Les résultats de l’essai multicentrique CORIMUNO-SARI-1, conduit par la collaboration de recherche académique COVID-19 Assistance Publique-Hôpitaux de Paris / Université de Paris / Université Paris-Saclay / Inserm-REACTing, montrent qu’on ne retrouve pas de bénéfice à court terme du sarilumab dans les formes modérées à sévères de COVID-19.

© Pexels – Edward Jenner

Chez certains patients avec pneumonie COVID-19, un état hyperinflammatoire d’origine immunologique contribue à l’insuffisance respiratoire aigüe et au décès. La plateforme CORIMUNO-19 a été rapidement mise en place en mars 2020 pour permettre de tester l’efficacité et la tolérance de divers médicaments immuno-modulateurs chez les patients adultes avec pneumonie COVID-19 modérée, sévère ou critique, grâce à une série d’essais randomisés contrôlés multicentriques, qui ont débuté le 27 mars 2020 et qui se poursuivent actuellement.

Le sarilumab est comme le tocilizumab un anticorps monoclonal qui bloque le récepteur de la cytokine interleukine-6 (IL-6).

Le groupe CORIMUNO a précédemment démontré l’efficacité du tocilizumab pour diminuer le besoin de ventilation (mécanique ou non invasive) ou le décès à J+14 (Hazard ratio (HR)=0.58 (0.33-1.00) chez des malades souffrant de pneumonie moyenne ou sévère nécessitants un apport d’oxygène mais pas la réanimation à l’initiation de ce traitement. Cette efficacité a été confirmée par une méta-analyse de l’OMS des 19 essais ayant évalué l’effet du tocilizumab. Cette méta-analyse suggère que le tocilizumab permet de diminuer la fréquence du recours à la ventilation mécanique invasive et de la mortalité dans les 28 jours. La réduction du risque relatif était respectivement de 0.74 (0.66-0.82) et de 0.83 (0.74-0.92); P < 0.001. Le tocilizumab est maintenant recommandé par l’OMS dans les formes sévères et critiques de COVID-19.

Dans cette méta-analyse de l’OMS, l’analyse des 9 essais ayant évalué l’effet du sarilumab n’a pas démontré d’effet bénéfique du sarilumab sur le risque de recours à la ventilation mécanique invasive ou de décès à 28 jours : odds ratio [OR]=1.00 (0.74-1.34).

Les nouveaux résultats de l’essai CORIMUNO-SARI-1 publiés le 17 novembre 2021 dans la revue The Lancet Rheumatology sont en accord avec cette méta-analyse. 

Les patients ont été sélectionnés sur la base d’une hospitalisation pour pneumonie COVID-19 moyenne ou sévère, nécessitant au moins 3L/mn d’oxygène mais pas de réanimation au moment de l’admission. Le critère de jugement primaire était la combinaison du besoin de ventilation (mécanique ou non invasive) ou du décès à J14.

Au total, 148 patients ont été randomisés : 68 pour le traitement habituel + sarilumab et 80 pour le traitement habituel. A j14, 37% des patients sous sarilumab et 34% des patients sous traitement habituel ont atteint le critère principal : hazard ratio [HR]=1·10 (0·69–1·74).

Un critère secondaire de l’étude, la mortalité à J+90, était tendanciellement mais non significativement plus faible dans le groupe traité par sarilumab (15% vs. 21% ; HR=0·70 [0·31–1·58]). La tolérance était identique entre les 2 groupes.

Les résultats précoces de CORIMUNO-SARI-1 sont en accord avec la méta-analyse récente de l’OMS. Les raisons pour lesquelles les résultats précoces sont différents entre le tocilizumab et le sarilumab, 2 anticorps thérapeutiques ayant le même mécanisme d’action, ne sont pas claires. Une des explications possibles est une potentialisation de l’effet des anticorps anti-IL-6 récepteur par les corticoïdes : la plupart des essais sarilumab ont été conduits sans corticoïdes dans les 2 bras, ce qui n’est pas le cas de la plupart des essais tocilizumab. Enfin, la bio-distribution du sarilumab dans les poumons pourrait être différente de celle du tocilizumab ce qui pourrait se traduire par un effet anti-inflammatoire local moins efficace.

Il faut cependant noter que dans les essais CORIMUNO-TOCI-1 et CORIMUNO-SARI-1, l’effet tardif à j90 sur la diminution numérique de la mortalité était identique avec les 2 médicaments.

 
La plateforme d’essais cliniques CORIMUNO-19 est promue et financée par l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris, et soutenue par Aviesan via le consortium REACTing (intégré dans l’ANRS Maladies Infectieuses Emergentes depuis janvier 2021) coordonné par l’Inserm. L’essai a reçu un financement du Programme Hospitalier de Recherche Clinique du Ministère de la Santé, un financement d’amorçage de la Fondation pour la recherche médicale par le biais du consortium REACTing/INSERM via la Fondation pour la Recherche Médicale, Paris, France, et un financement de la Fondation AP-HP pour la recherche, Paris, France. Le sarilumab a été fourni sans conditions par le laboratoire Sanofi, qui n’a été impliqué ni dans la conception de l’essai, la collection des données, l’analyse, l’interprétation, l’écriture du manuscrit ni dans la gouvernance de l’essai.

 

Références

  • Investigateur coordinateur : Pr X. Mariette, Hôpital Bicêtre, AP-HP, INSERM U1184, Université Paris-Saclay
  • Co Investigateur coordinateur : Pr O. Hermine, Hôpital Necker, AP-HP, Imagine Institute, INSERM U1163, Université de Paris
  • Directeur scientifique : Dr P.L. Tharaux, Paris Centre de Recherche Cardiovasculaire (PARCC), INSERM U970, Hôpital Européen Georges Pompidou, AP-HP, Université de Paris.
  • Conception et coordination de la plateforme d’essais CORIMUNO : Pr P. Ravaud, Center for Clinical Epidemiology, Hôpital Hôtel Dieu, AP-HP, CRESS, INSERM U1153, Université de Paris
  • Statisticien : Dr R. Porcher, Center for Clinical Epidemiology, Hôpital Hôtel Dieu, AP-HP, CRESS, INSERM U1153, Université de Paris
  • Monitoring et data management : Pr M. Resche-Rigon (Clinical Trial Unit, Hôpital Saint Louis, AP-HP), CRESS, INSERM U1153, Université de Paris.
  • Organisation de la collection des données : Pr M Dougados, Hôpital Cochin, AP-HP, CRESS, INSERM U1153, Université de Paris

 

DOI : https://doi.org/10.1016/S2213-2600(20)30556-7

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