de bioingénierie de l’UCLouvain. Il est l’un des co-fondateurs de l’initiative interdisciplinaire « Louvain4Nutrition. Il travaille en étroite collaboration avec plusieurs universités en Europe et dans les pays en développement (Bolivie, Brésil, Cameroun, Pérou, Vietnam).

 

 

Haddy Mbuyi est professeur à l’Université de Kinshasa et docteur de l’UCLouvain. Il supervise les étudiants de l’Université de Kinshasa impliqués dans l’initiative IngénieuxSud.

 

 

 

 

 

Grégoire Le Brun est doctorant à l’Institut des technologies de l’information et de la communication, de l’électronique et des mathématiques appliquées (ICTM) de l’UCLouvain et assistant d’enseignement dans le cadre de l’initiative IngénieuxSud.

 

 

 

 

 

 

Panel de pairs experts

Pedro Abreu est professeur associé à l’Instituto Superior Técnico de l’Université de Lisbonne et chercheur au Laboratory of Instrumentation and Experimental Particle Physics. Il est le président de la délégation Sud & Îles de la Société portugaise de physique.

 

 

 

 

Jens Bennedsen est docteur en philosophie et professeur agrégé en didactique de l’ingénierie à l’université d’Aarhus. Son domaine de recherche comprend les méthodes pédagogiques, la technologie et la méthodologie de développement des programmes d’études.  Il est co-responsable du département européen de l’initiative mondiale CDIO (Conceiving – Designing – Implementing – Operating), une initiative de formation innovante pour les étudiants en ingénierie.

 

 

 

Wolfgang Diecke est le coordinateur de bologna.lab de la Humboldt-Universität, la plateforme collaborative de l’université pour le développement et la mise en œuvre de formats / méthodes d’enseignement et d’apprentissage innovants. Il a une formation en sociologie et en sciences politiques, et ses recherches actuelles portent sur le développement des compétences de recherche (des étudiants) et l’organisation de l’enseignement supérieur.

 

 

Françoise Lestage est anthropologue, professeur à Université de Paris et chercheur à l’Unité de recherche Migration et Société (URMIS). Ses recherches portent sur les politiques migratoires au Mexique depuis la fin des années 1990, sur les relations interethniques en milieu migrant, sur les défunts dans la vie sociale et familiale des migrants, ainsi que sur les liens familiaux et le cycle de vie.

 

 

Jeanette H. Magnus est directrice du Centre for Global Health à l’université d’Oslo et Adjunct Professor au Department of Global Community Health and Behavioral Sciences de la Tulane School of Public Health and Tropical Medicine à la Nouvelle-Orléans. Forte de son expérience de direction de travaux en santé publique, de sa connaissance de l’enseignement supérieur aux États-Unis, en Norvège et en Éthiopie, elle s’est engagée dans des projets de développement des capacités institutionnelles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les étudiants
  • Alex Pip, étudiant à l’Institut de mécanique, des matériaux et du génie civil (IMMC)
  • Margo Hauwaert, ancienne élève de l’Ecole polytechnique de Louvain
Le "Booklet"

Le projet InnovEd4TS (Innovative Education for Transferable Skills) repose sur l’analyse et le développement d’initiatives qui favorisent l’acquisition de compétences transférables chez les étudiants.

Comment le « Booklet » soutient-il l’initiative ?

Le « Booklet » est un outil qui sert de base à la discussion sur les compétences transférables mises en jeu dans les initiatives analysées par les experts d’InnovEd4TS.

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