Pour la 15e édition du Prix Jeunes Talents France L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science, 8 doctorantes et post-doctorantes portent haut les couleurs d’Université de Paris.

Judith Pineau, Dorien Maas, Marion Rincel, Marie Vilares, Maëlle Bellec, Morgane Boulch, Marina Katava et Nour Skaf

© Fondation L’Oréal

Aujourd’hui, un tiers des chercheurs seulement dans le monde sont des chercheuses – un phénomène d’autant plus préoccupant lorsque l’on se penche sur les secteurs d’avenir tels que l’ingénierie ou l’informatique, qui n’attirent pas plus de 2 % de filles*. C’est pourtant au coeur de ces disciplines que se joue le monde de demain : si elles sont pensées par les hommes et donc pour les hommes, certaines innovations risquent de venir renforcer les inégalités. Parce qu’une ligne de code n’est pas sans biais mais le reflet d’une interprétation propre, le regard et l’expertise des femmes sont absolument nécessaires pour assurer l’inclusivité de ces nouvelles technologies. Le secteur de la recherche scientifique, et notamment le numérique, doit s’ouvrir à davantage de diversité : c’est à cette condition que le monde de demain sera équilibré et durable. Tel est le constat dressé par Alexandra Palt, Directrice Générale de la Fondation L’Oréal.

Depuis de nombreuses années, la Fondation L’Oréal s’engage aux côtés des femmes pour contribuer à leur valorisation en science. Le Prix Jeunes Talents récompense des chercheuses dont les travaux contribuent à bâtir un monde meilleur, durable, plus résilient, plus inclusif. Cette année, 740 jeunes chercheuses de 63 nationalités ont candidaté. 35 Jeunes Talents, menant leurs recherches en France métropolitaine ou dans les Outre-Mer, ont été sélectionnées par un jury d’excellence. 

Talentueuses et passionnées, souvent inspirées par des chercheuses engagées et visionnaires, elles explorent des champs de recherches divers allant de la biologie à l’informatique en passant par l’écologie ou les mathématiques.

Université de Paris félicite plus particulièrement 8 d’entre-elles pour leurs travaux en Sciences biologiques – Ingénierie, et en Physique et Chimie.

 

 

Maëlle Bellec, Doctorante à l’Institut de génétique moléculaire de Montpellier, CNRS-UMR 5535, Université de Montpellier,  ENS Lyon, Université PSL, Université de Paris

Titulaire d’un DUT agronomie, Maëlle Bellec s’implique dans le maraîchage, la culture du chanvre et la viticulture. Lors d’un cours auquel elle assiste par hasard, elle découvre « un domaine nouveau et fascinant » pour elle : la génétique. À l’invitation d’une chercheuse qui la sollicite pour travailler dans son laboratoire, Maëlle Bellec décide de reprendre ses études après quelques années de pause et intègre le Master Génétique Épigénétique.

Depuis, l’origine de la vie est au cœur de ses recherches. Son but est de découvrir comment une cellule de l’embryon transmet aux cellules filles son « identité » qui leur « commandera » de former de la peau, du muscle, du cerveau…car pour elle, à long terme, une meilleure connaissance du développement d’un organisme sain permettra de mieux comprendre certaines maladies comme l’infertilité ou certains échecs de la fécondation in vitro.

 

Morgane Boulch, doctorante au laboratoire « Dynamiques des réponses immunes », Institut Pasteur Inserm (U1223), Université de Paris

Pour Morgane Boulch, « le choix d’une carrière scientifique a toujours été une évidence ». Durant son cursus, elle se spécialise d’abord en immunologie puis, fascinée par la dynamique des processus biologiques et notamment la migration cellulaire, elle se tourne vers l’imagerie intra-vitale, technique de microscopie non-invasive qui permet de visualiser in situ des phénomènes à l’échelle de la cellule directement sur le tissu vivant d’un animal endormi. Aujourd’hui en 2e année de doctorat à l’Institut Pasteur, la chercheuse travaille sur l’immunothérapie antitumorale, soit l’idée de « rééduquer » le système immunitaire d’un patient atteint du cancer. Grâce à des techniques d’imagerie innovantes, elle observe comment des cellules immunitaires reprogrammées génétiquement interagissent avec des cellules cancéreuses, en direct sur des modèles précliniques.

Très attachée au « partage intergénérationnel », Morgane Boulch souhaite désormais promouvoir la science auprès des plus jeunes.

