« La collaboration internationale, c’est quelque chose qui est né avec la science. Dans la recherche, on parle le même langage. » À travers ces mots, Jalal Ghilane, chercheur à l’Université Paris Cité (UPCité), décrit une approche de la recherche fondée sur les échanges et les collaborations. En partenariat avec le professeur marocain Ismaël Saadoune, il conduit des travaux sur les batteries au lithium fer phosphate, lauréats d’un appel à projet entre UPCité et son partenaire privilégié, l’Université Mohammed VI au Maroc (UM6P). Dans cet article, il revient sur cette coopération collective qui associe chercheurs et étudiants, portée par la passion qui les anime au quotidien. 

Ismail Abourk, doctorant marocain à l’Université Paris Cité en cotutelle de thèse.
Jalal Ghilane, chercheur à l’Université Paris Cité et lauréat de l’appel à projet entre UPCité et l’UM6P pour le projet « Surface modification of LiFePO4 based materials for advanced energy storage »

Une alliance franco-marocaine pour améliorer les batteries de nos appareils du quotidien

Tout part d’un appel à projet entre l’Université Paris Cité et l’Université Mohammed VI. Jalal Ghilane, chercheur en électrochimie au laboratoire ITODYS, décide de s’y intéresser et prend contact avec Ismael Saadoune, spécialiste des batteries au Maroc. Les deux chercheurs ne se connaissaient pas, mais leurs expertises se complètent naturellement : l’un travaille sur les interfaces et les phénomènes électrochimiques, l’autre sur les matériaux de batterie. C’est ainsi que naît une collaboration internationale autour d’un matériau ; le lithium fer phosphate (LiFePO4). Un matériau que le professeur Saadoune connait bien, car le Maroc est le premier exportateur mondial de phosphates, et généralement considéré comme le leader mondial.

Depuis 2024, Jalal et Ismael travaillent ensemble entre la France et le Maroc, en échangeant régulièrement à distance, et le projet s’est peu à peu construit de manière collective. Autour d’eux, étudiants, stagiaires et doctorants sont associés aux recherches pour mieux comprendre le fonctionnement des batteries et afin de les rendre plus performantes.

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L’appel à projet de recherche 2026 entre l’Université Paris Cité et l’Université Mohammed VI sera ouvert prochainement.  

« On cherche à améliorer les performances de la cathode des batteries, là où se trouve le matériaux LiFePO4 et à comprendre ce qui s’y passe. Ici à Paris, on fait des études d’électrochimie : on part du matériau qu’on prépare comme une sorte de pâte, avec des additifs, qu’on étale ensuite en couche, un peu comme avec un rouleau à pâtisserie. Ensuite, on modifie la surface, comme si on décorait une tarte : on ajoute des “ingrédients”, des molécules, pour donner de nouvelles propriétés au matériau. Et pour comprendre comment tout ça fonctionne, on regarde la “tarte” de très près grâce à l’électrochimie localisée. On observe ce qui se passe à des endroits très précis, à l’échelle microscopique, pour mieux comprendre le comportement réel de la batterie. »

Les informations obtenues à Paris sont ensuite transmises au Maroc, où les équipes spécialisées dans les batteries passent à l’étape suivante ; dans une boîte à gants sans oxygène il assemble le tout. Une fois la “tarte” entièrement montée, ils testent la batterie sur le long terme, en enchaînant des cycles de charge et de décharge pendant plusieurs semaines pour observer sa stabilité.

À ce stade, les premiers résultats montrent que les molécules greffées modifient bien les propriétés de surface du matériau. Mais il est encore trop tôt pour savoir si ces changements améliorent réellement les performances de la batterie. Tout reste à valider expérimentalement, et c’est là que s’exprime, l’essence même du travail de Jalal : la recherche fondamentale.

