Des embryons de poulet mettent en temps normal une vingtaine de jours pour devenir poussins. En observant la formation de leurs pattes, une équipe du CNRS et de l’Université de Paris vient de découvrir que le mécanisme à l’origine du développement embryonnaire consiste en une cascade de contractions réflexes. Les scientifiques ont réussi à reproduire ce phénomène artificiellement et à l’accélérer jusqu’à 20 fois. Ces résultats sont publiés le 15 août 2019 dans European Physical Journal E.

 

Effet d’un bref choc électrique sur la région postérieure d’un embryon de poulet. On observe une accélération de l’enroulement de la future patte (flèche) et la formation soudaine du sac amniotique (triangle). L’éclair symbolise l’électrode.
© Fleury et al. / CNRS Photothèque

Dans ses premiers jours de vie, un embryon de poulet peut être assimilé à un disque plat parcouru d’anneaux concentriques. Au cours de son développement, celui-ci va s’étirer, se tordre et s’enrouler dans l’espace séparant ces anneaux qui formeront à terme diverses parties de son anatomie. Les scientifiques se sont aperçus que lors de la formation de la future queue du poussin, l’un de ces anneaux s’étire et déforme mécaniquement la région postérieure de l’embryon. Cette déformation provoque, comme une chute de dominos, une série de contractions réflexes dans les anneaux qui l’entourent. Ceux-ci se plient alors pour former une ébauche de patte.

Dans le but de prouver la nature physique de ce phénomène, les scientifiques ont conçu un stimulateur électrique grâce auquel ils ont appliqué des chocs brefs et de faible intensité (1 Volt pendant 1 à 3 secondes) dans la région postérieure de l’embryon. Ces impulsions, répliquant l’effet d’une déformation mécanique semblable à celle produite par la formation de la queue, ont permis de déclencher en cascade le développement embryonnaire et même de l’accélérer jusqu’à 20 fois.

Pour la suite de leurs recherches, les scientifiques souhaitent s’intéresser aux limites techniques de cette découverte. Par ailleurs, l’utilisation de cette nouvelle méthode hors du cadre du développement embryonnaire pourrait permettre d’étudier l’effet de certaines maladies sur les cellules.

Bibliographie

Electrical stimulation of developmental forces reveals the mechanism of limb formation in vertebrate embryos, Vincent Fleury and Ameya Vaishnavi Murukutla. European Physical Journal E, 15 août 2019. DOI: 10.1140/epje/i2019-11869-8.

 

Contact chercheur 

Vincent Fleury 01 57 27 62 56 vincent.fleury@univ-paris-diderot.fr

À lire aussi

FAPEPS Week France

FAPEPS Week France

Université de Paris accueille un symposium de scientifiques de France et de São Paulo pour discuter de sujets à la frontière de la connaissance. La France est l'un des principaux partenaires internationaux des projets de recherche soutenus par...

AVC : une récidive sur cinq peut être évitée

AVC : une récidive sur cinq peut être évitée

Une équipe conduite par le Pr Pierre Amarenco du service de Neurologie et du centre d’accueil et de traitement de l’attaque cérébrale de l’hôpital Bichat – Claude-Bernard AP-HP, de l’Inserm et d’Université de Paris a étudié le risque de récidive chez des...

Toute activité physique est-elle bonne pour le cœur ?

Toute activité physique est-elle bonne pour le cœur ?

Contre les maladies cardiovasculaires, l’activité physique serait notre meilleure alliée. Mais entre la pratique régulière d’un sport, le port de charges lourdes sur notre lieu de travail ou la marche entre amis, ces effets protecteurs pourraient bien...

Tire la chevillette, la bobinette cherra…

Tire la chevillette, la bobinette cherra…

Cette phrase, tirée d’un conte célèbre, résume une découverte récente d’un groupe de chercheurs d’Université de Paris travaillant à l’Institut Cochin et à l’Institut Necker, et qui s’intéresse aux mécanismes moléculaires de l’interaction du méningocoque...