José Ocariz, lauréat 2026 de la Médaille de l’engagement de l’Université Paris Cité

 

 

Professeur à l’Université Paris Cité depuis 2011, José Ocariz mène ses recherches au Laboratoire de physique nucléaire et des hautes énergies (LPNHE), où il est membre de la collaboration ATLAS au CERN. Franco-vénézuélien, il a construit une carrière scientifique profondément internationale, à la croisée de la recherche fondamentale, de l’enseignement et de la coopération académique.
Après une formation en physique à l’Universidad de los Andes, au Venezuela, puis à l’International Centre for Theoretical Physics Abdus Salam (ICTP) de Trieste, il poursuit ses études en France et obtient un doctorat en physique des particules expérimentale à l’Université Paris 11 Orsay. Son parcours de chercheur le conduit ensuite au CERN, puis au SLAC, en Californie, où il travaille sur l’expérience BaBar et contribue à plusieurs résultats expérimentaux qui rendent compte des différences entre la matière et l’antimatière.

Depuis 2009, José Ocariz participe à l’expérience ATLAS auprès du Grand collisionneur de hadrons (LHC) du CERN. Il prend part aux travaux qui aboutissent, en 2012, à la découverte du boson de Higgs, une avancée majeure dans la compréhension des constituants fondamentaux de la matière. Ses recherches portent aujourd’hui sur les propriétés du champ de Higgs et sur la recherche de phénomènes susceptibles de révéler une nouvelle physique au-delà du Modèle Standard.

Cette activité de recherche s’accompagne d’un important investissement dans la formation et l’encadrement. José Ocariz enseigne – entre autres – la physique nucléaire et des particules, les probabilités et les statistiques, ainsi que la physique expérimentale, de la licence au doctorat au sein de l’UFR de Physique.

En 2019, il coordonne le programme international LA-CoNGA physics, qui fédère des universités et des institutions de recherche d’Amérique latine et d’Europe autour de la formation en physique avancée. Depuis 2025, il est également coordinateur adjoint du réseau EL-BONGÓ physics, qui réunit des établissements d’Amérique centrale, de la région andine, de France et d’Espagne, ainsi que plusieurs organismes de recherche internationaux. Il est par ailleurs co-coordinateur, depuis 2024, du programme franco-brésilien SEMA-ML consacré à l’apprentissage automatique en physique.

Chercheur engagé dans les grandes collaborations internationales, enseignant et acteur de la coopération scientifique, José Ocariz défend ainsi une conception de la recherche qui dépasse les frontières disciplinaires et géographiques.

 

Entretien

Que représente pour vous la Médaille de l’engagement de l’Université Paris Cité ?

C’était une vraie surprise ! Et bien sûr une joie, et surtout un honneur.

J’ai compris que cette médaille faisait référence aux projets que je mène en faveur de la modernisation de l’enseignement supérieur en Amérique latine et plus largement, de la coopération avec l’Amérique latine. De 2019 à 2024, j’ai lancé et coordonné le projet LA-CoNGA physics, projet Erasmus+ qui visait à renforcer la formation en physique avancée et à construire une plate-forme commune d’apprentissage en physique avancée destinée aux étudiants de Colombie, d’Équateur, du Pérou et du Venezuela, aux côtés de partenaires européens de premier plan comme le CERN, l’ICTP et le CNRS. Ce projet, doté d’un soutien financier conséquent de l’Union européenne d’un million d’euros, a exigé un fort engagement de tous les partenaires, et a été (à ma connaissance) le premier de ce type porté par Université Paris Cité.

Nous avons co-construit un master unique et commun à ces quatre pays, ce qui constitue une vraie innovation. Le master LA-CoNGA physics enrichit l’offre pédagogique des universités partenaires, avec de nouveaux cours représentant l’équivalent d’une année de master. Cela a permis à plusieurs dizaines d’étudiants d’effectuer des stages de recherche en mobilité internationale, dont certains en France. Plusieurs sont aujourd’hui doctorants.

Depuis 2025, nous avons un deuxième projet en cours, EL-BONGÓ physics. Cette fois, UPCité n’est plus le porteur international principal, ce sont nos partenaires en Colombie qui portent le projet, et c’est un vrai plus en termes de renforcement des capacités. En plus des partenaires dans LA-CoNGA physics, ce nouveau réseau implique aussi trois pays d’Amérique centrale — Guatemala, Honduras, El Salvador— et a élargi la portée thématique avec la géophysique et l’intelligence artificielle.