« Nous sommes un laboratoire de recherche fondamentale. L’applicatif, on s’y intéresse mais on cherche d’abord à comprendre les phénomènes pour ensuite proposer des solutions. À mon avis, les deux approches vont de pair et la recherche fondamentale a largement sa place. Elle l’a déjà démontré : sans recherche fondamentale, il n’y aurait pas de vaccins, pas de pénicilline, rien de tout ça. »

Derrière les enjeux scientifiques, la recherche intègre aujourd’hui d’autres préoccupations, au premier rang desquelles figure le développement durable. Cette dimension est également présente dans le projet de Jalal et Ismael, à travers le choix de matériaux plus accessibles et une attention particulière portée au poids des batteries.

« Le développement durable, c’est quelque chose de très important. C’est une préoccupation de plus en plus présente, et je pense qu’on est sur une bonne voie. Au laboratoire, on y réfléchit collectivement, avec une cellule dédiée et des actions de sensibilisation. Par exemple, lors d’une journée sur les nanoplastiques, il y avait une exposition avec des posters, des déchets retrouvés dans la mer, des dessins… c’était très parlant. C’est même, d’une certaine manière, déjà intégré à la recherche : un chercheur, par définition, fait aussi du développement durable, parce qu’il cherche souvent à optimiser, à réduire les coûts et à utiliser moins de ressources. »

L’ouverture internationale au service de la pratique et la transmission scientifique

Le parcours professionnel de Jalal est marqué par l’international. Après des études en France, il effectue des séjours de recherche aux États-Unis et développe des collaborations avec des partenaires privilégiés de l’Université Paris Cité, comme la National University of Singapore, et aujourd’hui l’UM6P.

Ces expériences lui ouvrent d’autres manières de faire de la recherche et explorer des approches complémentaires : En France, les chercheurs apportent leur expertise en recherche fondamentale et en compréhension des phénomènes, tandis que des partenaires, comme le Maroc, disposent d’équipements spécifiques et d’un savoir-faire orienté vers l’expérimentation. Cette répartition des rôles contribue à réduire les écarts de moyens, d’infrastructures et d’équipements entre universités, tout en accélérant l’avancée des projets.

« Comprendre comment fonctionnent les aspects financiers ou l’organisation d’un laboratoire aux États-Unis, par exemple, c’est enrichissant. C’est une autre façon de s’ouvrir aux gens. […] On ne peut pas être chercheur tout seul. On peut l’être, mais on va être isolé et on ne peut pas faire d’avancées majeures. C’est pourquoi on a besoin de toutes les recherches, pas seulement celles qui vont dans des journaux de prestige. Je pense que cette vision vient de l’ouverture à l’international et de la connaissance des différents systèmes. »

La recherche porte avant tout une dimension humaine, dans laquelle la passion du métier occupe une place centrale. C’est elle qui nourrit les échanges constants entre chercheurs, guidés par une même volonté de comprendre, de partager et de faire progresser les connaissances. Jalal rappelle que cette passion demeure au cœur du métier de chercheur, malgré des conditions parfois exigeantes et une profession encore peu reconnue, en particulier en début de carrière.

La question de la transmission aux jeunes générations prend alors toute son importance. Pour Jalal, l’université est par nature internationale, marquée par la diversité de ses étudiants. L’encadrement, l’accompagnement et l’intégration des jeunes chercheurs dans les projets en cours leur permettent de se former directement aux pratiques de la recherche et de tisser les liens de demain entre les universités du monde. C’est le cas d’Ismail, doctorant à l’UM6P, qui réalise sa thèse entre Benguerir, au Maroc, et Paris. Aux côtés de Jalal, il travaille lui aussi sur les batteries LiFePO4, mais sur les enjeux de sécurité.

« Je pense que beaucoup de chercheurs sont avant tout animés par la passion. On reste souvent dans ce milieu parce qu’on aime comprendre, transmettre, travailler avec des étudiants. Parfois, on se rend compte qu’on a passé toute sa vie à l’université, mais c’est aussi une chance. Une chance de faire un métier passionnant, entouré de collègues tout aussi passionnés. La motivation est vraiment essentielle : dans la recherche ceux qui sont motivés finissent par trouver leur chemin. »

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