Svein Stølen a été élu président de Circle U. le 1er février. Il dirigera l’alliance durant sa phase de développement initiale. Professeur de chimie, recteur de l’Université d’Oslo, il partage pour nous sa vision de Circle U. et explique ce qui l’a motivé à s’investir dans l’alliance. Lui-même ancien étudiant d’échange, il voit dans le projet un potentiel important pour les étudiants et le personnel des sept universités.

En savoir plus, visitez le site Circle U.

Source : Université d’Oslo.  

Vous êtes l’un des « pères fondateurs » de Circle U. Qu’est-ce qui, au départ, a motivé ce projet ?

Ce qui a été décisif pour moi, et je pense que ce fut le cas pour mes collègues recteurs ou présidents, c’est que l’initiative universitaire européenne représentait quelque chose de nouveau et de différent dans le paysage éducatif européen. J’estimais que cela pouvait vraiment changer la donne en matière de coopération entre les universités européennes dans la mesure où cela créait une structure pour une collaboration institutionnelle à long terme. Sept universités dans sept pays qui travaillant ensemble pour atteindre les mêmes objectifs, cela offre de nouvelles opportunités d’échanges étudiants, de co-création de projets et de partage de bonnes pratiques. Je suis convaincu que cela initiera également une collaboration renforcée en matière de recherche.

Mais il y a plus que cela. La vision de l’UE qui sous-tend l’initiative des universités européennes est « d’accroître la compétitivité internationale de l’enseignement supérieur européen » et de « rassembler les Européens ». Pour moi, il s’agit donc vraiment de rendre la vie meilleure et plus enrichissante pour nos citoyens. L’éducation est essentielle dans une société de la connaissance dans la mesure où nous devons la sécuriser dans trois dimensions: dans celle du climat et l’environnement bien sûr, mais aussi dans les dimensions économiques et sociales. Nous devons contribuer à la lutte contre les inégalités, renforcer les compétences et partager nos bonnes pratiques. En faisant cela, nous contribuerons la création d’une Europe prospère. Le monde a besoin d’une Europe forte sur la scène mondiale, et les Européens ont besoin d’un système de recherche et d’enseignement supérieur en constante évolution. Un système qui prenne en compte les besoins de ses citoyens, à court comme à long terme. Je suis fermement convaincu que nous y parviendrons plus facilement grâce à la coopération.

 

Circle U. n’en est qu’à ses débuts, mais peut-on déjà évoquer les opportunités qui vont s’offrir aux étudiants et au personnel ?

L’intention est d’augmenter les interactions entre nos universités à travers un « campus » commun, de permettre de nouvelles façons de collaborer et d’augmenter substantiellement les échanges étudiants. L’alliance sera également un catalyseur de la mobilité du personnel. Cependant, nous ne pouvons pas engager 330 000 étudiants et 51 000 membres du personnel du jour au lendemain ; il nous faudra un peu de temps pour mettre en place les différentes activités que nous avons planifiées.

Avant le lancement officiel de Circle U., en novembre dernier, nous avions déjà effectué un gros travail préparatoire, à la fois à travers des séminaires pour les dirigeants universitaires, les communautés étudiantes et le personnel administratif, mais aussi au sein de nos universités respectives. Nous avions notamment identifié certains domaines thématiques clés pour la phase pilote initiale: le climat, la santé mondiale, la démocratie et l’innovation durable menée par les étudiants. Nous incitons actuellement notre personnel à partager des cours et des compétences dans ces domaines, et à créer de nouvelles offres de cours plus intégrées pour les étudiants.

Nous ne savons pas exactement à quoi ressemblera l’alliance en fin de compte. Nous comptons sur la créativité, la compétence et l’engagement du personnel et des étudiants ; heureusement, il y en a beaucoup ! Travailler ensemble de cette manière exige que nous construisions de nouveaux modes de collaboration et que nous établissions une confiance mutuelle. D’autres domaines thématiques, proposés par les membres du personnel et les étudiants, seront inclus une fois que notre mode de fonctionnement sera en place.