 

Dorien Mass, post-doctorante à Université de Paris , Institut de Psychiatrie et Neurosciences de Paris, Inserm U1266

Originaire des Pays-Bas, Dorien Maas est la première femme de sa famille à intégrer l’université. Au lycée, avec une amie, également passionnée par le développement cérébral, elle mène un projet de fin d’études qui postule que « le système scolaire n’est pas adapté au cerveau des adolescents ». À ce moment, elle prend conscience que la science est un outil puissant pour comprendre et influencer son environnement. Elle rejoindra ensuite l’université libre d’Amsterdam pour étudier les neurosciences.

Durant ses études, notamment grâce aux encouragements de son amie, Dorien Maas se sent confiante dans ses choix de carrière : « J’ai appris qu’il est important d’avoir un système de soutien composé d’autres femmes ambitieuses pour obtenir la confiance nécessaire afin d’atteindre ses objectifs de carrière », précise-t-elle. Désormais en post-doctorat à l’Institut de Psychiatrie et Neurosciences de Paris, elle continue d’étudier la myéline, en analysant son rôle dans la sclérose en plaques. Ses recherches, focalisées sur l’activation des neurones pour améliorer la réparation de la myéline, pourront contribuer à développer de nouvelles stratégies de traitement contre cette maladie qui touche 4 à 5 personnes sur 100 000 en Europe.

 

Judith Pineau, doctorante à l’Institut Curie, Université PSL, Inserm U932, Université de Paris

Ingénieure diplômée de l’École supérieure de Physique et de Chimie Industrielles de la ville de Paris, Judith Pineau ne se destinait pas initialement à la recherche académique. « J’imaginais plutôt m’engager dans la recherche et développement ou la médiation scientifique », déclare-t-elle. Au cours d’un stage entre une startup de microscopie et un laboratoire, elle opte pour la recherche fondamentale Elle entreprend un master en approches interdisciplinaires du vivant au CRI Paris puis une thèse portant sur l’établissement de la polarité cellulaire. Ce type de réorganisation des cellules est à la base de nombreux processus, du développement embryonnaire à la transmission neuronale. La chercheuse se concentre sur l’activation des lymphocytes B dans le déclenchement de la réponse immunitaire adaptative.

Sensible à l’importance de la médiation, « non seulement pour le partage de nos travaux, mais aussi pour une meilleure compréhension de notre métier », Judith Pineau a encadré des collégiens et lycéens dans le cadre du programme Apprentis Chercheurs. Elle souhaite désormais créer un programme d’expériences à réaliser par les jeunes à l’école ou en famille.

 

Marie Villares, doctorante au laboratoire Plasticité des Phénotypes cellulaires, UMR 7216 CNRS-Université de Paris

Dès son stage de troisième dans un laboratoire d’analyses médicales, Marie Villares se destine à devenir docteure en biologie. Son parcours post-bac débute par un DUT Génie Biologique à Toulon, puis elle s’oriente vers la recherche avec une licence en Biologie Moléculaire et Cellulaire à Montpellier et intégre le Magistère Européen de Génétique, à Université de Paris. Après un stage outre-Atlantique à l’Université de New-York, elle trouve son laboratoire de thèse au sein de l’Unité Épigénétique et Destin Cellulaire à Université de Paris et se focalise sur l’étude des interactions hôtes-pathogènes.  À mi-chemin entre la parasitologie et la cancérologie, ces recherches pourraient ouvrir la voie à des stratégies thérapeutiques contre le cancer.

Attirée par l’enseignement et plus généralement par le partage des connaissances, Marie Villares anime le compte Instagram « @ScienceMaVi » de vulgarisation scientifique autour de la biologie, et particulièrement en génétique. Elle y partage « des clés de compréhension pour mieux appréhender les sujets scientifiques ». Un moyen pour la chercheuse de mettre à l’honneur la « nouvelle génération de scientifiques » et de déconstruire les stéréotypes ancrés sur le milieu de la recherche.

Marie Villares est également lauréate du programme G.E.N.E. Mentors et bénéficie, à ce titre, du soutien financier de l’EUR GENE pour 6 mois de postdoc du 1er janvier au 30 juin 2022.

Marion Rincel, post-doctorante dans l’unité Microenvironnement et Immunité, Institut Pasteur, Inserm U1224, Université de Paris

Marion Rincel s’est très vite passionnée pour les sciences, tout en cultivant un goût pour les lettres et la science-fiction. À l’université de Bordeaux, où elle étudie les neurosciences, son premier stage en laboratoire lui fait réaliser que la recherche académique lui est destinée. Diplômée en 2017, elle étudie pour sa thèse « l’implication de l’axe intestin-cerveau dans les désordres émotionnels associés à un stress précoce ». Elle découvre alors le microbiote intestinal, dont le rôle étonnant la fascine immédiatement. Chercheuse pluridisciplinaire, Marion Rincel développe un projet centré sur l’origine des maladies chroniques inflammatoires, impliquant à nouveau le microbiote intestinal. Son étude prend en compte la diversité génétique, incluant le genre, afin de ne pas se limiter à « un stéréotype d’homme moyen de 40 ans de type caucasien ».

