Valérie Robin Azevedo, lauréate 2026 de la Médaille de l’engagement de l’Université Paris Cité
Anthropologue spécialiste du Pérou, Valérie Robin Azevedo est Professeure des Universités à l’Université Paris Cité depuis 2014. Membre de l’unité de recherche Migrations et Sociétés (URMIS), elle enseigne dans les départements de sciences sociales des UFR de SHS et IHSS. Ses recherches actuelles sur l’administration des morts du Covid-19 comme celles sur l’impact socioculturel des politiques de réparation aux victimes de conflits armés s’inscrivent à la charnière d’une anthropologie politique de la violence, de la mémoire et du deuil. Elle a récemment publié El síndrome de Creonte. El cadáver de Abimael Guzmán y la necropolítica peruana (La siniestra eds., Lima, 2025) et coordonné l’ouvrage Funérailles en lutte. Violences de masse et inhumations collectives en Europe et en Amérique latine (Casa de Velazquez, Madrid, 2025).
Depuis 2022, elle assure la direction scientifique de l’Atrium Humanités et Sciences sociales (projet ExcellencES PIA4 France 2030 FIRE-UP) qui promeut le dialogue interdisciplinaire, l’appui à la recherche et le soutien aux doctorantes et doctorants via l’appel à projet annuel BRIO. L’Atrium mène également des actions de médiation scientifique. À l’interface entre l’université et la société civile, l’Atrium vise à diffuser savoirs et expertises en humanités et sciences sociales pour renforcer collaborations et partenariats avec les institutions culturelles et les collectivités territoriales, en particulier les villes qui accueillent les campus de l’Université Paris Cité. L’Atrium HSS porte deux projets phares et structurants pour l’Université Paris Cité : Université Paris Cité Éditions et La Cité des savoirs.
Entretien
Que représente pour vous la Médaille de l’engagement de l’Université Paris Cité ?
Pour moi, cette médaille reconnaît l’engagement de tout un collectif dont je ne suis qu’un maillon. Cette reconnaissance est en réalité celle du travail réalisé par l’équipe de l’Atrium et de la maison d’édition de notre Université, si engagée et passionnée dans la réalisation de ses missions. Je reçois donc cette médaille en son nom mais également au nom de toutes les personnes, au sein de l’Université, qui nous ont accompagnées, orientées et soutenues dans la réalisation des actions menées par l’Atrium et Université Paris Cité Éditions.
Qu’appréciez-vous particulièrement dans le cadre de votre travail avec l’Université Paris Cité ?
Je suis profondément attachée au service public de l’enseignement supérieur et de la recherche. Dans un contexte marqué par la post-vérité et par des menaces croissantes sur nos démocraties, la diffusion auprès du plus grand nombre d’une recherche financée par l’État est essentielle. C’est le sens de notre action avec l’Atrium et Université Paris Cité Éditions : soutenir la recherche et diffuser les savoirs académiques. Cette mission est aussi, au sens étymologique du terme, politique. Elle participe à la vie de la cité, nourrit le débat public et interpelle nos concitoyens. C’est un projet au service de l’intérêt général. Et c’est précisément ici, à l’Université Paris Cité, que nous le faisons vivre.
Le respect des libertés académiques nous a aussi permis d’y organiser plusieurs rencontres consacrées au génocide en cours en Palestine. Ce n’est pas anodin. En France, rares sont les universités où les personnels souhaitant analyser cette situation n’ont pas été confrontés à des formes de censure. Cette liberté est au cœur de notre mission universitaire : permettre la recherche et la confrontation des idées.
Enfin, en parallèle de mes responsabilités liées à l’Atrium et aux presses, je poursuis mes travaux de recherche et mes enquêtes de terrain, dans les Andes et en Amazonie. C’est ce qui me nourrit intellectuellement et qui me définit comme universitaire. J’ai un besoin viscéral de ce temps de recherche, indispensable à mon équilibre. L’Université Paris Cité m’a permis de préserver cet équilibre sans lequel je ne peux pas fonctionner.
Quels ont été les moments les plus marquants de votre carrière ?
Prendre la direction scientifique de l’Atrium m’a ouvert à un nouveau métier. J’ai découvert le monde de l’édition en portant le projet de création et de déploiement d’Université Paris Cité Éditions. Cette aventure est née dans un contexte national préoccupant. Le secteur de l’édition est marqué par un oligopole, qui plus est fortement politisé. Dans le même temps, les librairies indépendantes traversent une crise profonde. Nous avons fait le choix de relever le défi de créer une maison d’édition universitaire exigeante, singulière et visible. En un an, Université Paris Cité Éditions a publié cinq ouvrages dans la collection « Démêlés », trois dans « Longue vue » et un hors-collection en sciences. Plusieurs de nos livres ont déjà dépassé les 2 000 exemplaires vendus. Mais les chiffres ne disent pas tout. Nos livres sont en librairie et dans les médias. Ils circulent et rencontrent leur public. Avec notre diffuseur-distributeur Harmonia Mundi et notre attachée de presse, nous avons réussi à installer cette jeune maison d’édition dans le paysage éditorial national. Cette nouvelle étape de ma vie professionnelle à l’Université Paris Cité est absorbante mais tellement stimulante.
Des projets pour la suite ?
Dans les prochains mois, nous allons débuter les travaux relatifs à la « Cité des savoirs », en concertation avec la vice-présidence déléguée Culture, science et société. Ce projet ambitionne de centraliser et de soutenir les activités de médiation scientifique de la faculté Sociétés et Humanités et, à terme, celles des autres facultés de l’Université. Cette Cité des savoirs s’installera sur le site Odéon. Les bureaux d’Université Paris Cité Éditions y seront aussi transférés, pour davantage de visibilité de nos publications. L’amphithéâtre Vulpian sera transformé, plus accessible et confortable, avec une scène modulable, pour accueillir des colloques, conférences, ciné-débats, expositions et d’autres événements ouverts à toutes et tous.
Par ailleurs, cette année nous avons lancé le Prix de thèse Atrium Humanités et sciences sociales qui récompense une thèse de doctorat soutenue à l’Université Paris Cité, avec, à la clé, une publication à Université Paris Cité Éditions. Ce prix rejoint notre soutien aux jeunes chercheurs et chercheuses qui peuvent déjà postuler à l’AAP BRIO. Et c’est aussi dans cet esprit que l’Atrium prépare la mise en place d’une résidence d’écriture pour doctorantes et doctorants dès 2027 dont nous allons lancer un appel à manifestation d’intérêt dans les prochains mois.
Le financement de l’Atrium prendra fin en 2032. Nous devons donc préparer dès maintenant l’avenir. Notre objectif est clair : faire des presses un service pérenne de l’Université. C’est le prochain défi. Consolider ce qui a été construit et faire en sorte que cette dynamique se poursuive au-delà de l’Atrium.