Il ne m’est pas possible de nommer toutes les personnes avec qui j’ai construit ces projets et envers qui j’éprouve une immense gratitude, mais deux ont joué un rôle crucial : Luis Núñez, professeur au Venezuela puis en Colombie, et Reina Camacho, chercheuse au CNRS. Nos rêves partagés soudent notre amitié.

Qu’appréciez-vous particulièrement dans le cadre de votre travail avec l’Université Paris Cité ?

Dès le début de ma carrière, j’ai eu la chance de recevoir un retour très bienveillant et encourageant pour les projets que je souhaitais porter, qu’il s’agisse de recherche ou de collaborations internationales. L’université s’est toujours montrée très proactive, y compris lorsque je suis parti au SLAC en Californie en détachement CNRS, ou quand j’ai décidé de changer de thématique de recherche tout en étant promu professeur. L’accompagnement de l’Université Paris Cité a été essentiel pour moi, en particulier pour développer les projets de collaboration scientifique avec l’Amérique latine. Avec le projet LA-CoNGA physics, les collègues des relations internationales et de l’administration nous ont tout de suite accompagnés, allant jusqu’à l’embauche d’une gestionnaire de projets dédiée.

L’enseignement est une activité enrichissante et stimulante. L’UFR de physique m’a permis d’allier sans aucune entrave mes activités d’enseignement et de recherche. Mes déplacements à l’étranger se font surtout vers le CERN, ce qui est tout à fait compatible avec nos services d’enseignement. Notre manière d’enseigner profite directement aux étudiantes et étudiants qui comprennent très vite la valeur de la collaboration : l’échange de compétences enrichit tout le monde, et nous mettons l’accent sur des valeurs fortes comme l’utilisation de l’open source et la collégialité.

Quels ont été les moments les plus marquants de votre carrière ?

Parmi les moments les plus marquants de ma carrière, je retiens d’abord le travail mené pendant quinze ans pour chercher à comprendre les différences entre la matière et l’antimatière. Lors de mon détachement aux États-Unis, au SLAC (Stanford Linear Accelerator Center), j’ai participé au projet BaBar, qui a permis d’observer quelques différences subtiles mais fondamentales entre certaines particules et leurs partenaires antiparticules, aux côtés de quelque 600 scientifiques : une véritable première mondiale.

Un autre tournant majeur a été ma participation au projet ATLAS au CERN en Suisse. En 2012, j’ai eu l’honneur de faire partie d’une des équipes qui a découvert le boson de Higgs. C’était un événement au retentissement mondial, l’aboutissement d’une grande prédiction. C’est une nouvelle particule dont nous continuons d’explorer les secrets. Chaque année, le 4 juillet, jour de l’annonce de cette découverte majeure, revêt pour moi une importance particulière.

Avec le recul, je suis très conscient de la chance que j’ai eue de consacrer ma vie à la transmission et à la création de connaissances. Dans un registre plus institutionnel, le soutien de l’Union européenne pour les projets LA-CoNGA physics puis EL-BONGÓ physics a également compté parmi les moments forts et décisifs de mon parcours. Pour illustrer cette dynamique qui continue de porter ses fruits : cette année, une étudiante française est partie en stage de trois mois en Colombie, dans le cadre de nos collaborations dans EL-BONGÓ physics.

Des projets pour la suite ?

En ce qui concerne l’avenir et les prochains défis, je suis depuis 2023 le responsable du groupe ATLAS au laboratoire LPNHE : ce projet va m’occuper encore pendant plusieurs années, avec des enjeux cruciaux à court et moyen terme, notamment la phase à haute luminosité du LHC, qui nous permettra d’exploiter au maximum le potentiel de physique de l’accélérateur.

Je m’ouvre également à un nouveau chantier : une ligne de recherche un peu différente, des techniques de physique des particules pour répondre à certaines problématiques sociales, écologiques et environnementales, en Amérique latine et aussi le continent africain.

En tant que Franco-Vénézuélien, la sympathie mutuelle et profonde entre la France et l’Amérique latine est porteuse d’un potentiel de coopération qui reste, selon moi, encore sous-exploité. Ma vie professionnelle a profondément enrichi ma vie personnelle, notamment grâce à cette formidable diversité culturelle, à laquelle je m’efforce de contribuer et de transmettre.