 

Circle U. a reçu son statut d ‘”université européenne” l’été dernier. Cela n’a pas dû être simple de lancer le projet en pleine période de pandémie…

Cela été difficile pour tout le monde de vivre dans l’ombre du COVID-19. Nous souhaitons tous voir la fin de la pandémie et reprendre nos vies « normales ». Je suis néanmoins impressionné par ce que nous avons accompli dans Circle U. durant ces mois difficiles. Cela me rend vraiment optimiste sur ce que nous pourrons réaliser ensemble après le COVID. Mais je pense également que la crise a ouvert de nouvelles possibilités de travail et d’étude. La pandémie nous rappelle que notre capacité de nous adapter et d’aller de l’avant dépend entièrement des efforts du personnel et des étudiants.

 

Quelle différence y a-t-il entre gérer une université et une alliance comme Circle U. ? 

Les deux sont des tâches difficiles bien sûr, mais l’alliance présente une complexité supplémentaire. Circle U. est composée de sept universités autonomes dans sept pays différents, dont trois sont situés hors de l’UE. Nous dépendons en outre des différents systèmes nationaux d’enseignement supérieur et des réglementations nationales. La confiance, la compréhension et la patience sont donc encore plus importantes dans Circle U.

Nous avons fait des progrès significatifs depuis que nous avons commencé à construire ensemble l’alliance fin 2018. Mais le travail est complexe. Nous passons beaucoup de temps à construire l’organisation et les systèmes nécessaires à la gestion de l’alliance, à démarrer des processus de simplification et à mettre en place des mesures pour permettre la collaboration.

 

Pouvez-vous nous parler un peu de vous et de ce qui vous motive dans votre vie quotidienne?

Je dirais que je suis un recteur improbable à bien des égards. Né dans une ville ouvrière en 1960, je n’étais pas forcément destiné à me retrouver à l’université d’Oslo. J’ai étudié les sciences naturelles et suis finalement devenu professeur de chimie des matériaux. Ma motivation en tant que responsable universitaire est double. Premièrement, je veux rendre la vie universitaire plus facile et plus « amusante » pour le personnel ; je pense en effet qu’un bon environnement de travail stimule la créativité. Mon implication découle ensuite de ma conviction profonde en l’importance d’une recherche de qualité à long terme et en une formation basée sur la recherche mise à la disposition de tous les talents quelle que soit leur origine. Je n’aime pas trop les formalités et les hiérarchies ; j’aime les équipes qui travaillent ensemble pour faire avancer les choses.

 

Vous avez vous-même été étudiant d’échange et avez accompli plusieurs séjours de recherche. Qu’est-ce que cela vous a apporté et quels conseils donneriez-vous aux étudiants qui partent aujourd’hui en échange ?

Le conseil que je leur donnerais est d’être ouvert et curieux et de se rappeler que la vie est bien plus que des études. Prenez le temps d’apprécier la culture, de découvrir la nourriture et essayez d’apprendre au moins un peu la langue. J’ai appris le japonais en post-doc à Nagoya et cela a eu un impact énorme sur ma vie.

Il existe de nombreuses différences entre les universités et entre les pays. Nous devons les reconnaître et construire des ponts. Ces différences sont à bien des égards la motivation de l’initiative universitaire européenne et de l’alliance. Nous devons construire de la compétence et de la compréhension pour éliminer les frontières et les barrières entre nous.

 

Source : UCLouvain

 

En raison de la pandémie, l’élection a eu lieu sur Zoom.
Gauche à droite :
Svein Stølen, President Circle U. European University Alliance, Rector l’Université d’Oslo, Einar Meier, Senior adviser for European education cooperation, l’Université d’Oslo, Vincent Blondel, Rector l’UCLouvain, Sabine Kunst, President l’Université d’Humboldt Berlin, Funmi Olonisakin, pro vice chancellor King’s College, Christine Clerici, Présidente, Université de Paris, Ivanka Popović, Rector l’Université de Belgrade, Brian Bech Nielsen, rector l’Université d’Aarhus

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