À l’ère du big data, les progrès en bio-informatique et modélisation rendent possible la prédiction de certains traits pathologiques. De quoi rendre moins utopique le rêve de la chercheuse : « pouvoir prévenir plutôt que guérir un maximum de maladies ». Jeune maman, Marion Rincel espère un « changement des mentalités » permettant de mieux concilier carrière et vie de famille.

 

Marina Katava,post-doctorante au laboratoire de Biochimie théorique, Institut de Biologie physico-chimique, Fondation Edmond de Rothschild, Université PSL, CNRS, Université de Paris

Née en Bosnie-Herzégovine, Marina Katava connaît durant sa jeunesse près d’une décennie de mouvements lors des guerres de Yougoslavie. S’installant finalement en Croatie, elle commence son parcours universitaire, à la Faculté des sciences où elle découvre la biophysique computationnelle. « La perspective de placer une molécule dans un ordinateur et d’en déplacer des atomes me semblait être une technologie extraterrestre », se souvient la chercheuse. Passionnée par cette discipline combinant biologie, physique, chimie et informatique, Marina Katava s’installe à Paris pour réaliser son doctorat, puis à Austin, au Texas, pour son premier post-doctorat. Ses recherches visent à comprendre les principes de l’encodage de l’information dans les systèmes biologiques, en particulier l’ADN qui offre une incroyable densité de stockage : un kilogramme d’ADN pourrait contenir toutes les données générées entre aujourd’hui et l’année 2040. Le projet de Marina Katava vise maintenant à déterminer les conditions nécessaires à la formation de séquences longues et ordonnées d’ADN pour repousser les limites actuelles de cette technologie. À long terme, cela signifierait que nos clés USB et autres disques durs pourraient être remplacés par des molécules d’ADN.

Convaincue que les femmes ont un rôle majeur à jouer dans la recherche, la jeune chercheuse est aussi consciente des difficultés qu’elles doivent surmonter. Contrainte de redoubler d’efforts pour prouver ses compétences, elle regrette que l’environnement scientifique soit encore majoritairement masculin : « les remarques faites aux femmes créent une charge mentale supplémentaire, là où les hommes peuvent se concentrer uniquement sur le fond de leur travail ».

 

Nour Skaf, doctorante au LESIA – Observatoire de Paris, Université de Paris, Université PSL, Subaru Telescope, National Astronomical Observatory of Japan, Hawaii (Etats-Unis), Center for Space Exochemistry Data, University College London

De culture franco-libanaise, Nour Skaf grandit dans un village provençal. Au lycée, elle participe à un voyage dans un centre d’astronomie. C’est pour elle « une réelle révélation et une claque d’humilité » : sa destinée est tracée. Elle s’oriente vers des études de physique fondamentale à Paris, puis en école d’ingénieur en optique, avant d’obtenir un double diplôme de master à Londres à l’issue d’une année de césure. Durant celle-ci, elle effectue deux stages à l’étranger : le premier au télescope Subaru à Hawaï, et le second à la NASA, avec la fondation Breakthrough Initiatives dans la Silicon Valley, pendant lesquels elle se plonge dans le monde des exoplanètes, ces planètes gravitant autour d’autres étoiles que le soleil et où la vie serait potentiellement présente. L’observation de ces dernières et de leurs atmosphères est indispensable pour tenter d’y découvrir la vie et mieux comprendre les origines de la vie sur Terre. Les grands télescopes commencent à atteindre la sensibilité requise, mais doivent surmonter les perturbations induites par l’atmosphère terrestre. La thèse de Nour Skaf porte d’une part sur le développement d’outils informatiques destinés à compenser ces perturbations, et d’autre part sur l’étude de systèmes exoplanétaires déjà découverts, afin d’analyser leur formation et atmosphère.

Malgré les multiples difficultés, l’astronomie s’avère être pour la chercheuse un véritable refuge : « les obstacles rencontrés ne sont rien face aux émotions que je ressens face au ciel nocturne », confie-t-elle. Le travail de cette passionnée de photographie du ciel nocturne a permis de détecter de l’eau dans trois exoplanètes, prélude à une potentielle découverte de vie extraterrestre.

 

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